Pneus : le marché français à l'arrêt au premier semestre 2026

Pas de rebond en vue. Après une année 2025 conclue sur un repli de 4,4 %, la profession espérait un retournement de tendance dès le premier semestre 2026. Les chiffres du Syndicat du Pneu (SdP), établis avec l'appui de GfK et d'Europool, ne le confirment pas : sans être alarmant, le bilan reste dans le rouge.
Un marché qui stagne à un niveau bas
Entre janvier et juin, 14,6 millions de pneus TC4 (tourisme, 4x4/SUV, camionnette) de remplacement ont été livrés en sell in (des manufacturiers vers les revendeurs), soit 0,2 % de moins qu'un an plus tôt. Le sell out (des revendeurs vers les utilisateurs) accuse un fléchissement plus net, à -0,9 %.
"On est là sur des niveaux plutôt bas et, compte tenu du contexte avec une période électorale qui approche, il y a peu de chances que la situation s'améliore", analyse Régis Audugé, directeur général du SdP.
Le segment tourisme, qui pèse 80 % des volumes en sell in et 85 % en sell out, s'est stabilisé après deux semestres consécutifs de baisse. Les professionnels comptaient sur des achats décalés de 2025 vers 2026, mais ce report ne s'est pas matérialisé… Ce qui explique en partie l'atonie constatée.
En valeur, le marché a atteint 1,12 milliard d'euros au 30 juin 2026, soit 0,3 % de moins qu'au premier semestre 2025, alors que le prix moyen TTC d'une enveloppe TC4 gagnait un demi-point, à 112 euros. Cet écart illustre l'érosion du pouvoir d'achat des ménages, qui pèse sur leurs arbitrages.
Premium et budget se partagent le terrain
À l'issue de ce semestre, les marques premium ont concentré 47 % des ventes de pneus TC4 dans l'Hexagone, devant les budget (26 %), les quality (19 %) et les marques de distributeur (8 %).
La tendance est nette : le marché se resserre autour des deux pôles que sont le premium et le budget, dont la croissance atteint 9 % depuis trois ans.
Le toutes saisons talonne l'été
Du côté des saisonnalités, les derniers mois n'ont pas réservé de surprise et confirment que le toutes saisons deviendra bientôt le premier produit du marché. L'été perd 12 % et conserve 49 % de parts de marché. L'hiver résiste (+1,1 %, 5 % de PDM), tandis que le toutes saisons progresse de 15,7 % et affiche un taux de pénétration de 46 %.
"Sur les trois dernières années, le toutes saisons a augmenté de 50 % et l'été a diminué de 24 %, fait remarquer Régis Audugé. Au rythme actuel, le premier doublera le second d'ici à la fin de l'année."
Les prix relevés par le SdP nourrissent cette dynamique : longtemps plus chères que les étés, les enveloppes toutes saisons sont devenues plus abordables, à 102,50 euros TTC en moyenne, contre 106,80 euros pour un été et 132,80 euros pour un hiver.
Les centres autos gagnent du terrain
Parmi les trois principaux canaux de vente panélisés par le syndicat, ce sont les centres autos qui tirent le mieux leur épingle du jeu. Ils progressent en tourisme (+3,1 % en valeur), portés par le toutes saisons (+22,4 %) et par leurs MDD (+11,4 %). Des enseignes comme Norauto ou Feu Vert, qui ont récemment remanié leur offre de distribution, ont contribué à ce résultat.
Les pneumaticiens, eux, cèdent du terrain sur la plupart des segments. Selon Régis Audugé, la conjoncture économique et l'appétit croissant pour les produits premiers prix n'arrangent pas leurs affaires.
Les pure players rencontrent les mêmes difficultés. Leur canal est le plus polarisé du marché, avec 41,6 % des volumes réalisés en premium et 36,7 % en budget.
Taxes antidumping et flambée pétrolière : deux inconnues
Les tendances ne sont pas favorables, mais les prochains mois seront observés de près. Outre la bascule entre l'été et le toutes saisons, deux facteurs pourraient rebattre les cartes. Le premier tient aux effets attendus des mesures antidumping décidées par Bruxelles.
Absentes des relevés d'Europool, les ventes de pneus chinois représenteraient entre 3 et 4,5 millions d'unités sur le territoire. Ce volume devrait logiquement s'éroder à mesure que les taxes se déploieront et que ces produits perdront en compétitivité.
Le second facteur est l'envolée des cours du pétrole. Chacun la constate depuis plusieurs semaines à la pompe, et elle devrait aussi se répercuter sur toutes les activités reposant sur des matières pétrosourcées.
Reste à savoir quand et dans quelle mesure les fabricants de pneumatiques la reporteront sur leurs tarifs. Une révision des grilles semble en tout cas inévitable, et elle viendra une nouvelle fois grever le budget des ménages.
