S'abonner
Constructeurs

Airbags Takata : l'enquête parlementaire sur les responsabilités avortée

Publié le 4 avril 2025
Par Nicolas Girault
3 min de lecture
La proposition d'enquête parlementaire sur la gestion du scandale Takata a été refusée. Initiée par la députée réunionnaise Karine Lebon, la démarche a été repoussée par la majorité des présidents des groupes politiques réunis à huis clos. Les Ultramarins grincent des dents.
Airbag Takata enquete parlementaire
La majorité des responsables des partis politiques de l'Assemblée nationale vote le refus d'une enquête établissant les responsabilités du fiasco des rappels de remplacement des airbags Takata. ©AdobeStock

Il n'y aura pas de commission d'enquête parlementaire sur la gestion du rappel des véhicules équipés d'airbags Takata. Les présidents des groupes politiques de l'Assemblée nationale l'ont refusée lors d'une réunion à huis clos, le 1er avril 2025.

Dans la foulée, Karine Lebon l'a annoncé à l'agence réunionnaise Imaz Press. La députée de la 2e circonscription de La Réunion avait porté cette proposition de résolution – réclamée par les victimes et l'UFC-Que choisir – pour identifier les responsables des dysfonctionnements massifs autour de cette opération. Cette commission n'aurait pourtant pas endossé de rôle juridique, demeurant un outil d'information pour le Parlement.

L'élue, membre du groupe Gauche démocrate et républicaine, visait à établir ainsi la transparence sur les différentes responsabilités autour des manquements de la campagne de remplacement de ces équipements dangereux, notamment chez Stellantis et Volkswagen.

En effet, contrairement aux États-Unis ou à la Corée du Sud, les pouvoirs publics français n'ont pas encadré ces opérations. Ils ont préféré laisser les marques gérer seules les rappels encore en cours. Karine Lebon juge ces résultats "disparates, opaques et inégalitaires".

Un contexte pourtant favorable

Cette campagne de rappels concerne encore plus de 2,3 millions de véhicules, tant en métropole qu'outre-mer. Parmi eux, 10 % du seul parc roulant réunionnais seraient concernés. De nombreux automobilistes subissent l'immobilisation forcée de leur véhicule depuis de longs mois, souvent sans solution de remplacement pérenne. Une situation qui contraint certains à rouler encore avec leur véhicule, à leurs risques et périls.

"Il s’agit d’une mise en danger délibérée des automobilistes, dans un silence complice de certains industriels qui connaissaient depuis longtemps la dangerosité des produits", a affirmé Karine Lebon. Raison pour laquelle elle bataille depuis plusieurs mois pour soumettre sa proposition d'enquête. Le contexte semblait alors lui être plutôt favorable.

En effet, le 15 mars dernier, Manuel Valls, ministre des Outre-mer, a exhorté les constructeurs à "agir" en invoquant "une urgence absolue". Tandis que fin mars 2025, les 29 affaires judiciaires en cours (visant la responsabilité des airbags Takata dans des accidents) ont été centralisées au parquet de Paris. Parallèlement, la députée avait échangé avec les différents acteurs concernés, ainsi qu'avec Philippe Tabarot, le ministre des Transports.

"Le combat n'est pas terminé"

Mais finalement, elle a été surprise de voir la conférence des présidents de l'Assemblée nationale refuser d'inscrire sa résolution à l’ordre du jour. "Malgré toute l’énergie déployée, malgré nos échanges avec le ministre des Transports et le travail conjoint avec les victimes et leurs représentants, certains parlementaires sont restés sur leur position", a expliqué l'élue. "Jusqu’à la dernière minute, nous avons cru obtenir leur soutien. Force est de constater que 17 décès ne sont malheureusement pas suffisants pour que certains prennent leur responsabilité."

Mais la députée a ajouté qu'elle ne comptait pas en rester là. "Nous devons poursuivre notre lutte pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Un tel scandale ne doit plus jamais se reproduire. Nous nous tiendrons toujours aux côtés des victimes et de leurs proches. Leur combat est le nôtre, et il n’est pas terminé."

Cet enterrement de la commission d'enquête parlementaire fait déjà grincer des dents de nombreux Ultramarins. Leurs commentaires autour des articles en ligne de la presse régionale relatant cette décision ne sont pas tendres. En effet, 16 des 17 décès formellement associés à ces airbags sur le territoire français sont localisés dans les Drom-Com. La Guadeloupe en déplore notamment neuf et la Guyane trois, alors que la Martinique et La Réunion sont également endeuillées. Un lourd bilan humain auquel il faut ajouter de nombreux blessés, en métropole comme outre-mer.

Pire, nos confrères journalistes d'Outre-mer rapportent que ce bilan serait sous-évalué. En effet, les experts n'auraient pas immédiatement repéré la responsabilité de ces airbags dangereux dans un nombre indéterminé d'accidents... Faute de mieux, reste à attendre les conclusions de l'enquête judiciaire, qui a été déplacée par le parquet de Versailles à Paris.

Vous devez activer le javacript et la gestion des cookies pour bénéficier de toutes les fonctionnalités.
Partager :

Sur le même sujet

cross-circle