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Carrosserie

Carflex, la tribu des carrossiers plus irréductibles que jamais

Publié le 12 mars 2026
Par Nicolas Girault
5 min de lecture
Pour son 20e anniversaire, le groupement de carrossiers se réinvente. Carflex veut revenir à ses fondamentaux pour s’adapter aux évolutions rapides de la réparation-collision.
Conseil d'administration des carrossiers Carflex
En février 2026, réunis à Paris en CA, les administrateurs de Carflex ont défini leurs nouvelles orientations. De gauche à droite, Thomas Mauro, Guy Lambert et Laurent Zammit (coprésidents), Linda Marguier, Nadine Doré, Julie Belle (directrice de site Carflex), Christian Sauvignet, Jean-Charles Cucuzza, Alexandre Dufour, Sébastien Staels et Thierry Lutter (directeur général). ©J2R/NG

Dans un contexte où la réparation-collision se complexifie et où les marges se tendent, Carflex choisit de se recentrer. Réunie à Paris le 12 février 2026, deux mois après le renouvellement de sa gouvernance, l’équipe dirigeante a officialisé la nomination de Thierry Lutter au poste de directeur général. À l’approche de ses 20 ans, la tribu d’indépendants redéfinit ses priorités pour affronter les mutations du marché sans renoncer à ses convictions.

La "tribu", d'abord groupement de réparateurs

"Nous ne nous assimilons pas aux réseaux de carrossiers, trop éloignés de notre modèle, rappelle Guy Lambert, l’un de ses deux coprésidents. Nous ne sommes attachés à aucun distributeur et n’avons aucune obligation d’achat. C’est la raison pour laquelle nous nous appelons entre nous « la tribu », réunie autour de valeurs communes."

Concrètement, Carflex se présente comme un groupement de réparateurs – certains affiliés par ailleurs à des réseaux – qui mutualisent une partie de leurs achats. Ensemble, ils travaillent aussi sur les problématiques de la profession et cherchent à y apporter des réponses opérationnelles. Ces derniers mois, cependant, le groupement a pu sembler en retrait.

"Que ça nous plaise ou non, nous basculons dans une nouvelle ère et nous devons en tirer le meilleur parti", Thierry Lutter Directeur général de Carflex

"Nous nous sommes engagés dans plusieurs projets chronophages et coûteux, qui nous ont éloignés du terrain et de nos valeurs d’origine”, reconnaît Laurent Zammit, l’autre coprésident. Parmi eux figurait notamment un ambitieux projet de centre de formation, finalement bloqué pour des raisons administratives. La gouvernance précédente a choisi d’y mettre un terme. Le nouveau conseil d’administration entend désormais recentrer Carflex sur son ADN.

La massification comme levier

Une orientation confiée à sa direction bicéphale assurée par les deux coprésidents fondateurs, entourés de six administrateurs, répartis entre membres historiques et plus récents, et impliqués dans différents comités (technique, achats…). À leurs côtés, Thierry Lutter pilotera quatre axes stratégiques : massification des achats, accompagnement des adhérents, valorisation des métiers et innovation. Pour l’épauler, la tribu s’appuie sur 10 permanents répartis sur deux sites : le siège à Valence (Drôme), où sont centralisés la gestion, la communication et les supports, et Toulon (Var), qui accueille le service informatique.

Les achats mutualisés concernent principalement les pièces de rechange, même si les marques de peinture sont également référencées. Leur volume atteint désormais 25 millions d’euros, contre 15 millions en 2019. Les adhérents restent libres de leurs approvisionnements : seules les conditions négociées avec une dizaine de fournisseurs partenaires et une discipline collective incitent à jouer le jeu.

Des réparateurs libres et solidaires

"La massification est plus nécessaire que jamais pour préserver nos marges dans les carrosseries, affirme Laurent Zammit. Il s’agit de trouver des solutions à la hausse du prix des pièces, à l’essor de la demande de pièces de réemploi, au développement des véhicules asiatiques, ainsi qu’à l’implication croissante des donneurs d’ordres dans l’approvisionnement… Autant de contraintes qui entravent la fonction d’achat des chefs d’entreprise."

En revanche, pas question de recourir à des apporteurs d’affaires. "Cela nous imposerait des obligations et nous conduirait à être directifs", explique Jean-Charles Cucuzza, en charge de la communication. Sur ce point aussi, chaque membre conserve sa liberté, marque supplémentaire d’indépendance à l’heure de l’agrément tout-puissant.

La massification est plus nécessaire que jamais pour préserver nos marges dans les carrosseries,  Laurent Zammit, Coprésident de Carflex

L’entraide reste d’ailleurs le socle du modèle. Les adhérents échangent quotidiennement par mail ou via WhatsApp en partageant leurs bonnes pratiques. "Par exemple, l’un d’entre nous a dernièrement rencontré un problème de mise en sécurité sur un VE. Un autre lui a donné la méthode à suivre sur ce modèle", raconte Linda Marguier, carrossière et administratrice. "Lorsqu’on fait face à une rupture sur une pièce, on demande si un autre ne l’a pas de son côté", complète son homologue, Thomas Mauro.

Entraide permanente

Sur le plan technique, Carflex peut aussi compter sur le support de Christian Sauvignet, administrateur chargé de mener une veille technologique. Ancien formateur devenu carrossier, il délivre régulièrement des conseils d’achat et d’optimisation d’atelier. Exemple : "Pour une carrosserie, certains modèles de soudeuses par point sont mieux adaptés que d’autres. Et tous les accessoires proposés ne sont pas indispensables", rappelle-t-il. Il rédige également des fiches techniques sur les différents postes et opérations (dépointage, soudure, etc.).

Outre cette entraide permanente, les informaticiens de Carflex ont développé une boîte à outils interne baptisée MyCarflex. Celle-ci comprend plusieurs applications, dont la calculatrice CapVert, destinée à évaluer la pertinence économique d’une pièce de réemploi dans un dossier. "Elle tient compte de son prix, du forfait d’adaptabilité et de la marge visée. Elle indique ensuite si elle est « économiquement disponible »", explique Laurent Zammit. D’autres outils "malins" sont disponibles pour les carrossiers : utilitaire de réception active sur tablette, planning de gestion d’atelier, application photo…

Tirer des opportunités des évolutions

Outillée et structurée, la tribu aborde le contexte actuel avec lucidité, en particulier face à un environnement de marché complexe. "Nos PME se retrouvent entre des constructeurs qui imposent leurs tarifs pièces et des assureurs qui cherchent à payer le moins possible", analyse Sébastien Staels, autre administrateur. Parallèlement, certaines marques comme Tesla ou Ford replacent la technicité au cœur du débat, ce qui rehausse le niveau d’intervention attendu dans les ateliers. La transfor mation est également technologique.

"Avec l’automatisation de la teinte et l’arrivée de robots de peinture, de nouveaux métiers émergent. Que ça nous plaise ou non, nous basculons dans une nouvelle ère et nous devons en tirer le meilleur parti", souligne Thierry Lutter. Pour accompagner cette montée en compétences, Carflex renforce les formations sur site en partenariat avec le Cesvi et le CFPA. Des adhérents accueillent des sessions auxquelles participent les autres membres du groupement.

Fort de cet état d’esprit et de ses actions, le groupement veut attirer de nouveaux membres afin de massifier davantage ses achats. Sous la gouvernance précédente de Pierre Métiffiot et Mathieu Rochegude, Carflex est passé de 73 à 100 membres entre 2019 et aujourd’hui. Les dirigeants actuels souhaitent relancer un développement "en grappe", pour rompre l’isolement des carrossiers et consolider le poids économique du collectif.

20 ans d'échanges au sein de Carflex

2006

À Marseille, cinq carrossiers fondent l’association Carflex avec l’ambition de mutualiser leurs bonnes pratiques : Jean-Charles Cucuzza (Mulhouse), Alexandre Dufour (Nice), Guy Lambert (Chambéry), Éric Pintat (Marseille) et Laurent Zammit (Montpellier). Ils fédèrent rapidement d’autres confrères autour d’une charte fondée sur des valeurs communes. Le collectif s’implante d’abord dans la vallée du Rhône, avant de s’étendre progressivement dans le Sud et l’Est de la France.

2008

Carflex présente ses premières analyses pour identifier les opportunités économiques : la première observe l’implication des donneurs d’ordres dans l’approvisionnement des pièces de rechange et autres produits peinture. Puis, une seconde étude oppose le coût moyen de sinistre au coût moyen de services.

2010

En créant Carflex SAS, la tribu s’organise en groupement d’achats.

2012

Le groupement imagine CapVert (Carflex agit pour la planète). Cette réflexion sur l’utilisation de la pièce de réemploi repose sur la construction d’un prix de vente permettant d’établir une situation économique équitable (donc pérenne) pour les différents acteurs.

2016

Développement de EyeFlex (application de gestion des photos) et de MyCarflex (outils digitaux de suivi de production).

2019

Le recrutement de nouveaux membres s’intensifie, avec une implantation renforcée dans le Nord et en Bretagne.

2021

À la sortie du Covid, la tribu lance des projets autour de la formation et des pratiques RSE.

2024

Accord avec les distributeurs ID Rechange sur l’approvisionnement et la technique.

2026

Carflex confie sa direction générale à Thierry Lutter et propose un accompagnement technique indépendant organisé autour de David Frachon.

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