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Distribution

Plateformes : l’activité progresse malgré les turbulences

Publié le 19 janvier 2026
Par Romain Baly
9 min de lecture
Si l’activité des plateformes s’est avérée globalement satisfaisante en 2025, celles-ci font état d’un marché de plus en plus difficile à lire. Les cycles se raccourcissent, les variations d’activité s’accentuent, et le contexte économique continue de peser lourdement. De quoi amener nécessairement à une remise en question de l’offre et des stratégies.
Comme chaque année, le J2R analyse l'évolution des plateformes de distribution qui animent le secteur de la rechange dans l'Hexagone. ©J2R
Comme chaque année, le J2R analyse l'évolution des plateformes de distribution qui animent le secteur de la rechange dans l'Hexagone. ©J2R

Agilité : c’est sans doute le maître-mot de la période pour la rechange automobile. Un bon résumé de la situation actuelle, mais aussi une bonne définition du métier. Car aujourd’hui comme hier, le monde de la pièce a fait sienne cette logique des montagnes russes. Les derniers mois confirment une alternance plus nette entre pics et creux d’activité, rendant le marché plus imprévisible.

"Le premier semestre a été coupé en deux, avec un premier trimestre difficile et un second plus favorable. Depuis l’été, la même logique prédomine", analyse Christophe Gloux, directeur du commerce pièces et services France de Stellantis.

Un constat largement partagé : les plateformes doivent absorber des oscillations plus brutales tout en maintenant un niveau de service stable. Cette instabilité découle directement du contexte économique. Face à la contraction du pouvoir d’achat, les automobilistes réagissent davantage qu’ils n’anticipent. L’entretien reste indispensable, mais il n’intervient plus forcément aux périodes habituelles, perturbant des cadences longtemps prévisibles.

La demande évolue en faveur des offres alternatives

Malgré cette météo changeante, la plupart des plateformes ont réussi à tirer leur épingle du jeu. En 2025, la croissance a été au rendez-vous, même si elle reste modérée, dans la lignée des trois derniers exercices. "L’activité de nos plateformes se porte très bien. Nous n’avons aucun site en dessous de nos prévisionnels", confie Jean-Christophe Gacougnolle, directeur supply chain d’Alliance Automotive Group (AAG).

Julien Raimbault, directeur logistique de Logisteo, plateforme nationale du groupe Autodistribution, rapporte que "sur les dernières semaines, on voit le marché se tasser. Mais malgré ce ralentissement qui est vraiment perceptible, on reste au-dessus de 2024 concernant notre chiffre d’affaires pièces."

Ce que son confrère de Stellantis, Christophe Gloux, traduit ainsi : "Il faut quand même rappeler que le marché est resté dans une bonne dynamique pendant plusieurs années. Cela étant, nous savions que la situation pouvait se tendre à un moment ou un autre, et nous nous étions préparés à cela."

L’un des marqueurs forts des derniers mois, conséquence directe de l’inflation et des contraintes financières qui pèsent sur les ménages, tient dans la montée en puissance des marques alternatives. Qu’il s’agisse de marques de distribution (MDD) ou d’entrée de gamme, le contexte actuel a dopé les offres les plus accessibles. Jusqu’à tirer le marché vers le bas ? Une idée que les observateurs interrogés réfutent.

"Le pouvoir d’achat baisse et les gens se tournent vers des pièces moins onéreuses, c’est une réalité. Mais avec notre gamme Eurorepar, par exemple, on répond à cette demande avec une offre de qualité et constamment enrichie", nuance Christophe Gloux.

Le segment de la MDD continue donc d’alimenter les ambitions du marché de la rechange, et les acteurs ignorant le phénomène demeurent à la marge. Au détriment de qui ou de quoi ? Essentiellement de l’entre-deux, avec des marques quality ni assez compétitives, ni suffisamment rassurantes. Mais, estime Julien Raimbault, "quelle que soit l’évolution du marché, entre du premium et de la MDD, il y a encore de la place pour tout le monde."

Pour Logisteo, le temps de la récolte

De la place pour tout le monde, sans doute, mais dans les rayonnages des plateformes, cela reste plus discutable. Dans les entrepôts, la rengaine visant à “pousser les murs” a aussi ses limites. Les ouvertures de sites ou les déménagements imposent des investissements lourds. La tendance est donc davantage à l’optimisation ou à l’agrandissement de l’existant plutôt qu’à des créations.

Notre panorama annuel confirme cette orientation. Les nouveaux sites se comptent sur les doigts de la main. Les plateformes – grandes comme petites – concentrent leurs efforts sur les gains de productivité, l’ajustement des stocks, la modernisation des équipements et la mise en place de nouveaux concepts. “Aujourd’hui, les clients cherchent du prix et du service”, résume Julien Raimbault.

Dans le groupe Parts Holding Europe (PHE), le maillage national – composé d’une plateforme nationale, de plateformes spécialisées et des plateformes régionales ACR Group – n’a pas changé, mais les chantiers internes n’ont pas manqué. Logisteo, la plateforme nationale d’Autodistribution à Réau (77), a bénéficié de 13 millions d’euros d’investissements pour augmenter les surfaces de stockage et renforcer la mécanisation.

Une évolution "qui porte ses fruits", explique son directeur, mais qui "nécessite beaucoup d’attention, notamment sur la maintenance". Comme souvent, la réussite d’un tel projet ne détermine pas toute la performance d’un groupe, mais un échec peut affecter l’ensemble de la chaîne.

Pour répondre aux besoins des consommateurs, l'offre continue de se réinventer dans les plateformes, avec une place de plus en plus grande accordée aux MDD et aux marques d'entrée de gamme.

Pour répondre aux besoins des consommateurs, l'offre continue de se réinventer dans les plateformes, avec une place de plus en plus grande accordée aux MDD et aux marques d'entrée de gamme.

First, le facteur X d’AAG

Parmi les autres leaders du marché, Alliance Automotive Group connaît bien ce sujet. Deux ans après avoir ouvert ses portes à Saint-Fargeau-Ponthierry (77), First, la nouvelle plateforme nationale du groupement filiale de GPC, n’a toujours pas réussi à atteindre son rythme de croisière.

La faute à une cascade de soucis plus ou moins bien anticipés, entre un changement d’ERP et de WMS. Autres problématiques qui ont perturbé la mise en route : la fusion de trois sites aux organisations différentes (Sainte-Geneviève-des-Bois, Blois et Saint-Amand Service) et les problèmes liés à la cellule robotisée Exotec, censée gérer 100 000 bacs.

De quoi générer quelques tensions chez les adhérents, pénalisés dans leur quotidien par cet entrepôt, pivot dans l’organisation d’AAG, sur lequel ils n’ont pas pu compter pendant de longs mois. "Nous comprenons très bien leur agacement", assure Jean-Christophe Gacougnolle. "Nous avons fait évoluer nos process, mais cela prend toujours du temps."

À la fois transparent et compatissant, le responsable développe : “Nous avons constaté, en intégrant les différentes plateformes, que chacune avait des spécificités qui nous demandaient nécessairement de nous ajuster. Je peux comprendre que cette phase d’intégration soit venue polluer ce que nos indépendants attendent de nous. Aujourd’hui, nous avons terminé de transférer tous les produits, nous évoluons donc à isopérimètre et nos clients peuvent tout avoir depuis First. Les difficultés sont à présent derrière nous."

Lancer pleinement l’aventure First reviendra pour AAG à s’enlever une belle épine du pied, tant ce site s’avère stratégique, et tant le reste du maillage technique et régional n’est plus à éprouver.

Distrigo mise sur ses réseaux secondaires

Terminons le tour de ce trio de tête par Stellantis et Distrigo. Avec 36 sites logistiques, le groupe dispose du maillage le plus dense du marché. Considérant avoir atteint son plein potentiel avec ses plateformes de grande envergure, le constructeur s’est fixé d’autres objectifs.

Engagé dans un renforcement de ses gammes (carrosserie avec Eurorepar, pneus budget avec Fortune, lubrifiant très prochainement avec un partenaire bien connu), le groupe entend à l’avenir se renforcer auprès des réparateurs indépendants.

La mise en place des Distrigo Relay après l’épidémie de Covid, soit des mini-hubs réalisant un niveau d’activité trois à cinq fois inférieur à une plateforme éponyme et permettant de s’implanter dans des zones plus enclavées (Corse, Lozère…), porte ses fruits. Stellantis en compte 13 et ne s’interdit pas d’en ouvrir de nouveaux. En parallèle, ses efforts seront surtout dirigés sur Distrigo Market (120 adresses actuellement). Pour rappel, il s’agit de comptoirs installés chez des concessionnaires, agents et adhérents Eurorepar Car Service.

"Cela répond à une vraie demande de proximité, pour les professionnels comme pour les particuliers. Et les résultats sont très bons. Nous allons poursuivre le développement", confirme Christophe Gloux.

On compte peu de créations depuis un an, mais les plateformes ont beaucoup évolué pour renforcer leur offre et leur attractivité. ©J2R

On compte peu de créations depuis un an, mais les plateformes ont beaucoup évolué pour renforcer leur offre et leur attractivité. ©J2R

Des outsiders ambitieux

Derrière ce trio, les forces en présence du côté des outsiders sont désormais bien installées et bien identifiées. Le maillage d’Alternative Autoparts, après s’être considérablement développé ces dernières années, n’a pas bougé d’un iota. Oubliées l’an passé (par notre faute), les plateformes de son adhérent Autopuzz, très actif avec quatre sites dans l’Hexagone, figurent désormais bel et bien dans notre panorama annuel.

Toujours concernant le groupement fondé par IDLP et Atac, la plateforme parisienne AFP reste entourée d’un point d’interrogation. Son avenir, depuis le décès début 2024 de Serge Falco, son dirigeant et fondateur, fait l’objet de multiples rumeurs de cession.

Autre représentant Alternative Autoparts (bien qu’il n’en porte pas officiellement les couleurs), le réseau DCA Plateforme a de son côté beaucoup évolué depuis un an. Son site de Gennevilliers (92), celui par lequel l’aventure de Distri Cash dans la pièce s’est amorcée, a déménagé juste à côté, à Villeneuve-la-Garenne, pour gagner en surface.

Le groupe s’est aussi implanté à Toulouse (31) début 2025, quelques mois avant de prendre possession de son nouvel entrepôt à Rouen (76), l’ancien ayant été détruit par un incendie en janvier 2023. Autre groupement, LKQ France n’a lui non plus pas ouvert de nouvelles implantations ces douze derniers mois.

En revanche, le groupe a bouclé un dossier aussi chaud que stratégique en terminant les travaux d’extension de son site de Lyon, dont la surface a été doublée pour être portée à 13 000 m². "L’objectif était double : accompagner la montée en volume et améliorer les conditions de travail (sécurité, ergonomie, efficacité énergétique) des équipes", rappelle-t-on chez LKQ.

Plateforme majeure pour la moitié sud du pays, le site alimente les entrepôts régionaux depuis le hub logistique de Berkel, aux Pays-Bas, et joue un rôle central dans la croissance du groupe en France. LKQ entend désormais accélérer la standardisation de ses outils à l’échelle européenne pour tendre vers une logistique plus homogène et plus fluide.

ID Rechange voit toujours plus grand

Toujours parmi les outsiders, aucun changement à noter concernant l’Agra, Exadis ou les très discrets membres de GPI. En revanche, ID Rechange s’est encore distingué par son activité débordante.

Attendu depuis un long moment, le déménagement d’Otto’Go à Gennevilliers (92) s’est concrétisé il y a un an avec un entrepôt flambant neuf regroupant la propre activité de l’entreprise et celle de Codifa, sa voisine et collègue de groupement.

Dans le Sud, à Carpentras (84), Safa + a doublé sa surface de stockage, tandis que dans l’Ouest, à Segré (49), LAD s’active actuellement à voir plus grand. Toujours dans la région, Roazhon Distribution Pièces (RDP), l’une des dernières plateformes ouvertes en 2024 à Rennes (35), donne satisfaction.

"Son activité est plus forte qu’attendue. Elle avait été imaginée pour pallier le H+4 que LAD peinait à faire en Bretagne, mais en réalité, RDP fait bien plus que cela", souligne Claudie Cahart, directrice générale du groupement détenu par la famille Manta.

En parallèle, l’organisation a aussi renforcé son dispositif logistique en se dotant d’une plateforme à Nouan-le-Fuzelier (41). Baptisée DA+, elle accueille principalement des produits volumineux (équipements d’atelier, éléments de carrosserie, etc.) qui n’ont pas vocation à être stockés ailleurs, ainsi que les MDD d’ID Rechange (TechniPro) et de Nexus (Drive+).

Aujourd’hui, "la stratégie est de pousser les murs partout où on le peut. Le maillage d’ID Rechange est optimal et n’a pas vocation à se développer", ajoute Claudie Cahart.

Interrogations et certitudes chez Apprau

Inclassable autant qu’incontournable, le réseau Apprau a fait parler de lui ces derniers mois. Ou plutôt des siens. Son quatuor de membres (Adipa, Chaussende & Fils, Dasir et Motor-Parts) est en passe de tourner une grande page, sans trop savoir ce que l’avenir réserve.

Alors que Dasir s’est distingué en ouvrant début juin une troisième plateforme à Vitrolles (13), après celle historique de Décines-Charpieu (69) et une autre à Limoges (87), l’entreprise dirigée par Pascale Lefeuvre a aussi fait la Une des médias spécialisés à la suite de son rachat par le groupe Bernard Hayot (GBH).

En mettant la main sur Dasir, le distributeur automobile martiniquais s’apprête à poser le pied en métropole. De quoi inquiéter les autres membres d’Apprau ? “On ne sait pas vraiment de quoi demain sera fait, mais il ne semble pas que cela remette en question quoi que ce soit, car Apprau a déjà démontré sa force et son intérêt pour nos entreprises”, pointe Olivier Chaussende.

Affirmant que les liens d’amitié développés au fil des années avec ses collègues ne s’étioleront pas, le dirigeant est lui-même engagé dans une profonde réflexion.

"J’ai 63 ans et jusqu’ici, je pensais effectivement vendre. Mais maintenant que ma fille nous a rejoints, la réflexion a évidemment évolué. On a encore un peu de temps devant nous, mais lui transmettre les rênes d’une entreprise fondée par mes parents est forcément une option."

Autre membre historique de ce quatuor en passe de tourner la page, Laurent Ferré tirera sa révérence d’ici deux ans pour partir à la retraite. D’habitude si volubile et ouvert à la discussion, le dirigeant d’Adipa se montre cette fois-ci bien moins affable, confiant simplement “que cela ne changera rien” pour la structure nantaise, et partageant lui aussi son optimisme pour l’avenir d’Apprau.

Malgré un marché plus volatil, les plateformes de distribution de pièces automobiles poursuivent leurs investissements logistiques pour maintenir le niveau de service et s’adapter à la montée des marques alternatives. ©J2R

Malgré un marché plus volatil, les plateformes de distribution de pièces automobiles poursuivent leurs investissements logistiques pour maintenir le niveau de service et s’adapter à la montée des marques alternatives. ©J2R

Emil Frey ne lâche pas Barrault

Terminons ce tour d’horizon avec des nouvelles de plusieurs acteurs du marché "sans étiquette". L’un d’entre eux, le groupe Barrault, à la différence de Flauraud, ne va pas quitter les rangs d’Emil Frey France. Bien au contraire. Avec le soutien affirmé du géant de la distribution automobile, il accélère son développement et ouvre deux plateformes régionales.

En complément de son site principal de Niort (79), elles sont situées dans le Nord, à Lesquin (59) et dans l’agglomération lyonnaise, à Vénissieux (69), avec pour chacune 30 000 références dans les allées.

Ital Express, de son côté, n’a pas ouvert de nouvelles plateformes mais a fermé celle de Toulouse, réaménagée en partie en bureau local ; tout l’équipement d’atelier qui y était stocké a été rapatrié sur le site principal de Châlons-en-Champagne (51). Dans le même temps, la structure dirigée par Patrice Claverie a fait l’acquisition d’une entreprise en Italie, spécialisée dans les pièces de carrosserie.

Un bon moyen de se diversifier et de renforcer son offre. Un bon exemple aussi, un de plus, d’une structure proactive dans un marché qui évolue constamment.

Notre panorama 2026 n’offrira peut-être pas, en apparence, de grands bouleversements. Il faudra savoir lire entre les lignes pour analyser la multitude de détails qui auront animé le quotidien de toutes ces plateformes. Rendez-vous en fin d'année pour ce décryptage essentiel !

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