Remanufacturing : Nexus Automotive veut passer à la vitesse supérieure

Derrière les discours sur la décarbonation du marché de l'après-vente, Nexus Automotive International entend désormais passer à l’action. Lors de son dernier Climate Day, tenu à Lausanne (Suisse), le 31 mars dernier, le groupement a affirmé sa volonté de repositionner les enjeux de durabilité comme un véritable levier de performance. "Nous passons maintenant d’un temps de sensibilisation à un temps de création de valeur", résume Emmanuel Voguet, directeur de la communication de l’ITG.
Une inflexion assumée, alors que les enjeux environnementaux, bien qu’omniprésents, peinent à mobiliser seuls les acteurs de l’après-vente. Gaël Escribe, CEO de Nexus Automotive, le reconnaît sans détour : "C’est positif que nous continuions à pousser ce parcours vers une activité plus durable, car le contexte est devenu plus difficile. L’intérêt est moins fort qu’auparavant."
Pour que la durabilité prenne réellement sa place dans les modèles économiques des distributeurs, le groupement a fait le choix de mettre le focus sur l’économie circulaire. Et plus précisément, sur le remanufacturing, aussi baptisé "échange standard" dans l’Hexagone.
Un business déjà installé
Contrairement à d’autres segments encore émergents, le remanufacturing ne part pas de zéro. Les fournisseurs présents à Lausanne ont d’ailleurs tous rappelé la maturité de cette activité, parfois vieille de plusieurs décennies. "Le reman’ existe depuis 50 ans, avec un principe simple : remettre à neuf une pièce au niveau de qualité d’origine et la vendre 30 % moins cher", explique Michael Bowe, président de TerrePower Europe.
Même son de cloche chez Bosch. "Le reman’ a toujours été un modèle économique pertinent, bien avant que la durabilité ne devienne un sujet", rappelle Peter Lukasen, directeur de la durabilité pour l'équipementier allemand. Un modèle d’autant plus pertinent que le parc roulant vieillit et que les contraintes économiques s’accentuent.
Au-delà du prix, les intervenants mettent en avant ses autres bénéfices. Le remanufacturing permet de mieux gérer les stocks, d’améliorer les taux de service et de limiter la dépendance à certaines chaînes d’approvisionnement. "Il renforce la résilience de la supply chain", souligne Robert Kirr, vice-président senior en charge des partenariats fournisseurs.
Autre argument avancé : l’ancrage local. "Quand nous investissons dans le reman’, nous investissons dans des économies locales et régionales", ajoute Emmanuel Voguet.
Nexus Automotive se structure face aux enjeux de l’échange standard
Si le modèle de l’échange standard est éprouvé, sa diffusion reste inégale. C’est précisément ce que Nexus Automotive cherche à corriger avec son dispositif "N! Reman Promotion Initiative", dévoilé lors du Climate Day.
Le premier enjeu est celui de la traçabilité. "Il faut que nos systèmes soient capables de distinguer les produits reman’ des produits neufs", insiste Robert Kirr. Le deuxième levier concerne la promotion. L’ITG souhaite renforcer la visibilité de ces offres plus durables au sein de son réseau. "Nous devons promouvoir ces produits, en mettant en avant leurs bénéfices, mais aussi leur dimension stratégique", poursuit-il.
Car sur le terrain, les habitudes restent tenaces. Le reman’ souffre encore d’une image parfois floue ou d’un manque de compréhension. D’où l’importance de la pédagogie mais aussi de l’accompagnement opérationnel.
Enfin, le groupement entend structurer davantage son écosystème. À cette fin, il s’est doté, dans son organisation, d’une nouvelle direction de la durabilité, confiée à Ying Luo. Cette dernière a d’ailleurs officialisé pendant l’événement la création pour les distributeurs d’un groupe d’excellence en matière de développement durable. Objectif : partager les bonnes pratiques, suivre les évolutions réglementaires et connecter les acteurs susceptibles d’apporter des solutions concrètes.
Une filière encore fragmentée
Malgré ce volontarisme, le développement du remanufacturing reste confronté à des réalités de terrain. La première tient à la concurrence des produits low cost. Cette pression tire les prix vers le bas et complique la valorisation des pièces remises à neuf. "Les fournisseurs chinois représentent une véritable concurrence au reman’", alerte Gaël Escribe.
Autre difficulté : la complexité opérationnelle. L’échange standard ne se limite pas à une simple logique de distribution. Il implique la gestion des indispensables vieilles matières. "Leur gestion est perçue comme une contrainte. Nous devons simplifier les process", admet Robert Kirr.
Un enjeu central, car toute la valeur du modèle repose sur cette ressource. "Chaque vieille matière perdue est une valeur perdue", rappelle Peter Lukasen. Or, dans la pratique, la collecte, le tri et la logistique restent encore imparfaitement maîtrisés.
À cela s’ajoute un manque de structuration globale. Les initiatives existent, les capacités industrielles aussi, mais l’ensemble reste fragmenté. "Tout le monde essaie de faire quelque chose de son côté", observe Gaël Escribe, pointant l’absence de coordination à l’échelle du marché.
La batterie, prochain défi pour le remanufacturing
Cette fragmentation est d’autant plus problématique qu’une activité appelée à s’imposer progressivement comme un enjeu majeur pour l’après-vente émerge déjà : la réparation des batteries de traction. Un marché encore inexistant, mais appelé à croître rapidement avec l’arrivée des premiers véhicules électriques en fin de cycle. "Les véhicules vont bientôt arriver dans les ateliers, et personne n’a de solution organisée", prévient Gaël Escribe.
Selon le dirigeant, si plusieurs pièces du puzzle (diagnostic, formation, etc.) existent, elles ne sont pas encore articulées entre elles pour constituer une chaîne de valeur cohérente et opérationnelle. Parmi les différents défis, la logistique constitue un autre point critique. "Envoyer une batterie de Paris à Barcelone coûte environ 1 300 euros. C’est trop cher pour que l’économie tienne", pointe Gaël Escribe.
Face à cette équation, Nexus Automotive appelle à une réponse collective. "Tout le monde essaie de trouver une solution individuelle à un problème qui ne peut être résolu que collectivement. […] Nous voulons lancer une forme d’appel à l’industrie en affirmant que Nexus est prêt à participer à une alliance qui aiderait le marché à mettre en place des solutions industrielles pour la réparation des batteries." Le message est passé.
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