Pneus : sous tension, le marché cherche son nouveau point d’équilibre

Le verdict était attendu. Après des trimestres hésitants, le bilan annuel publié par le Syndicat du Pneu (SdP), sur la base des données GfK, entérine une année 2025 en retrait pour le marché français du pneumatique.
Au total, 30,579 millions de pneus TC4 (tourisme, SUV/4x4 et camionnette) ont été écoulés en sell in, des manufacturiers vers les distributeurs, soit un recul de 4,4 % par rapport à 2024. En sell out, c’est-à-dire des revendeurs vers l’utilisateur final, les volumes atteignent 16,747 millions d’unités (-2,7 %).
Un résultat en repli, certes, mais qui s’inscrit dans une décennie marquée par les crises successives – sanitaire, économique, inflationniste – ayant profondément modifié les repères du secteur. Désormais, le marché semble évoluer dans une fourchette stabilisée comprise entre 30 et 33 millions d’unités annuelles, une sorte de nouveau régime de croisière.
Des arbitrages budgétaires qui freinent le marché
Le contexte macroéconomique pèse lourdement. Face à la hausse durable des dépenses contraintes (logement, énergie, alimentation), les ménages ajustent leurs priorités. L’automobile n’échappe pas à ces arbitrages. Entre 2016 et 2025, l’âge moyen du parc est passé de 9 ans à 11,6 ans.
Dans le même temps, le kilométrage annuel moyen a reculé de 12 800 à 11 600 kilomètres. Moins de kilomètres parcourus et des véhicules conservés plus longtemps : la mécanique du remplacement s’en trouve ralentie. Le SdP alerte d’ailleurs sur les effets de ces reports d’achat.
En prenant comme référence une durée d’usage de quatre ans et 48 000 kilomètres, un simple décalage d’un mois dans le changement des pneus représenterait mécaniquement environ 2 % de ventes en moins. Au-delà de l’impact économique, l’organisation professionnelle pointe également un enjeu de sécurité routière.
Polarisation entre premium et budget
L’exercice 2025 confirme un mouvement amorcé depuis plusieurs années : le marché se fragmente. Les marques premium totalisent 7,151 millions d’unités vendues, en baisse de 2,1 %, pour une part de marché de 50,4 %. Elles conservent leur leadership, mais leur dynamique reste contrainte.
À l’inverse, les marques budget poursuivent leur ascension. Avec trois millions de pneus écoulés (+9,6 %), elles atteignent 21,4 % de part de marché. En dix ans, leur poids a plus que doublé.
2025 marque une vraie polarisation du marché entre les marques premium et budgetrésume Régis Audugé, directeur général du Syndicat du Pneu.
Entre les deux, le segment quality décroche nettement (-15,4 %) et ne représente plus que 18,7 % du marché. Un positionnement intermédiaire qui semble peiner à convaincre. Les marques de distributeurs (MDD), de leur côté, reculent légèrement (-1,2 %) tout en maintenant une pénétration de 9,5 %.
Le toutes saisons s’impose comme référence
Autre tendance notable : la progression continue du toutes saisons. Tandis que les ventes de pneus été reculent de 10,6 % et celles des pneus hiver de 7 %, le toutes saisons affiche encore une croissance à deux chiffres. Il représente désormais 42 % des volumes totaux, contre 49 % pour l’été et 9 % pour l’hiver.
"Le toutes saisons est devenu le nouveau standard du marché. Sa progression est forte et régulière ; il finira par devenir majoritaire", estime Régis Audugé. Sa praticité – absence de permutation saisonnière – explique en partie son succès.
Mais l’élargissement de l’offre joue également un rôle clé. Longtemps dominé par les marques premium, le segment est désormais investi par les quality et les budget, ce qui en améliore l’accessibilité.
Fin 2025, le prix moyen d’un pneu s’établit à 114 euros TTC. Le toutes saisons ressort à 103 euros (-0,2 %), contre 105 euros pour un pneu été (+1,9 %) et 139 euros pour un hiver (+3,1 %).
Les prix élevés compensent la baisse des volumes
Par catégorie, un pneu premium s’affiche en moyenne à 133 euros TTC, un quality à 101 euros, une MDD à 88 euros et une marque budget à 61 euros. "Le cycle inflationniste semble avoir atteint un plateau depuis deux ou trois ans. Les premières corrections tarifaires ont concerné les segments les plus élevés", observe le directeur général du SdP.
Les niveaux de prix restent toutefois soutenus, ce qui permet d’absorber en partie la baisse des volumes.
À contre-courant du TC4, le segment poids lourd confirme son redressement. En 2025, il progresse de 0,2 % en sell in (1,634 million d’unités) et de 2,5 % en sell out (1,650 million). Les prix moyens se stabilisent autour de 594,2 euros TTC pour un pneu neuf, tout en demeurant 20 à 25 % inférieurs aux niveaux observés en 2026. Le marché du rechapé, jugé complexe à décrypter, fera d’ailleurs l’objet d’une analyse spécifique prochainement, indique le SdP.
