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Distribution

Gaël Escribe ou la force des convictions

Publié le 16 août 2022
Par Romain Baly
4 min de lecture
Le patron de Nexus Automotive International a réussi en moins de huit ans un véritable défi : celui de lancer un nouveau groupement international et de l'installer au premier rang de la profession. Une réussite pleine et entière pour un projet qui allie à merveille sens des affaires et dimension sociétale.
Après une longue carrière qui l'a notamment mené chez Valeo et Delphi, Gaël Esbribe a lancé Nexus Automotive International début 2014.
Après une longue carrière qui l'a notamment mené chez Valeo et Delphi, Gaël Esbribe a lancé Nexus Automotive International début 2014.

Qui pour succéder à Stéphane Antiglio, patron de PHE et lauréat du Prix Spécial 2021 ? Face à cette question, un nom s'est rapidement imposé dans l'esprit des membres du jury des Grands Prix de la Rechange. Présent sur tous les continents avec 159 membres dans 138 pays, plus 2 000 plateformes, 9 023 points de vente, 150 équipementiers référencés et un chiffre d'affaires global de 34,9 milliards d'euros, Nexus Automotive est une spectaculaire réussite, construite en à peine huit ans !

Une structure imaginée, portée et développée par un homme. Une figure bien connue du monde de la rechange qui, en 2014, s'est lancé dans une aventure un peu folle, vue de l'extérieur. Mais terriblement sensée aux yeux de son principal instigateur.

"Je n'avais pas de doute. Lancer Nexus, c'était ma chance. J'étais convaincu par le projet, mais, en même temps, quand vous vous lancez dans l'entrepreneuriat, il y a toujours une part d'inconnu. J'ai enfoui ce que je ne voulais pas voir pour me concentrer sur cet objectif. C'était une sensation assez particulière", confirme Gaël Escribe.

En réalité, l'idée de monter un groupement international a infusé progressivement dans l'esprit de l'ex-"Valeo boy" et homme fort (en tant que vice-président) de Delphi. Le chemin construit les hommes, avec un grand H, dit-on. Chez le dirigeant, c'est ce parcours qui a fait naître Nexus.

Quand je rendais visite à ceux qui sont aujourd'hui nos concurrents, je trouvais, d'une part, qu'ils n'allaient pas assez loin dans le partage de valeur et, d'autre part, qu'ils n'étaient pas en ligne avec la globalisation de notre métier.

Une vision novatrice du métier

Une discussion avec un confrère britannique crée l'étincelle. Le voilà en train de monter, dans l'ombre, une petite équipe chargée de plancher sur la faisabilité de ce projet et la manière de le concrétiser.

En décembre 2013, la décision est prise. Nexus Automotive International va voir le jour quelques semaines plus tard, avec un angle d'attaque aussi novateur que dérangeant : s'intéresser à tous ceux qui n'intéressent pas les autres groupements. Tous ceux qui avaient été mis, de façon inconsciente, à l'écart du jeu.

Lors de sa toute première prise de parole face à la presse, Gaël Escribe martèle ainsi qu'il ne s'agit pas "de reproduire un schéma, mais bien de proposer quelque chose de neuf". C'est ainsi que l'organisation a posé ses jalons en recrutant ses premiers adhérents en Afrique et au Moyen-Orient. Des régions et des marchés méconnus qui ont d'emblée forgé l'identité de Nexus.

La deuxième phase porte sur l'Europe et l'Amérique du Nord, avec l'intégration de gros distributeurs, qui est venue confirmer et crédibiliser ce développement. En parallèle, une décision loin d'être anecdotique est prise : le siège ne sera pas basé à Paris, mais à Genève. Un endroit neutre, pratique et symbolique.

On voulait absolument sortir du cadre historique où la France et l'Allemagne constituent les deux grands pôles autour desquels tout tourne.

Au bout de trois ans, le groupement revendique déjà une ossature globale, mais le regard qu'on lui porte dans la profession reste dubitatif. "Grâce à ce développement, aux yeux de notre écosystème, on est passé du feu de paille auquel personne ne croyait à une météorite qui va très vite, mais qui va forcément s'écraser…", relate le patron. Mais la météorite, loin de s'écraser, va poursuivre son expansion, faisant dire à ses concurrents que l'affaire était sans doute plus sérieuse qu'il n'y paraissait initialement.

Construire la rechange de demain

Dans le cheminement de Nexus, un tournant, que le dirigeant situe au bout de la quatrième année, s'opère. Considérant avoir atteint son premier but, le groupement va aller plus loin. Plus loin que la pièce, plus loin que la rechange, plus loin, en définitive, que le champ d'action traditionnellement dévolu aux acteurs de cet univers. D'autres problématiques vont ainsi émerger, à commencer par celle de l'innovation.

"C'est comme ça qu'on est devenu une organisation hybride qui, tout en poursuivant sa mission d'origine, s'est lancé le défi de construire l'aftermarket de demain", souligne Gaël Escribe. Cette réflexion a donné naissance au fonds d'investissement dédié à la mobilité, Mobilion, qui accompagne de multiples startup, avec succès, l'une d'entre elles étant sur le point de devenir une licorne (start-up dont la valorisation dépasse le milliard de dollars).

Par ce biais, Nexus Automotive joue un rôle incontournable dans la transformation de son écosystème et a réussi non seulement à intéresser tous ceux qui y gravitaient déjà, mais aussi d'autres, des acteurs d'horizons variés, qui vont pouvoir jouer un rôle dans cette mutation.

A lire aussi : Nexus Automotive se prépare au renouveau de l’aftermarket

"On a créé de l'appétence à l'innovation, étaye le dirigeant. Les mêmes qui nous regardaient d'un drôle d'air au départ et nous conseillaient d'être prudents sur cette question nous demandent aujourd'hui d'aller encore plus loin." Des paroles aux actes, Nexus lancera en septembre prochain une nouvelle entité, Sparker, soit un écosystème mondial de l'innovation, qui proposera un support aux start-up et aidera les équipementiers à structurer leur plan d'innovation.

La force de l'esprit start-up

Aussi crucial soit-il, ce sujet n'est qu'une brique parmi d'autres dans tout ce que Gaël Escribe peut imaginer, et Nexus Automotive concrétiser. Et d'investir des terrains inattendus comme ceux du développement durable et du recrutement. Dans le premier cas, le groupement s'est donné pour mission de sensibiliser et responsabiliser la profession sur cet enjeu.

À son initiative notamment, une journée dédiée à cette thématique sera organisée lors du prochain Automechanika Francfort (Allemagne) et un projet de "garage vert" est en cours de développement. Dans le second cas, le manque d'attractivité des métiers de la rechange est un fléau pour tous les chefs d'entreprise qui peinent à trouver les bonnes compétences.

Outre ses différents programmes de formation (Nexus Academy), le groupement s'est récemment illustré par le lancement de Talents4AA qui implique l'ensemble de la profession, et donc aussi ses propres concurrents – la présidence est d'ailleurs assurée par Fotios Katsardis, dirigeant de Temot International. Au travers de ses projets, Gaël Escribe entend rendre service à l'après-vente.

Il sait aussi que c'est en trouvant sa place et non en prenant celle d'un autre que le groupement a fait taire les critiques. Le futur proche de Nexus sera forcément riche et animé par d'autres grands sujets (consolidation de son réseau, rapprochement avec les constructeurs, valorisation des data). La préservation de l'esprit start-up du groupement est également un enjeu, tant il fait le sel et le caractère de Nexus Automotive International.

Pour toutes ces raisons, ces réussites et ce parcours, Gaël Escribe paraissait le plus légitime pour succéder à Stéphane Antiglio. Avec ce Prix Spécial 2022, c'est à la fois un homme et un projet qui sont récompensés.

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