Claudie Cahart, ID Rechange : "Le vrai sujet, ce sont les coƻts qui explosent"

Le Journal de la Rechange et de la RĆ©paration : ID Rechange vient de rejoindre la Feda. Quelles raisons vous ont poussĆ©e Ć rallier la fĆ©dĆ©ration ?Ā
Claudie Cahart : Nous avons effectivement rejoint la Feda dans le cadre de sa nouvelle organisation, avec la création d'un comité des groupements. Une première réunion s'est tenue mi-mars. Nexus Automotive France, le groupement international auquel nous sommes rattachés, a également adhéré à ce titre, tout comme plusieurs de nos membres à titre individuel.
Il nous semblait donc logique qu'ID Rechange rejoigne à son tour la fédération. Par ailleurs, certains de nos distributeurs étaient déjà adhérents, comme LAD, mais il s'agissait jusqu'ici d'initiatives isolées.
J2R : Quel rƓle souhaitez-vous y jouer ?
C.C : L'objectif est d'abord de faire le relais auprès de nos quelque 280 distributeurs membres. Il s'agit de créer un lien efficace entre la Feda et les acteurs de terrain. Ensuite, nous voulons contribuer à renforcer le poids collectif de la profession. Pas uniquement au nom d'ID Rechange, mais en tant que représentants du métier de distributeur, notamment dans le cadre de notre convention collective.
Ce qui est intéressant dans ce nouveau comité, c'est que l'ensemble des groupements se retrouve autour de la table. Sur le terrain, nous sommes concurrents, mais dans ce cadre, les enjeux sont différents. Les échanges sont très constructifs et tournés vers l'avenir de la distribution. On dépasse les considérations commerciales pour se concentrer sur les enjeux structurels du métier.
J2R : Quel dƩbut d'annƩe connaissent vos distributeurs dans ce contexte de marchƩ qui semble ralentir ?
C.C : Jusqu'en 2024, nous étions encore sur des croissances à deux chiffres. En 2025, la dynamique s'est nettement tassée. La progression existe toujours, mais elle repose davantage sur de la croissance externe, des intégrations ou des créations de filiales. à périmètre constant, la situation serait clairement moins favorable. En revanche, le début d'année 2026 est plutÓt surprenant.
Le premier trimestre se révèle assez dynamique, contrairement à ce que l'on entend sur le marché. Si l'on prend l'exemple de nos plateformes Safa+, elles affichent encore des croissances à deux chiffres à fin mars. Cela s'explique en partie par un effet de décalage lié aux investissements logistiques réalisés l'an dernier : augmentation des surfaces, élargissement de l'offre, optimisation des flux⦠Reste à voir si cette tendance se confirme dans les prochains mois.
J2R : Dans un contexte géopolitique tendu, avec notamment les hausses de carburant, comment anticipez-vous les mois à venir ?
C.C : Le parc reste vieillissant, ce qui soutient l'activité. Il pourrait y avoir un basculement progressif vers l'électrique, mais cela reste à confirmer. Certaines opérations lourdes, comme les embrayages, continueront à se faire. En revanche, l'entretien courant risque d'être différé par les automobilistes.
Ce qui m'inquiète davantage, ce sont les coûts supportés par nos distributeurs et par nos plateformes : charges, transport, logistique. Les transporteurs répercutent déjà fortement la hausse du gazole. Par exemple, certaines surtaxes carburant sont passées de 14,5 à plus de 19 %. à cela s'ajoutent les hausses tarifaires des pétroliers, souvent justifiées par des cas de force majeure. C'est sur ce point que la pression est la plus forte aujourd'hui.
J2R : Du cƓtƩ des fournisseurs, observez-vous des tensions sur l'approvisionnement ?
C.C : Pour l'instant, nous ne constatons pas de pénurie. En revanche, tous les pétroliers annoncent des hausses importantes, de l'ordre de 40 centimes par litre. Nos fournisseurs nous incitent à anticiper les stocks, ce que nous avons fait. Nous relayons également ce message auprès de nos distributeurs. Le sujet principal reste donc la hausse des prix, plus que les volumes disponibles, du moins à ce stade.
J2R : Au premier trimestre, vous avez organisé vos deux conventions régionales, à Chantilly et à Avignon. Quels messages y avez-vous transmis à vos adhérents ?
C.C : Nous avons effectivement organisé deux conventions pour marquer notre développement dans le Nord, où nous étions historiquement moins présents. D'où le choix de Chantilly, et d'Avignon. Au cours de ces deux évènements, l'accent a été mis sur la pédagogie.
Nous avons notamment prĆ©sentĆ© une rĆ©trospective depuis la crĆ©ation d'ID Rechange en 2012 jusqu'Ć aujourd'hui, pour montrer l'Ć©volution du groupement : nombre de plateformes, services, outils, Ć©vĆØnementsā¦
Un constat s'impose : nos adhérents ne perçoivent pas toujours l'ensemble des services que nous mettons à leur disposition. L'objectif était donc de leur rappeler qu'ID Rechange n'est pas seulement un réseau de plateformes, mais aussi un véritable apporteur de services. Nous les avons également incités à adopter cette même logique vis-à -vis de leurs réparateurs.
J2R : à la convention NexusAuto France, le focus a notamment été mis sur la carrosserie-peinture et le partenariat avec AkzoNobel. Y a-t-il une volonté de développer cette activité chez vos distributeurs ?
C.C : Oui, mais la situation est contrastée. Certains distributeurs ont déjà développé cette activité, d'autres n'ont pas encore pris le temps de s'y intéresser. Cela illustre un enjeu important : mieux qualifier notre réseau. D'autres souhaitent se diversifier, et plusieurs ont déjà adhéré à cette démarche.
Cela dit, le marché de la carrosserie est très concurrentiel en France, voire saturé. Il ne suffit pas de référencer une marque de peinture pour réussir. Il faut construire une offre différenciante, avec un véritable concept. C'est sur ce point que nous voulons travailler avant d'aller plus loin.
J2R : Un mot sur l'offre pneumatique aujourd'hui stockƩe chez LAD : souhaitez-vous accƩlƩrer son dƩveloppement ?
C.C : Oui. Le développement a déjà commencé, notamment grâce à la mise à disposition des stocks LAD. Nous voulons aller plus loin, en permettant à nos distributeurs de valoriser leurs propres stocks, tout en s'appuyant sur ceux de LAD, et ceux des manufacturiers. L'idée est de créer une plateforme intégrée, permettant d'agréger les offres et de les rendre accessibles via nos outils, comme Wop, afin de faciliter la commercialisation auprès des réparateurs.
J2R : Les offres alternatives progressent nettement dans le paysage de l'après-vente automobile. Est-ce une opportunité pour vos marques TechniKit, Drive+ et TechniPro ?
C.C : Oui, mais il faut distinguer les marques. Drive+ n'est pas une MDD au sens strict. Notre marque propre principale reste TechniKit pour la pièce mécanique. Elle est déjà très bien installée et continue de progresser. Nous avons également développé TechniPro pour l'équipement et la carrosserie.
Drive+, de son cÓté, est une marque du groupement international Nexus. Nous en avons l'exclusivité de distribution en France. Elle bénéficie d'investissements importants à l'échelle internationale, notamment en marketing. Il est donc logique que nous la développions aussi fortement en France. Elle est présente sur des segments comme la filtration ou les batteries, et la gamme va s'élargir.
J2R : Comment positionnez-vous Drive+ par rapport Ć TechniKit ?
C.C : Drive+ se positionne au-dessus de TechniKit. Cette dernière est une MDD exclusive, alors que Drive+ a vocation à être diffusée plus largement. Nous avons des ambitions fortes pour cette marque en France, en cohérence avec son développement international.
J2R : Quelle part reprƩsentent vos marques propres dans votre activitƩ ?
C.C : TechniKit représente entre 20 et 25 % de l'activité. Pour TechniPro, il est encore trop tÓt pour dresser un bilan. Nous rappelons toutefois à nos distributeurs que les marques propres doivent coexister avec les offres premium. L'objectif est de proposer une gamme complète.
J2R : Un dernier mot sur vos prioritƩs d'ici la fin de l'annƩe ?
C.C : Nous allons prochainement lancer une offre autour de la pièce de réemploi, avec un partenaire. Le projet est en cours de finalisation, donc je ne peux pas encore en dire davantage, mais nous communiquerons très bientÓt.
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