Sinistres : pourquoi les véhicules de collection échappent aux règles classiques

Avec près d’un million de véhicules de collection en circulation en France – carte grise spécifique ou non –, le patrimoine roulant n’échappe pas totalement aux aléas de la route. Lorsqu’ils y sont confrontés, leurs propriétaires se heurtent toutefois à des contraintes particulières. Mais ces modèles d’intérêt historique bénéficient aussi de règles dérogatoires.
"Dans tous les cas, un véhicule de collection ne peut pas être classé techniquement irréparable par un expert automobile", rappelle Frédéric Dubois, référent national véhicules de collection de Classic Expert. Spécialisée dans l’estimation de véhicules anciens et d’exception, la filiale de BCA Expertise intervient régulièrement sur des dossiers de sinistres. Un savoir-faire qu’elle a mis en avant au salon Rétromobile 2026, aux côtés des assureurs dédiés à ce segment de niche.
Une faible sinistralité
Par définition, un véhicule de collection est âgé de plus de 30 ans, n’est plus produit et doit avoir été conservé dans sa configuration d’origine. À cette définition réglementaire s’ajoute désormais une catégorie plus informelle : celle des véhicules d’exception, hypercars ou supercars, parfois plus récents, mais intégrés aux contrats spécialisés.
Dans les faits, ces véhicules roulent peu. En moyenne, à peine 1 000 kilomètres par an. Résultat : une sinistralité extrêmement faible. "La plupart des propriétaires assurent leur véhicule au tiers et ne sollicitent leur assurance qu’en cas de sinistre non responsable", précise Frédéric Dubois. Les dossiers traités concernent donc principalement des collisions sans tort, mais aussi des incendies ou des événements climatiques, comme la grêle ou les inondations.
Lorsqu’un sinistre est déclaré, les véhicules de collection entrent dans les procédures classiques, notamment la procédure VE (véhicule endommagé). Ils peuvent également être jugés économiquement irréparables, en fonction de leur valeur. Mais l’expert ne peut jamais interdire leur réparation. "Cette spécificité explique par exemple la reconstruction de la Ferrari F40 victime d'un incendie à Monaco en 2020", illustre l'expert.
Souvent une affaire de réparateurs spécialisés
Sur le terrain, la difficulté se situe rarement dans le principe de la réparation, mais dans sa mise en œuvre pour l'expert et le réparateur. Certaines pièces mécaniques peuvent être refabriquées, notamment sur des modèles historiques relativement diffusés. D’autres, plus rares, imposent des solutions complexes et coûteuses, y compris lorsqu’il est possible de recourir à des pièces de réemploi (PRE).
Dans certains cas, l’expert peut exiger des contrôles spécifiques, comme la radiographie de pièces d’occasion, afin de garantir leur intégrité structurelle lorsqu’elles participent à la sécurité du véhicule.
La carrosserie n’échappe pas à cette logique. Le recours à des techniques devenues marginales en réparation-collision, comme le formage de tôles, s’impose régulièrement. À cela s’ajoutent des savoir-faire spécifiques, souvent réservés aux spécialistes de la restauration, qui contribuent à alourdir sensiblement le coût des réparations.
Cette liberté de réparation s’accompagne toutefois d’une contrainte majeure : le respect strict de la configuration d’origine. Pour conserver son statut, un véhicule de collection ne doit faire l’objet d’aucune modification susceptible d’altérer ses caractéristiques initiales. Toute amélioration du freinage, de la tenue de route ou des performances – comme le remplacement de freins à tambour par des disques ou l’adoption de jantes de plus grand diamètre – remet en cause sa conformité.
Toutefois, il faut garder à l'esprit que pour garder son statut, le véhicule de collection ne doit pas avoir été modifié. Aucune opération de maintenance ou de réparation ne doit avoir altéré sa configuration d'origine. Cela exclut en particulier toute amélioration de ses caractéristiques initiales. Toute amélioration du freinage, de la tenue de route ou des performances – comme le remplacement de freins à tambour par des disques ou l’adoption de jantes de plus grand diamètre – remet en cause sa conformité.
L’impératif de conformité
Néanmoins, un propriétaire peut tout de même effectuer ce type de modification. Mais la réglementation lui impose de faire passer son véhicule sur les bancs de la Dreal. Un processus long et coûteux, qui conditionne l’autorisation de circuler sur route.
"On ne peut donc que conseiller de maintenir au mieux le véhicule dans sa configuration d'origine, garantie par son constructeur", recommande Frédéric Dubois. Il cite le cas d’une Citroën 2CV restaurée avec un moteur de Dyane : une substitution techniquement proche, mais susceptible de remettre en cause la conformité administrative du véhicule.
À l’inverse, certaines évolutions sont admises lorsqu’elles correspondent à des configurations proposées à l’époque par le constructeur. C’est notamment le cas de la Ford Mustang des années 1960, pour laquelle freins à tambour et freins à disque coexistaient lors de sa commercialisation.
Une réglementation favorable au patrimoine
Malgré ces contraintes, des contrats d’assurance spécifiques existent pour les véhicules modifiés, afin de répondre aux pratiques répandues dans le monde de la restauration. Une approche parfois critiquée par les passionnés, qui jugent la réglementation trop rigide.
Le sujet est d’autant plus sensible que plusieurs accidents mortels impliquant des hot rods lourdement modifiés ont relancé le débat en 2025. Ces événements pourraient conduire à un durcissement du cadre réglementaire, en particulier pour ce type de préparation.
Pour l’heure, la philosophie reste inchangée : préserver coûte que coûte les véhicules d’intérêt historique. Même gravement endommagés, ils demeurent réparables sur le plan réglementaire. Dans les cas les plus extrêmes, la limite n’est plus technique, mais financière. Et dépend essentiellement de ce que le propriétaire est prêt à investir, au-delà du plafond d’indemnisation de son assurance.
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