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Distribution

Chaussende et fille

Publié le 16 mars 2026
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Par Mohamed Aredjal
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3 min de lecture
À 27 ans, Lisa Chaussende a rejoint l’entreprise familiale il y a un an et demi, après un parcours ponctué de détours professionnels. Aux côtés de son père, Olivier, elle découvre chaque jour un peu plus les rouages de la société créée par son grand-père. Elle observe, apprend et trace son chemin dans un secteur qu’elle côtoie depuis son enfance.
Passation en douceur chez Chaussende : Olivier a lancé un plan sur trois ans pour préparer la société à la transmission, pendant que Lisa apprend les ficelles du métier. ©Chaussende
Passation en douceur chez Chaussende : Olivier a lancé un plan sur trois ans pour préparer la société à la transmission, pendant que Lisa apprend les ficelles du métier. ©Chaussende

Les souvenirs de Lisa Chaussende remontent loin. Son grand-père dans son bureau, à Salon-de-Provence, quand elle n’avait que 5 ans. Puis les étés passés à Marseille, à coller des étiquettes sur des colis et à préparer des commandes.

"Certains salariés avec lesquels je travaille aujourd’hui me connaissent depuis que je suis née. Ils m’ont vue grandir", raconte-t-elle. Pour autant, rejoindre l’entreprise familiale n’allait pas de soi.

Après un bachelor en entrepreneuriat obtenu en 2021, elle entame un master en audit et contrôle de gestion qu’elle ne terminera pas. Des problèmes de santé la contraignent à tout arrêter en 2022. Rétablie, elle explore alors d’autres univers : décoration intérieure, production dans le cinéma, vente dans la grande distribution…

"Depuis mes 16 ans, j’ai toujours travaillé, que ce soit chez Chaussende ou ailleurs. Je m’ennuie très vite", indique-t-elle. En octobre 2024, elle franchit le pas. "Le milieu de l’entreprise me manquait trop. J’ai demandé à mon père s’il avait besoin de quelqu’un."

Un poste de contrôleur de gestion est alors à pourvoir. Elle accepte, d’abord en CDD, avant de reprendre en septembre 2025 un master en alternance à l’IAE d’Aix-Marseille. Aujourd’hui, Lisa Chaussende partage son temps entre ses études et l’entreprise, où son périmètre a évolué vers des missions de coordination commerciale.

Apprendre sans se brûler les ailes

Son objectif est clair : monter en compétences sans brûler les étapes, aux côtés de son père, Olivier, rouage central de l’entreprise.

Mon père est un personnage particulier. C’est quelqu’un de très humain, qui porte de l’attention à énormément de choses.

Travailler en famille peut être un défi, elle en a conscience. "J’ai envie qu’il soit fier de moi. J’ai envie qu’il soit content de mon travail", confie-t-elle. Pour progresser, elle peut s’appuyer sur une équipe attentive et disponible. Idem au sein du groupement Apprau – dont fait partie Chaussende – où elle a pu compter sur le support des autres adhérents, en particulier des frères Jérôme, Harold et Thomas van den Bosch, qui ont repris Motor-Parts en 2021.

Un soutien précieux dans un environnement dont les codes restent complexes à appréhender. "On parle quand même d’un marché où on a entre 600 000 et 800 000 références actives en France", souligne-t-elle, comparant avec les 15 000 à 20 000 références que gère sa mère, pharmacienne.

Un horizon à trois ans

L’arrivée de Lisa Chaussende s’inscrit dans une réflexion plus large sur la transmission. À l’approche de la retraite, Olivier Chaussende s’est fixé un horizon de trois ans pour réduire la dépendance de l’entreprise à sa personne. "Ça veut dire que moi, j’ai trois ans pour me décider", résume Lisa.

Racheter l’entreprise ? Tracer sa voie ailleurs ? L’avenir reste ouvert. Pour l’instant, elle observe, et se forge une vision. "Je me dis souvent que si je suis un dixième de ce qu’est mon père, je serai contente", confie-t-elle avec une pointe d’humilité, précisant qu’elle n’entend pas changer une "recette qui marche".

Pourtant, Lisa a ses propres idées, notamment sur le marketing, mais elle sait qu’elles devront s’inscrire dans le temps. Une prudence qui ne tient pas seulement à la culture de l’entreprise, mais aussi au contexte dans lequel elle évolue. Dans un secteur encore largement masculin, sa légitimité ne va pas de soi.

On attend dix fois plus, voire cent fois plus d’une femme qu’un homme à poste similaireestime-t-elle.

Dans trois ans, Lisa aura 30 ans. L’âge de son père quand il a repris les rênes de l’entreprise, en 2000, aux côtés de son frère Pascal (qui a quitté Chaussende en 2015 pour aller vivre à l’étranger). Une coïncidence qui n’en est peut-être pas vraiment une.

Cap sur un troisième centre

Lisa Chaussende, 27 ans, jongle entre ses études en alternance et son apprentissage au sein de l’entreprise familiale. Dans trois ans, elle devra décider si elle en reprend les rênes. ©Chaussende

Lisa Chaussende, 27 ans, jongle entre ses études en alternance et son apprentissage au sein de l’entreprise familiale. Dans trois ans, elle devra décider si elle en reprend les rênes. ©Chaussende

Forte de près de 40 ans de croissance continue, l’entreprise Chaussende réfléchit désormais à l’ouverture, à moyen terme, d’un troisième centre logistique, dont la localisation reste à définir.

"Il aimerait un troisième dépôt pour prouver que la formule Chaussende fonctionne et pour montrer qu’elle est duplicable", explique Lisa, qui accompagne son père dans cette réflexion stratégique.

Ce projet s’inscrit dans une trajectoire claire : accompagner l’élargissement des gammes, sécuriser les délais de livraison et renforcer la proximité avec les clients.

Depuis sa création en 1985 par Yvette et René Chaussende, la société n’a cessé d’adapter son outil logistique à l’évolution de son activité. Du premier entrepôt de Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône) à la structuration d’un relais marseillais en 2006, puis à l’ouverture d’un second site à Toulouse en 2010, chaque étape a accompagné une montée en puissance, tant en volume qu’en complexité d’offre.

Une nouvelle implantation doit démontrer la capacité de la plateforme à essaimer son modèle au-delà de ses deux bastions historiques. Un enjeu d’autant plus crucial qu’Olivier Chaussende prépare activement la transmission de l’entreprise. Dans cette perspective, un troisième site constituerait un atout commercial de poids face à un potentiel repreneur.

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