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PAP, le changement dans la continuité

Publié le 9 mars 2012
Par Clotilde Chenevoy
4 min de lecture
La société PAP, dirigée par Alain Gouhier, a pris possession de locaux historiques sur Gennevilliers pour y déménager sa plate-forme. Et si les lieux changent, les méthodes de travail restent similaires, conservant comme préceptes largeur et profondeur de stocks, rigueur et efficacité.
Alain Gouhier fait un clin d’œil à l’histoire en proposant des kits de distribution sous la marque Accam.
Alain Gouhier fait un clin d’œil à l’histoire en proposant des kits de distribution sous la marque Accam.

Prix de la Plate-Forme

Pour donner un nouvel élan à PAP, Alain Gouhier, son président, et Patrice Godefroy, patron de la holding et DG de la structure, ont acquis un nouveau terrain sur Gennevilliers, la patrie des plates-formes… Ou plutôt une friche chargée d’histoire. En effet, les photos l’attestent, la nature avait repris ses droits sur cette zone, les branchages s’entortillant sur une ancienne structure de bâtiment. En 1972, ce site a pourtant accueilli la société Accam, première plate-forme de distribution de pièces automobiles en France, dirigée par Jean Maurus et Robert Perrin-Objois. Puis ce fut l’équipementier Dana, et enfin Cecauto, jusqu’en 2005, qui occupèrent les lieux. “C’est là aussi qu’Oscaro est né, créant une nouvelle manière de travailler, se rappelle Alain Gouhier. Les sites de e-commerce se trouvent dans la même position que les centres autos dans les années 1980. Certains sont contre eux, mais au final, Oscaro reste l’acteur qui fait le plus de pub à la rechange indépendante. Et quand on voit les références qu’ils vendent, cela prouve que les distributeurs ne font pas toujours leur travail quand on sort d’un modèle courant. Ces derniers doivent aussi se remettre en cause. Et les plates-formes sont là pour les aider dans leur souci de stockage.”

PAP a donc investi 5 millions d’euros, dont la moitié dédiée aux travaux, pour donner une deuxième jeunesse à ce bâtiment. Le site a ainsi repris de sa superbe. Et ce, en un temps très court ! Les travaux ont commencé en avril 2011, pour un déménagement le 16 septembre. Cette dernière étape a d’ailleurs été une épreuve pour la société. En effet, déplacer 600 000 références requiert de la méthode et de la rigueur. Ainsi, toute l’équipe du groupe de Patrice Godefroy a été mobilisée, soit 116 personnes. Alain Gouhier avait défini un plan d’action pour bouger les pièces, un peu à la manière des jeux Lego. En résumé, les racks de l’ancienne structure se divisaient en multiples zones, et ces dernières se trouvaient ensuite attribuées à des employés. Quelques racks d’avance ont été achetés pour accueillir les premières pièces, et dès qu’une étagère se vidait entièrement, celle-ci était aussitôt démontée pour prendre place dans les nouveaux bâtiments. Simple sur le papier, mais plus complexe dans la réalité car le transport se rajoutait à la manœuvre.

Nouvelle adresse, même philosophie

Côté rangement, le site conserve la même logique qu’auparavant, même si Alain Gouhier en a toutefois profité pour procéder à quelques aménagements. Ainsi, la hauteur des casiers reste fixée par la taille des pièces à installer pour le picking ; la zone “palettier” sert de stock tampon ou de transit pour les pièces tout juste livrées ; les pièces à forte rotation prennent place au centre du bâtiment. Ces références bénéficient d’ailleurs d’une organisation particulière, basée sur le système Kan Ban, inspiré de la première monte. Concrètement, une référence de forte rotation reçoit un code spécial, appelé chiffre Kan Ban, qui indique le nombre de pièces vendues par semaine. Au final, le casier accueille donc l’équivalent de deux chiffres Kan Ban, soit le nombre de pièces nécessaire pour assurer quinze jours de ventes. Toutes les demi-heures, le système recalcule le niveau du stock. Et dès que celui-ci tombe sous le seuil d’un Kan Ban moins une pièce, un signal est lancé pour effectuer un réapprovisionnement. Les magasiniers vont alors puiser dans la zone palettier, où les pièces ont déjà été rangées par volume Kan Ban. Cette organisation régit aussi les commandes chez les équipementiers, puisque les achats se basent sur un volume multiple d’un Kan Ban.

Elle va de pair avec une gestion du personnel basée sur la polyvalence des employés, l’arrivée des commandes étant irrégulière. Ainsi, les personnes peuvent aussi bien ranger des pièces que préparer des colis. L’organisation de ces petites mains revenant aux coordinateurs de la plate-forme. Quant aux clients qui viennent prendre les commandes directement au comptoir, Alain Gouhier a mis en place un panneau d’indication du suivi des bons de livraison, actualisé toutes les 10 secondes. En temps réel, le client peut voir où en est la préparation, en combien de temps celle-ci a été réalisée, et si d’autres commandes ont été passées depuis son départ de sa société, prêtes ou en attente. Le président confie avoir eu cette idée à force de prendre l’avion, et de regarder le panneau des arrivées et départs.

Disponibilité et rentabilité

Fort de ce nouvel outil, il semble évident que le développement de PAP n’en restera pas à ses 23 millions d’euros de chiffre d’affaires et ses 117 000 références gérées, d’autant que la surface de stockage est passée de 2 100 à 8 000 m2. De nouveaux produits devraient venir prendre place sur la mezzanine. Appartenant au groupement Apprau, PAP suivra la montée de la pièce technique dans les stocks. De nouveaux fournisseurs viennent également prendre place dans les racks car “le client est roi, explique Alain Gouhier. S’il veut absolument une marque, nous devons la lui fournir dans la mesure du possible. Surtout que la concurrence se révèle très forte à Paris”. Toujours est-il que le credo reste de travailler avec des équipementiers premium, notamment pour éviter de potentiels ennuis juridiques en cas de mauvaise qualité. “Si c’est pour vendre du prix, et ne pas dormir, cela ne m’intéresse pas”, certifie le président. Sa philosophie porte davantage sur des gains de productivité, les clients souhaitant des remises, les équipementiers baissant difficilement leurs prix.

Aujourd’hui, 95 % des pièces sur place appartiennent au monde du VL, les composants PL se résumant à des optiques, par exemple. “En VL, nous avons fait notre place avec de la rigueur, détaille le gérant. Si nous accentuons la vente en PL, nous adopterons la même philosophie. Il peut y avoir des choses intéressantes à réaliser. Nous y réfléchissons.”

Devant de tels résultats et projets, l’anecdote d’Alain Gouhier, précisant que la plate-forme, lors de son inauguration le 17 avril 2004, a réalisé un chiffre d’affaires de 85 euros pour la journée, fait sourire. “Le développement de PAP n’a pas été facile à cette époque, se souvient-il. Mais les besoins de stocks et de largeur de gamme commençaient déjà à se faire sentir. Le rôle de la plate-forme a mis du temps à être compris. Aujourd’hui, cela va même plus loin puisque certains de nos clients nous considèrent comme des équipementiers, notamment les jobbers.”

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