NSK et NTN main dans la main pour détrôner SKF

Pendant plus d'un siècle, NSK et NTN ont grandi côte à côte. Fondés respectivement en 1916 à Tokyo et en 1918 à Osaka, les deux groupes ont bâti leur réputation sur la qualité de leurs roulements et la solidité de leurs savoir-faire technologiques. C'est aujourd'hui cette histoire parallèle et une pression concurrentielle de plus en plus forte qui les poussent à unir leurs forces.
Le 12 mai 2026, leurs conseils d'administration ont approuvé la signature d'un protocole d'accord pour créer une société holding commune par voie de transfert d'actions. L'accord définitif devrait être finalisé d'ici novembre 2026, avant une approbation par les actionnaires en juin 2027 et une introduction en bourse de la nouvelle entité en octobre de la même année.
NSK désignera le directeur général de la holding tandis que NTN en choisira le président du conseil d'administration.
Quand la pression du marché dicte la stratégie
Ce rapprochement s’inscrit dans un contexte particulier pour l’industrie nippone. La production locale de roulements a reculé de 13 % en trois ans, selon le ministère de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie. Le ralentissement de la croissance chinoise, les difficultés du secteur manufacturier européen, l'incertitude liée aux droits de douane américains et la montée en puissance des fabricants asiatiques à bas coûts ont durablement fragilisé les deux industriels.
"Les prix se sont effondrés, ce qui rend difficile la réalisation de bénéfices suffisants", a reconnu Eiichi Ukai, PDG de NTN, lors de la conférence de presse. Son homologue chez NSK, Akitoshi Ichii, a abondé dans ce sens : "Nous avons mené des cessions d'activités et des réformes structurelles, mais nous avons compris qu'une recomposition au sein de l'industrie nationale était nécessaire pour rester compétitifs à l'international."
NSK affichait un chiffre d'affaires consolidé de 796,6 milliards de yens pour l'exercice clos en mars 2025, NTN atteignant 825,5 milliards. Ensemble, leurs quelque 48 000 collaborateurs et leurs parts de marché respectives (13,3 % pour NSK, 10,7 % pour NTN) formeraient un ensemble pesant 24 % du segment mondial. Ce qui le placerait devant l'actuel numéro un, le groupe SKF.
Plusieurs axes de création de valeur
La rationalisation de la production et de l'approvisionnement figure parmi les premiers leviers identifiés. "Nous réduirons les coûts en optimisant les achats de composants et en utilisant mutuellement nos sites de production", a précisé Eiichi Ukai.
Les deux sociétés ont explicitement identifié la gestion du cycle de vie des produits (PLM) et les activités de maintenance, réparation et exploitation (MRO) comme des priorités stratégiques de la nouvelle entité.
La mise en commun des réseaux de distribution, des portefeuilles clients et des gammes de produits devrait élargir sensiblement les capacités de service. À terme, cette rationalisation pourrait se répercuter sur les conditions d'approvisionnement des distributeurs et des ateliers de réparation, qui suivront de près l'évolution de l'offre.
Des ambitions pour de nouveaux marchés
Au-delà de la consolidation de leurs positions actuelles, NSK et NTN ont affiché des visées communes dans des domaines à forte dynamique. La robotique, les drones, le médical et l'industrie spatiale figurent parmi les secteurs où la holding entend orienter ses investissements en R&D.
Le développement de solutions pour la propulsion électrique verticale (eVTOL) et l'extension des applications de la technologie des vis à billes illustrent la volonté des deux groupes de ne pas se cantonner aux marchés conventionnels.
La concrétisation du rapprochement reste néanmoins soumise à l'approbation des autorités de la concurrence au Japon et à l'étranger, ainsi qu'aux obligations liées à la réglementation américaine sur les valeurs mobilières.
