Avec Léonard, Black Star amorce son redémarrage

Le redressement attendu pour la fin de l’année serait-il déjà engagé ? En juillet 2026, premier mois complet depuis sa reprise, Black Star Next affirme avoir franchi son seuil de rentabilité. Le fabricant a écoulé plus de 42 000 pneus, pour un chiffre d’affaires de deux millions d’euros. Un résultat sur lequel la nouvelle direction entend désormais bâtir la suite de son projet industriel.
Réunis lundi 24 août 2026 dans l’usine de Béthune (62), dirigeants, salariés, partenaires et élus ont officiellement marqué ce nouveau départ. La cérémonie s’est tenue en présence de Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, de Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, et d’Olivier Gacquerre, maire de Béthune. Cédric Meston, président du board de Black Star Next, Arnaud Hage, président de Léonard, et Adrien Eymard, directeur général, les accompagnaient.
La rentabilité plus tôt que prévu
Cette séquence intervient un peu plus de deux mois après la décision du tribunal de commerce d’Arras, qui a validé la reprise de l’entreprise le 17 juin 2026. L’opération, menée par un consortium d’investisseurs, a permis de préserver l’activité du site béthunois et 91 emplois. Elle s’est également traduite par la concentration de la production dans cette ancienne usine Bridgestone, où Black Star est installé depuis 2021.
Devant les équipes, Cédric Meston a tenu à saluer le rôle joué par les salariés pendant cette période incertaine. "Vous avez traversé des semaines d’incertitude sans jamais lâcher, vous avez assuré la continuité de l’activité, remis la production en route. Ce que nous célébrons aujourd’hui, c’est votre engagement et votre savoir-faire."
Les résultats de juillet ont offert un premier signal favorable à la nouvelle direction. "Le redémarrage est allé au-delà de nos espérances. Nous avons dépassé nos objectifs et surtout, ce mois de juillet est le premier mois de toute l’histoire de Black Star où l’entreprise est comptablement rentable", a indiqué le président du board.
1 250 pneus recyclés chaque jour dès septembre
Arnaud Hage attribue notamment cette performance aux volumes générés par le contrat commercial signé avec Mobivia ainsi qu’aux ajustements effectués depuis la reprise. "Nous avons amélioré certains processus de production et mieux maîtrisé nos achats. Grâce aux volumes enregistrés, l’entreprise a pu franchir un seuil de rentabilité qu’elle peinait jusqu’alors à atteindre. Cet objectif a été rempli dès juillet", précise-t-il.
Cette reprise d’activité se répercute déjà sur les effectifs. Aux 91 salariés maintenus en juin se sont ajoutés des CDD et des intérimaires, portant l’effectif à 117 personnes fin juillet. Plusieurs contrats doivent être transformés en CDI fin août. Entre huit et dix embauches supplémentaires sont également programmées d’ici à la fin de l’année.
L’usine doit parallèlement changer de rythme. Après avoir produit entre 850 et 900 enveloppes par jour durant l’été, elle vise une cadence quotidienne de 1 250 unités à compter du 1er septembre.
Léonard devient l’unique bannière
La relance industrielle s’accompagne d’une simplification de l’identité commerciale. Déjà lancée en 2023, la marque Leonard se substitue à Black Star, s’affirmant comme la seule identité visible auprès des automobilistes, des distributeurs et des clients professionnels. Black Star Next demeure, en revanche, la raison sociale de l’entreprise.
Le nouveau territoire de marque repose sur un renard, choisi pour évoquer l’intelligence dans l’utilisation des ressources. "C’est le clin d’œil à l’animal rusé et malin", explique Arnaud Hage. La signature "Bon prix. Bon sens. Le pneu remanufacturé à Béthune" doit, quant à elle, rendre la promesse plus immédiatement compréhensible.
Les ambitions sont affichées : Léonard veut élargir la clientèle du pneu remanufacturé, encore méconnu d’une partie des automobilistes. Pour lever les doutes sur son procédé industriel, l’entreprise prévoit de renforcer sa communication et d’accueillir davantage de visiteurs dans son usine.
Le prix constitue l’autre argument de cette stratégie. Pour une enveloppe en 205/55 R16, Arnaud Hage évoque un tarif public compris entre 55 et 60 euros selon les distributeurs. Le pneu Léonard se situerait ainsi environ 15 euros sous une marque de distributeur et entre 40 et 45 euros en dessous d’un produit premium neuf.
Le soutien des éco-organismes sous surveillance
L’événement a enfin replacé au centre des échanges le financement public du rechapage. Xavier Bertrand a rappelé les moyens mobilisés par les collectivités : une première aide régionale de 400 000 euros, suivie d’un prêt d’un million d’euros. En incluant la participation de la communauté d’agglomération, deux millions d’euros auraient été engagés pour ce projet.
Le président des Hauts-de-France a surtout dénoncé l’application incomplète du soutien de six euros par carcasse, instauré en mars 2026 et financé par les éco-organismes. "Il y a deux éco-organismes sur trois qui ne jouent pas le jeu. S’ils ne veulent pas changer d’attitude dans les semaines qui viennent, il faudra imposer une astreinte", a-t-il déclaré.
Mathieu Lefèvre lui a répondu quelques minutes plus tard : "La parole de l’État doit être respectée et je ne manquerai pas de le faire auprès des deux éco-organismes qui, en effet, ne respectent pas encore le nouveau cahier des charges."
Après avoir évité l’arrêt de son usine, Léonard dispose donc de premiers indicateurs encourageants. Reste désormais à confirmer cette rentabilité dans la durée.
