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Une seconde vie pour les filtres

Publié le 24 mai 2012
Par Romain Baly
5 min de lecture
Gros pollueur parmi les pollueurs, l’industrie automobile est plus que jamais obligée de se plier à certaines contraintes environnementales dictées par la législation. Celle-ci aidant, de nombreuses pièces automobiles bénéficient d’un retraitement en vue d’être réutilisées. C’est le cas des filtres à huile qui, suivant un processus prévu à cet effet, peuvent à l’heure actuelle être totalement recyclés.
Gros pollueur parmi les pollueurs, l’industrie automobile est plus que jamais obligée de se plier à certaines contraintes environnementales dictées par la législation. Celle-ci aidant, de nombreuses pièces automobiles bénéficient d’un retraitement en vue d’être réutilisées. C’est le cas des filtres à huile qui, suivant un processus prévu à cet effet, peuvent à l’heure actuelle être totalement recyclés.
Gros pollueur parmi les pollueurs, l’industrie automobile est plus que jamais obligée de se plier à certaines contraintes environnementales dictées par la législation. Celle-ci aidant, de nombreuses pièces automobiles bénéficient d’un retraitement en vue d’être réutilisées. C’est le cas des filtres à huile qui, suivant un processus prévu à cet effet, peuvent à l’heure actuelle être totalement recyclés.

La révolution verte est en marche ! Devenue une évidence depuis plusieurs années chez les individus, l’adoption de comportements plus éco-responsables a eu plus de mal à rentrer dans les mœurs professionnelles mais avec plus de résultats ! Si chacun d’entre nous semble de plus en plus sensible à ce sujet, dès lors qu’il ne nous concerne plus directement et qu’il implique d’autres enjeux, son importance devient caduque et l’écologie passe au second plan. Pour cette raison, l’industrie -comme l’individu- est restée pendant longtemps réfractaire à sa prise en compte. D’autant que la notion de pollueur-payeur est récente et que prévoir la résurrection d’une pièce dès sa conception n’est pas si aisé. Par la force des choses, et surtout des lois, celle-ci a été obligée de s’adapter et, surtout, de changer ses habitudes. L’industrie automobile, l’une des plus polluantes du genre, s’est vu imposer de nombreuses contraintes par les différentes lois Grenelle.

Mais si, dans les textes, la cause verte progresse, qu’en est-il réellement dans les faits ? Que devient une pièce automobile, un filtre en l’occurrence, hors d’usage ? Pour répondre à ces questions, le groupe Chimirec, acteur majeur de la collecte et du traitement des déchets industriels dangereux, a accepté de nous ouvrir les portes d’une de ses plates-formes située à Javené, près de Rennes. A l’origine spécialisé dans la collecte des huiles noires, Chimirec a diversifié, avec le temps, ses compétences et se charge aujourd’hui du retraitement des filtres automobiles, entre autres. Autour de quatre missions principales – commerce, collecte, retraitement, valorisation –, l’entreprise “accompagne” le produit polluant hors d’usage de sa prise en charge chez le client jusqu’au moment où il est en mesure d’être transformé et à nouveau utilisé.

Une revalorisation en quatre étapes

Qu’advient-il alors du filtre en question ? Chaque acteur du secteur automobile l’utilisant a pour obligation de se munir de bennes de collecte sécurisées. Une fois celles-ci pleines, une entreprise agréée par l’Etat, comme l’est Chimirec, est chargée de venir les retirer. Débute alors leur prise en charge. Une fois arrivé au centre, le produit est d’abord amené au centre d’analyse. Une équipe de spécialistes est chargée de le contrôler. Si dans le cas des filtres, le contrôle est limité, dans le cas des huiles usagées, cette étape revêt une importance capitale permettant de savoir si ce qui a été déclaré correspond bien au liquide qui va être traité. Le filtre prend ensuite la direction du prétraitement. Dans une grande piscine à double fond, les produits subissent un premier lavage, permettant de recueillir une partie du contenu. Les filtres sont ensuite triés manuellement par un opérateur dédié. Bien que la collecte soit catégorisée, il est, en effet, nécessaire de procéder à ce tri. Comme le souligne Bertrand Vivier, directeur du site de Javené, “si les mentalités évoluent, il reste encore du travail. Il n’est pas rare de trouver des cardans de voiture ou des bombes aérosol parmi les filtres” et, au vu du traitement qui intervient après, “passer au travers d’une telle négligence aurait des conséquences importantes sur notre chaîne”. En effet, après cette phase de tri, les filtres passent dans une première broyeuse. De manière autonome, la machine réalise une double action permettant de dissocier les différents éléments par un système d’électro-aimants, et une première réduction de chacun d’entre eux. Ainsi s’achève le processus de recyclage. Chaque élément se trouvant isolé, la phase de valorisation est désormais possible.

Un second traitement de broyage intervient alors. Le métal se trouve détruit en de tout petits copeaux, l’huile est collectée pour être régénérée et la partie filtrante est de son côté réduite en de très fins morceaux de papier. Pour Chimirec, le travail s’arrête là. Le produit de départ est en mesure de connaître une seconde vie. Le métal une fois réduit va prendre le chemin des fonderies, le papier va être utilisé par l’industrie cimentière comme combustible et l’huile est reprise par des raffineries. Pour cette dernière, l’entreprise de traitement garantit sa régénération. Par un processus de décontamination, l’huile est en mesure de resservir moyennant une perte d’efficacité de l’ordre de 20 %.

Seule la moitié des filtres est ­traitée

Avec cette chaîne de traitement, la totalité du filtre est en mesure d’être revalorisée. Sur une année, un site comme celui de Javené, qui couvre la Bretagne et quelques départements limitrophes, recueille et traite près de 7 500 tonnes de filtres. Un résultat considérable. Pourtant, le danger que laisse peser ce type de produits sur l’environnement reste d’actualité. Si la loi oblige les garagistes à recycler leurs produits, les contrôles étant encore limités, nombreux sont ceux qui passent volontairement au travers de la réglementation. Bertrand Vivier le concède : “Sur 50 000 filtres, tous secteurs confondus, seule un peu plus de la moitié est retraitée.” Il reste donc encore beaucoup d’efforts à réaliser. Et si ceux-ci dépendent de la bonne volonté de chacun, les progrès de la technologie pourraient aller dans le sens de l’écologie. Aujourd’hui, un filtre est composé à 48 % de métal, à 32 % d’huile et à 20 % de papier. Dans le futur, cette répartition va évoluer. Grâce aux cartouches filtrantes utilisées dans les voitures récentes, la partie métallique tend à disparaître, le filtre étant inséré directement dans le bloc moteur. A terme, une partie de la dernière étape n’aura plus lieu d’être. Si cette innovation n’entraînera pas de changement fondamental dans le processus, elle permettra de simplifier cette partie valorisation et fera gagner du temps. La plupart des entreprises du secteur fonctionnant en flux tendus pour optimiser la dépollution, celle-ci sera réalisée encore plus vite, limitant les risques de rejets et d’accidents. Comme on vient de le voir, si tout le secteur de l’automobile n’a pas encore adopté le bon comportement, écologiquement parlant, la législation et les acteurs du retraitement sont d’ores et déjà en mesure de répondre au problème. Le circuit de revalorisation qu’empruntent les filtres à huile permet de dépolluer tout en assurant une seconde fonction à la matière. Avec celui-ci, on serait en mesure de répondre à un idéal écologique : produire sans produire ou comment vivre sur ses ressources.

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FOCUS - Une industrie plus écolo grâce à Chimirec

Créé en 1957, le groupe Chimirec est aujourd’hui l’un des acteurs majeurs de la collecte et du traitement des déchets industriels dangereux, et le premier indépendant. Spécialisée à l’origine dans la collecte des huiles noires, l’entreprise a diversifié ses activités au milieu des années 70 et est aujourd’hui en mesure de traiter tous les déchets toxiques issus des secteurs industriels et tertiaires. Grâce à ce champ d’action très large, l’entreprise a réussi en 2010 à dégager près de 127 millions d’euros de chiffre d’affaires. Avec sa flotte de 320 véhicules, le groupe assure la collecte des déchets chez ses clients, puis se charge de les dépolluer et de les revaloriser via ses 14 plates-formes. Mais, au-delà de son activité, Chimirec est aussi impliqué dans une démarche de sensibilisation. Grâce à la réalisation d’un diagnostic déchet, le groupe est en mesure de conseiller à ses clients la meilleure solution intégrant les contraintes réglementaires et logistiques, tout en respectant les objectifs environnementaux. Enfin, ayant comme objectif principal de respecter et de faire respecter la législation, l’entreprise a mis en place tout un système de suivi et de contrôle des prestations.

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