Superéthanol-E85 : le plein à la pompe, moins dans les ateliers

À l’occasion de sa conférence de presse annuelle, la Collective du bioéthanol a dressé le bilan de l’année 2025. La filière célèbre les vingt ans du Superéthanol-E85 dans un contexte contrasté : si la consommation demeure élevée, la dynamique des nouvelles conversions marque le pas. En 2025, la consommation de bioéthanol incorporé aux essences a progressé de 15 %, pour dépasser 19 millions d’hectolitres en France.
Cette hausse s’explique par deux facteurs. D’une part, une augmentation globale de la consommation d’essence (+5,6 % par rapport à 2024). D’autre part, une optimisation du taux d’incorporation d’éthanol dans les carburants. Le Superéthanol-E85 représente désormais 33 % de l’éthanol consommé dans les essences sur le territoire. En volume, près de 900 millions de litres de Superéthanol-E85 ont été distribués en 2025.
"On reste sur des niveaux très élevés. L’année 2022 avait marqué un pic historique pour le Superéthanol-E85 et depuis la consommation s’est stabilisée à un plateau haut, malgré un contexte de marché moins favorable", souligne Sylvain Demoures, secrétaire général de Bioéthanol France.
La progression se confirme également sur le plan de la distribution. En fin d'année, 4023 stations-service proposaient de l’E85, soit 42 % du réseau français. "93 % des automobilistes résident à moins de 10 km d’une station équipée. Le frein est désormais davantage informationnel que géographique", indique la Collective du bioéthanol.
Le prix reste le principal moteur de l’E85
Depuis son lancement en 2006, le Superéthanol-E85 conserve son statut de carburant le moins cher du marché. En 2025, son prix moyen à la pompe s’établissait à 0,73 euro le litre, contre 1,69 euro pour le SP95-E10. Pour un automobiliste parcourant 13 000 km par an, l’économie annuelle est estimée à 705 euros. Elle atteint 1 137 euros pour un kilométrage de 20 000 km.
Cet argument économique demeure déterminant dans la décision d’achat. En 20 ans, environ 418 000 véhicules ont été convertis ou commercialisés pour rouler au Superéthanol-E85. Fin 2024, ce parc comptait environ 400 000 voitures. Il se compose majoritairement de modèles équipés a posteriori d’un boîtier homologué (259 000 unités, soit 62 %), tandis que 159 000 véhicules (38 %) sont des modèles flex-E85 d’origine.
A noter d'ailleurs que Ford demeure aujourd’hui le principal constructeur à proposer un modèle flex-E85 d’origine sur le marché français. En 2025, 11 300 Ford Kuga Flexifuel E85 ont ainsi été immatriculés, soit près de 2 000 unités de plus qu’en 2024.
Cette position intervient alors que Ford avait, ces derniers mois, affiché une stratégie très orientée vers l’électrique, laissant entrevoir un désengagement progressif de l’E85. Une trajectoire depuis réévaluée. Contacté par la rédaction, Fabrice Devanlay, directeur des relations publiques de Ford France, indique : "Notre stratégie ne change pas, nous gardons l’E85 comme une solution de transition vers l’électrique."
Conversions : une dynamique moins soutenue
Contrairement aux années précédentes, la Collective du bioéthanol n’a en revanche pas souhaité communiquer le nombre précis de boîtiers de conversion vendus et installés en 2025. Un silence qui interroge. Avec un différentiel de 18 000 véhicules E85 entre 2024 et 2025, et une fois déduites les immatriculations de Ford Kuga neufs, le volume de conversions par boîtier apparaît nettement inférieur aux niveaux observés par le passé.
Pour mémoire, la Collective avait annoncé environ 30 000 boîtiers installés en 2024, un chiffre déjà stable par rapport à 2023. En comparaison, l’année 2022 avait constitué un pic historique, avec près de 85 000 kits de conversion montés dans les ateliers. Des écarts qui semblent confirmer un net ralentissement du marché de la conversion, malgré une consommation d’E85 toujours soutenue.
Notons d'ailleurs qu'une enquête Ifop dévoilée par la filière révèle que, si 76 % des Français déclarent connaître le biocarburant, seuls 12 % indiquent l’avoir déjà utilisé. Ce sondage nous apprend aussi que 27 % des automobilistes souhaitent des aides pour installer des boîtiers de conversion flex-E85.
Mais le manque d’information demeure le principal frein pour 30 % des Français, tandis que 25 % d'entre eux attendent des garanties techniques claires sur la compatibilité moteur. "Il faut continuer à expliquer et à rassurer. Le professionnel de l’après-vente est un maillon clé pour sécuriser le client et lever les doutes techniques", conclut Alexis Landrieu, dirigeant de Biomotors.
