2026 est une année symbolique pour Distrigo, puisque le réseau fête ses 10 ans. Quel regard portez-vous sur son évolution et sur sa place dans le paysage français de l’après-vente ?
Rémi Philippe : C’est clairement un atout pour le groupe. Comme je m’occupe également de l’animation du réseau de réparateurs agréés, je mesure très concrètement l’apport du service Distrigo et de l’offre 360 Distrigo pour nos ateliers. De l’autre côté, je constate aussi la puissance dont nous disposons en matière de négociation, de développement de nouvelles gammes et d’adaptation aux évolutions du marché. C’est une véritable force.
Aujourd’hui, nous disposons d’un modèle qui n’est plus réellement challengé et qui tend même à être copié par d’autres constructeurs. Nous mesurons pleinement l’avantage que nous procure Distrigo, mais cet avantage repose aussi sur une remise en question permanente. Nous avons construit une qualité de service reconnue, et développé une offre 360 que nous continuons à renforcer. Nous avons notamment su accélérer notre transition vers le multimarque.
Nous sommes passés d’une offre Peugeot-Citroën à une offre intégrant Eurorepar, puis les pièces des marques du groupe FCA. Aujourd’hui, nous poursuivons cette évolution avec l’intégration de davantage de références IAM afin de proposer une offre toujours plus en phase avec les attentes du marché. C’est l’un de nos grands chantiers pour les prochains mois.
Allez-vous marquer cet anniversaire par un évènement particulier ?
Nous prévoyons effectivement plusieurs actions au second semestre. Mais nous venons déjà de lancer une opération baptisée "10 ans, 10 %" autour de l’offre carrosserie de notre marque Eurorepar. Lorsqu’un dossier de réparation comprend l’intégralité du rapport d’expertise, nous appliquons une remise qui nous permet d’être extrêmement compétitifs sur l’ensemble du panier de pièces.
Avant de revenir sur le détail de cette "offre 360", pouvez-vous rappeler le maillage actuel de Distrigo en France ?
Nous comptons aujourd’hui 36 plaques Distrigo en France métropolitaine, Corse comprise. Nous disposons également de 12 Distrigo Relay afin de couvrir les zones où l’éloignement géographique ne permet pas de constituer une plaque complète. Enfin, notre réseau s’appuie sur 200 Distrigo Market.
Vous venez d’évoquer votre volonté d’aller plus loin sur l’offre IAM. Concrètement, comment cela va-t-il se traduire ?
Nous disposons déjà d’une offre IAM, mais elle n’est pas encore suffisamment large. Le premier axe de travail consiste donc à étoffer cette gamme. Aujourd’hui, ces références sont principalement disponibles dans nos magasins centraux et dans les hubs Distrigo. L’objectif est de rapprocher ces stocks du terrain afin de rendre ces produits immédiatement disponibles pour nos clients.
Sur le marché de l’IAM, le premier critère reste la disponibilité de la pièce. Il faut qu’elle soit au catalogue, qu’elle soit physiquement en stock et qu’elle puisse être livrée très rapidement. La question du prix n’intervient que dans un second temps, même si nous devons évidemment rester correctement positionnés par rapport au marché.
C’est la raison pour laquelle nous souhaitons renforcer notre catalogue IAM, qui couvre actuellement environ 30 % de l’offre des spécialistes de ce type de produits. Nous voulons porter ce volume à au moins 10 000 références. Des pilotes sont en cours. L’objectif est de renforcer notre promesse de "one-stop shop", aussi bien pour nos réparateurs agréés que pour Eurorepar Car Service et les réparateurs indépendants.
Avec Sustainera, l’économie circulaire est aussi un axe fort de développement au sein du groupe Stellantis. Quelle est la place des pièces remanufacturées et des pièces de réemploi dans Distrigo ?
Autour de l’économie circulaire, trois acteurs interviennent : le réparateur, la plaque Distrigo et le constructeur. L’utilisation des pièces issues de l’économie circulaire va continuer à progresser fortement. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Stellantis vient d’annoncer, après le hub de Rivalta en Italie, l’ouverture d’un nouveau hub à Poissy dans les prochaines années.
Il est très symbolique de transformer un site qui produisait des véhicules neufs en un site dédié à la déconstruction automobile et à la distribution de pièces de seconde vie. Cela illustre parfaitement la transformation actuelle du secteur automobile.
Cette montée en puissance de la pièce de réemploi est inévitable. Les assureurs poussent dans cette direction, tout comme les évolutions réglementaires. Le constructeur s’y prépare activement. De notre côté, nous déployons toute la communication autour de Sustainera afin de faire connaître cette offre. Ces pièces sont garanties par le constructeur et positionnées de manière cohérente sur le plan tarifaire. Nous savons que la demande progresse et nous faisons tout pour l’accompagner.
Distrigo joue un rôle logistique central. Mais chaque plaque évolue en fonction des spécificités de son marché local. La part des pièces Sustainera dans le chiffre d’affaires dépendra donc de la rencontre entre l’offre et la demande. Une chose est certaine : Sustainera, et plus largement l’économie circulaire, vont connaître une croissance rapide.
Travaillez-vous sur de nouvelles familles de produits issus de l’économie circulaire ?
Nous multiplions les initiatives. Sur les pièces électroniques, par exemple, nous travaillons avec notre partenaire Clarion afin d’identifier systématiquement les solutions alternatives disponibles. Nous avons lancé des batteries recyclées, des projecteurs remanufacturés et même les premiers projecteurs LED issus de l’économie circulaire. Nous renforçons progressivement notre offre sur l’ensemble des segments du réemploi et du remanufacturing.
Eurorepar poursuit son développement avec l’arrivée de nouvelles familles de produits, notamment en carrosserie. Quels enseignements tirez-vous de ce lancement, et quelles sont les prochaines familles dans le viseur ?
Le premier enseignement, c’est que nous avons bien fait de nous lancer. Développer une gamme est un processus long. Il faut identifier les fournisseurs, développer les produits puis les distribuer. Heureusement que nous avons anticipé les évolutions du marché de la carrosserie.
Nous allons poursuivre dans cette voie en travaillant à la fois le positionnement prix, la qualité et l’animation commerciale de ces familles de produits. L’opération "10 ans, 10 %", porte d’ailleurs sur certaines références de carrosserie Eurorepar. Nous savons que le développement de ces gammes constitue une réponse pertinente au vieillissement du parc.
Le vitrage automobile semble susciter de plus en plus de convoitises. Est-ce une ligne de produits qui pourrait vous intéresser ?
C’est une offre que nous avons déjà à notre catalogue. Mais avec la généralisation des Adas sur les pare-brise, la problématique du calibrage a remis en lumière un niveau de technicité sur lequel les constructeurs disposent d’une véritable légitimité. Nous avions pris l’habitude de considérer le vitrage comme une simple opération de remplacement. Aujourd’hui, il faut également intégrer les réglages et les calibrages associés. C’est cette expertise que nous devons remettre en avant.
D’autres familles de produits Eurorepar sont-elles prévues prochainement ?
Aujourd’hui, ma priorité est surtout de maximiser l’utilisation des gammes existantes. Il n’y a rien de pire que de multiplier les lancements sans créer la demande correspondante. Nous savons qu’aucun produit ne se vend spontanément sans animation commerciale. Il faut accompagner davantage les réseaux afin de développer l’usage des gammes déjà disponibles.
Avec le vieillissement inexorable du parc roulant, pourriez-vous un jour proposer une marque pour répondre aux besoins du marché sur le premier prix ?
Notre première réponse à cette attente repose sur notre offre IAM, que nous souhaitons développer, ainsi que sur Sustainera. Nous ne sommes pas dans une logique de lancement de marques low cost qui pourraient soulever des interrogations en matière de qualité. Lorsqu’on joue uniquement sur le prix, on réalise nécessairement des arbitrages ailleurs.
Stellantis reste avant tout un constructeur automobile, et cette exigence de qualité demeure fondamentale. Cela étant dit, nous ne sommes pas aveugles aux évolutions du marché. Chaque mois, nous travaillons le positionnement tarifaire de nos différentes familles de produits.
Nous avons récemment revu les essuie-glaces, puis le freinage. Nous allons maintenant nous attaquer à la distribution. Nous connaissons parfaitement les références à fort volume et savons sur lesquelles nous devons être compétitifs.
Quid du pneumatique ? Vous avez arrêté la marque Fortune et recentré votre stratégie sur le premium et le medium. Pourquoi ce choix ?
Sur le pneu, nous restons présents sur les trois segments de marché : premium, medium et budget. La marque Fortune provenait de Chine et allait être concernée par de nouvelles taxes. Nous arrivions également à l’échéance de certains contrats. Nous avons donc géré intelligemment cette sortie de gamme, dans l’intérêt de toutes les parties.
Cela ne signifie pas que nous allons abandonner le segment budget. Des annonces seront faites dans les prochaines semaines. Concernant le marché du pneumatique, nous évoluons dans un environnement globalement stable. Le kilométrage moyen diminue, mais le développement du véhicule électrique entraîne une usure plus rapide des pneus.
Le pneumatique constitue donc un axe de développement important pour nos réseaux. Nous devons simultanément répondre aux besoins d’un parc thermique vieillissant et accompagner l’essor du parc électrique. Les véhicules électriques sont plus lourds. À partir de 5 ou 6 ans, ils génèrent également des besoins en pièces de châssis, de suspension ou de direction.
L’outil Power Supply, qui permet d’identifier des alternatives en cas de rupture, avait été déployé pour faire face aux pénuries. Est-il toujours actif, et quels bénéfices concrets en tirent les plaques au quotidien ?
Oui, absolument, il est toujours actif et extrêmement efficace. Il permet notamment d’identifier des alternatives, qu’il s’agisse de pièces de réemploi, d’évolutions techniques ou de références de substitution. C’est devenu un véritable outil de travail au quotidien.
Travaillez-vous sur d’autres outils destinés à accompagner les plaques Distrigo ?
Nous avons notamment intégré le catalogue B-Parts à Power Supply. Par ailleurs, nous développons des solutions destinées à optimiser les tournées des vendeurs itinérants, à mesurer la couverture géographique d’un territoire ou à mieux identifier les potentiels de développement.
Aujourd’hui, nous concentrons nos efforts sur les outils d’aide à la prospection commerciale et à l’animation du réseau. Ces solutions permettent aux plaques Distrigo d’améliorer leur efficacité commerciale et de mieux cibler les opportunités de croissance.
L’activité après-vente semble marquer le pas en France depuis le début de l’année. A-t-elle été dynamique dans les différents réseaux du groupe Stellantis ?
Le bilan est plutôt positif. Quand on voit la somme des vents contraires qui pourraient s’accumuler, nous sommes plutôt satisfaits de nos résultats. Ces vents contraires sont à la fois externes et internes. Sur le plan externe, avec les tensions géopolitiques et la hausse des prix des carburants, il y a un impact direct sur le nombre de kilomètres parcourus en France. On observe également l’émergence de solutions de substitution.
Les sociétés d’autopartage annoncent des croissances très importantes de leur chiffre d’affaires d’une année sur l’autre. Très clairement, notre société d’assistance nous indique que les kilométrages observés ces dernières semaines sont inférieurs à la normale. Les automobilistes roulent moins.
Le deuxième sujet est le vieillissement du parc. Les réponses que nous avons apportées ont été les bonnes, puisque nous avons maintenu notre activité dans nos réseaux de réparateurs agréés ainsi qu’au sein d’Eurorepar Car Service. Le troisième sujet concerne l’évolution du marché de la collision. Avec moins de kilomètres parcourus, moins de véhicules sur les routes et davantage de voitures équipées d’Adas, le nombre d’accidents diminue. Par ailleurs, les automobilistes sont moins enclins à engager des réparations coûteuses sur une voiture légèrement emboutie qui a un certain âge.
Tout cela conduit à une activité carrosserie plus contrastée. Nous avons néanmoins réussi à compenser cette situation en maintenant le volume d’activité sur l’entretien et la mécanique. À cet environnement s’ajoute un facteur interne qui témoigne du renouvellement de notre gamme : nous enregistrons beaucoup moins d’activités liées à des campagnes techniques sur certains modèles du groupe. Nous sommes aujourd’hui en train de digérer l’ensemble des lancements réalisés ces deux dernières années.