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Le recyclage, sur la voie des garages

Publié le 12 décembre 2013
Par Romain Baly
5 min de lecture
Longtemps absent du débat environnemental, le monde de l’automobile tente depuis plusieurs années de se refaire une image, en sensibilisant ses acteurs aux enjeux du recyclage. Mais aujourd’hui, où en sont vraiment les choses ? Quel bilan tirer de cette évolution ? Etat des lieux.
Bien qu’en progrès constant, le recyclage n’est effectué que par deux tiers des garages.
Bien qu’en progrès constant, le recyclage n’est effectué que par deux tiers des garages.

La sempiternelle vision du garage un peu graisseux, fouillis et très peu écolo, a vécu. Prenant conscience que l’image qui leur était attribuée, à tort ou à raison, n’était pas très valorisante pour eux, les professionnels de l’automobile s’attellent, depuis un certain temps maintenant, à la modifier pour se donner le contenant et le contenu de gens sérieux et respectueux. Respectueux de leurs clients, de leur profession, mais aussi de l’environnement. Somme toute encore assez fraîches, les pratiques éco-responsables deviennent peu à peu monnaie courante dans un secteur qui a désormais pris conscience de l’importance de recycler, de collecter et de ne plus polluer. Un changement à mettre en premier lieu au crédit des grands acteurs de ce milieu. “Tous les grands groupes ont aujourd’hui pris le sujet au sérieux en mettant en place un responsable environnement, une politique environnementale, des incitations au tri des déchets. Il n’y en a pas un qui ne soit pas rentré dans cette logique”, confie Julien Salive, responsable commercial de Chimirec, l’un des leaders du recyclage en France. N’hésitant plus à mobiliser des centaines de milliers d’euros pour l’environnement, ces entreprises imposent cette nouvelle donne à tous leurs collaborateurs. Une manière de s’assurer que les pratiques sont bien en adéquation avec le message diffusé. Résolu dans les grands groupes, le problème demeure intact dans toutes les structures indépendantes. “Imaginez-vous la charge de travail d’un petit patron qui doit s’occuper de son activité, de son administratif, de son stock, qui doit se tenir au courant des changements de réglementation. La question du recyclage peut facilement passer à la trappe”, relève Jean-Louis Pech, président du GIE France Recyclage Pneumatique (FRP). Ainsi, en 2012, sur les 36 000 garages que compte l’Hexagone, on dénombrait 23 610 “recycleurs”, et ce, alors que la législation oblige pourtant toutes les structures à s’y plier.

Sensibiliser encore et encore

A bien y regarder, le problème est même encore plus important : si ces 23 610 garages ont déclaré avoir recyclé au moins un déchet, le garage modèle, imaginé par plusieurs organisations, préconise la collecte de cinq déchets dangereux et trois déchets non dangereux. Dans ce cas présent, la statistique tombe de suite beaucoup plus bas puisque seulement 1 979 garages réussissent à s’y plier. Une situation qui s’explique par le coût induit par le recyclage. Comme le note Julien Salive, “bien que le problème puisse être contourné (aides, refacturation), cela reste une contrainte”. Un travail de sensibilisation, mais aussi d’explication qui revient alors aux différentes organisations, comme le souligne Marie-Josée Deleau, de chez Praxy, société qui gère les déchets d’un réseau d’entreprises : “On en vient précisément à notre travail. C’est à nous d’expliquer aux professionnels que, par exemple, des pare-chocs accumulés au fond d’une cour vont coûter beaucoup plus cher pour être éliminés au bout de dix ans que s’ils l’avaient été au fur et à mesure.” Principe intégré dans d’autres domaines comme celui de l’électroménager, la refacturation des frais environnementaux peine encore à se généraliser dans l’automobile. Par méconnaissance avant tout. Avec un coût moyen répercuté n’excédant pas les trois euros, cette pratique ne permet pas de se dégager de la concurrence. Autre facteur à problème : la place que nécessitent les bacs de tri. Si la loi précise qu’il doit y avoir dans chaque garage un conditionnement par déchet, dans certains d’entre eux, leur nombre peut facilement monter à dix, voire quinze bacs.

Flexibilité et visibilité au cœur du débat

Pour limiter le problème, certains comme Sevia, filiale de Veolia, proposent à leurs clients de réaliser un audit précis de leurs besoins. Saïd Hadjaz, responsable marketing, explique : “Chez nous, l’offre est calibrée sur le nombre de personnes qui travaillent dans le garage et sur le volume de manipulations. De là, on propose des contenants de différentes tailles, ce qui permet de résoudre le souci de place sans rogner sur un ou plusieurs déchets.” L’autre solution consiste à intensifier le nombre de collectes, notamment dans les grandes villes, là où la place est souvent limitée, pour libérer les bacs le plus rapidement possible. Et, pour coller à cette démarche de sensibilisation, Sevia va même plus loin. “On part du principe que, pour un recyclage efficace, il faut un management visuel, et que le garagiste sache très vite où mettre quoi”, renchérit Saïd Hadjaz. Sa société propose ainsi, en complément des contenants, un kit de communication complet qui prend place de manière judicieuse dans le garage. Plus que ces données matérielles, une place de choix est maintenant dévolue au devenir des déchets. Les recycleurs et leurs filières de revalorisation sont passés par là et constituent un argument de poids pour mettre en avant le recyclage. Si, quelques années en arrière, le discours voulait que l’on recycle pour ne pas polluer, celui-ci a bien changé. Désormais, il est question de recycler pour créer de nouvelles ressources. Saïd Hadjaz ne dit pas le contraire : “Il ne s’agit plus de mettre un produit usagé dans un contenant. Il est important d’expliquer le devenir du déchet au garagiste et de lui dire “Fais-le parce que voilà ce que ça deviendra.””
 
Récompenser les bons élèves, contrôler les mauvais

Une manière très concrète d’aborder le sujet et de faire de cet effort un atout. Plusieurs organisations incitent désormais leurs clients et adhérents à se vanter de leur comportement éco-responsable, d’eux-mêmes ou par le biais d’un label. Praxy, Sevia ou encore Autoéco, société chargée de récupérer et de normaliser les statistiques des collecteurs, tous suivent ce principe pour récompenser leurs bons élèves et les inciter à continuer. Voire à en faire plus, à l’image de ce qui attend l’ensemble du milieu automobile. L’une des pistes souvent évoquée pour améliorer une situation encore perfectible, consisterait à intensifier les contrôles. “Malheureusement, il faut que la démarche soit répressive pour être efficace, souligne Olivier Fort, fondateur d’Autoéco. Aujourd’hui, les contrôles sont encore trop peu nombreux pour inciter les derniers récalcitrants à se plier aux règles.” Malgré cela, le recyclage prend désormais une place considérable dans les garages. Si la situation est encore imparfaite, de grands changements ont déjà eu lieu et une vraie prise de conscience s’est faite chez la plupart des acteurs. Julien Salive se montre optimiste : “On pourrait toujours faire mieux. Mais les choses progressent. Constructeurs, réparateurs, distributeurs, tout le monde joue désormais le jeu du recyclage. Ce n’est pas pour autant qu’ils le font bien, mais ils sont tous investis.” Sur la bonne voie, la donnée environnementale mettra encore du temps à rentrer définitivement dans les mœurs de l’automobile. Mais à force de travail, nul doute quelle y parviendra.

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FOCUS - Chez Carglass, le recyclage sert de grandes causes

Réussir à dépasser le cadre initial du recyclage pour sensibiliser les professionnels. Voilà sans doute une manière habile d’aborder le sujet sans désintéresser ces derniers. Il y a dix ans, le discours en place disait, en somme, que le recyclage permettait de ne pas polluer. Quelques années plus tard, celui-ci a évolué et l’on a commencé à matérialiser le sujet en mettant en avant les filières de revalorisation. Aujourd’hui, une étape de plus est sur le point d’être franchie grâce à des exemples comme celui de Carglass. En plus de limiter la pollution et de créer de nouvelles ressources, le recyclage peut désormais servir de grandes causes. Les centres Carglass des Pays de la Loire sont ainsi engagés, depuis avril dernier, aux côtés de l’association “Les Chiens Guides d’Aveugles de l’Ouest” en récoltant des balais d’essuie-glaces usagés. “Une manière de concerner toujours un peu plus nos collaborateurs”, comme le note Céline Coulibre-Duménil, directrice du développement durable de la société, qui explique comment est née cette initiative : “Depuis plusieurs mois, nous avons mis en place des ambassadeurs qui, en plus de leur emploi au sein du groupe, ont pour mission de diffuser localement notre message, mais aussi de mettre en place des actions dans leur région.” C’est ainsi que l’idée a pris forme dans la tête de Sébastien Desmet, chef du centre d’Angers et ambassadeur Développement responsable, et de ses collègues motivés pour “aider une association sur le long terme”. En six mois, 1 800 kg de métal ont ainsi été recyclés, permettant de récolter des fonds pour l’association. Fort du succès de cette première, les centres Carglass des Pays de la Loire réfléchissent déjà aux prochaines actions qui pourront voir le jour dans la région en 2014. Concernés et mobilisés, les réparateurs ont compris le message environnemental.

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