Guerre en Iran : un nouveau choc inflationniste pour l’après-vente automobile ?

Dans l’industrie automobile, les crises géopolitiques finissent toujours par se retrouver dans les devis. En 2022, la guerre en Ukraine avait propulsé l'inflation en zone euro à 10,6 % et paralysé les lignes de production. Chez les distributeurs de pièces de rechange, la gestion des stocks s’apparentait alors à un exercice de haute voltige. Quatre ans plus tard, c'est une nouvelle crise géopolitique qui risque de déstabiliser le marché de l’après-vente.
Depuis le blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole mondial, le baril de Brent a bondi de près de 10 % en quelques jours, dépassant désormais les 80 dollars. Les analystes évoquent un seuil à 100 dollars si ce blocage venait à durer. Pour l’aftermarket, cette situation pourrait se répercuter sur le coût des matières premières, du transport et, à terme, sur les devis des ateliers.
De nouvelles hausses de prix chez les équipementiers ?
Joints, éléments de carrosserie, lubrifiants ou encore pneumatiques : autant de références dont la fabrication dépend directement des dérivés du pétrole. Alors que les prix de l'énergie sont orientés à la hausse, le surcoût de production de ces pièces pourrait atteindre 25 % si la tension sur le brut se maintient.
Les équipementiers, déjà fragilisés par la transition électrique et le recul du marché automobile, disposent d'une marge de manœuvre limitée pour absorber un tel choc sans répercussion tarifaire.
Pour la rechange, l’équation est double. D’un côté, les prix catalogue pourraient être relevés sur les familles de produits les plus exposées. De l’autre, le gazole professionnel a dépassé 1,70 euro le litre en France, un niveau qu’il n’avait plus atteint depuis plus d’un an, avec des perspectives encore plus défavorables si le conflit s’installe dans la durée.
Or, la logistique constitue l’un des principaux postes de coûts de la filière. Chaque centime supplémentaire à la pompe érode un peu plus les marges des distributeurs déjà sous pression.
Le "juste-à-temps" pris en défaut
Mais le principal risque à court terme n’est peut-être pas tant l’inflation que les ruptures d’approvisionnement. Pour contourner les zones de conflit, les grands armateurs (Maersk, MSC, CMA CGM) ont dévié leurs navires par le cap de Bonne-Espérance. Ce détour rallonge les trajets de 10 à 15 jours entre les centres de production asiatiques et les ports européens.
À ces délais s’ajoutent des surcharges dites "risque de guerre" pouvant atteindre 4 000 dollars par conteneur.
Difficile, dans ce contexte, de ne pas ressentir un certain air de déjà-vu. Après la pandémie de Covid-19, les ruptures d’approvisionnement avaient contraint certains distributeurs à rationaliser leur offre et à arbitrer entre les fournisseurs pour continuer à alimenter les ateliers. Le conflit en Ukraine avait ensuite ravivé les mêmes inquiétudes autour des composants électroniques et de certaines matières premières.
Une nouvelle période d’incertitude pour le marché
Pour autant, plusieurs institutions invitent à la prudence. La Banque centrale européenne rappelle que "l'ampleur de l'impact dépend de l'étendue et de la durée du conflit" et que des producteurs comme l'Opep+ pourraient partiellement compenser la perte de volumes iraniens.
Dans un scénario de conflit court, le marché s'en tirerait avec quelques trimestres de pression tarifaire et quelques tensions ponctuelles sur certaines familles de produits. L'inflation en zone euro, à 1,9 % en février, reste proche de la cible des 2 % fixée par la BCE, même si elle repart à la hausse plus vite que prévu.
Une chose est en revanche certaine : la relative stabilité dont bénéficiait l’industrie de la rechange depuis 2024 pourrait toucher à sa fin. Dans ce contexte, la capacité des distributeurs à piloter finement leurs stocks et à identifier les références les plus exposées redeviendra un facteur clé de résilience.
