Carglass : les rouages d'une logistique hors norme

Derrière chaque pare-brise remplacé chez Carglass, une vaste machine logistique tourne pour mettre la bonne pièce à disposition. Pour répondre aux besoins de ses équipes, l'enseigne dispose d'un stock national comptant pas moins de 240 000 pièces de vitrage.
"Nos centres et notre flotte mobile s’appuient sur d’importants volumes de fournitures et d’équipements spécialisés, tels que le vitrage automobile et les outils de recalibrage Adas (systèmes d'aides à la conduite)", explique Dominique Cadiou, directeur commercial Carglass.
Un stock à l'échelle européenne
Les vitrages sont principalement stockés dans les deux plateformes françaises de Saint-Ouen-l'Aumône (95) et de Nîmes (30). La première dessert la moitié nord du territoire, tandis que la seconde couvre le sud. L'enjeu est de maintenir une offre adaptée à la diversité des véhicules et de leurs équipements. "Nous gérons environ 300 fois plus de références qu'un constructeur car nous sommes capables d'intervenir sur plus de 300 marques actuellement en circulation au niveau mondial", précise Dominique Cadiou.
Ces deux plateformes s'appuient également sur le Carglass European Distribution Center de Bilzen, en Belgique. Présenté par Belron comme le plus grand entrepôt de sa catégorie au monde, il dispose d'une capacité de stockage de 300 000 vitrages et de six millions de pièces et accessoires. Les flux annuels annoncés atteignent 1,2 million de vitrages et 22 millions d'accessoires, à destination de plus de dix pays européens.
Implanté sur un terrain de neuf hectares, le site comprend environ 41 000 m² consacrés au stockage, avec une hauteur sous plafond de 12,5 mètres et 28 quais. Cette organisation européenne complète les stocks nationaux pour faciliter l'accès aux pièces moins courantes, notamment celles destinées aux véhicules anciens.
Les achats bénéficient eux aussi de la dimension internationale du groupe. "Carglass fait partie du groupe Belron qui est présent dans 42 pays. La quasi-totalité de nos volumes sont donc contractualisés au niveau du groupe", indique le responsable commercial.
"Nous travaillons exclusivement avec des verriers accrédités en première monte, c'est-à -dire les mêmes fabricants qui équipent les véhicules neufs sur les chaînes de production des constructeurs. Hormis quelques rares exceptions, les pièces que nous posons (fabriquées par ces équipementiers) sont des OEE (original equipment equivalent). Elles sont traçables et font l'objet d'un contrôle continu."
Un contrôle qualité à cinq niveaux
Carglass ne détaille pas la répartition de ses achats entre ses fournisseurs. Parmi les verriers cités figurent Fuyao, AGC Automotive, Pilkington, Shatterprufe, implanté en Afrique du Sud, et Şişecam, en Turquie.
Au-delà de l'approvisionnement, le réseau insiste sur le suivi des pièces. "Pour garantir leur qualité, nous avons mis en place une chaîne de contrôle à cinq niveaux, depuis l'audit des usines fournisseurs jusqu'au contrôle pré-intervention dans nos centres, supervisé par notre centre d'excellence qualité de notre groupe Belron", explique Dominique Cadiou.
Également implanté à Bilzen, ce service vérifie le respect des exigences imposées aux fournisseurs. Ses contrôles portent notamment sur les distorsions optiques, la géométrie du vitrage et sa compatibilité avec les systèmes d'aide à la conduite.
Dominique Cadiou défend ainsi le choix des vitrages OEE retenus par le groupe : "Les pièces non accréditées première monte (dites ARG, aftermarket replacement glass) présentent un risque accru d’échec de recalibrage, ce qui se traduit directement par des surcoûts et une moindre satisfaction client, un risque que nous refusons de faire prendre à nos clients et à nos partenaires assureurs."
Cette distinction correspond à la politique d'approvisionnement de Carglass : l'appellation ARG désigne le vitrage destiné au marché de la rechange et ne constitue pas, à elle seule, une certification de qualité.
Ces exigences accompagnent la complexité croissante des équipements associés au pare-brise. Selon Dominique Cadiou, "avec les Adas, le pare-brise n'est plus une simple pièce de carrosserie : c'est le support physique de systèmes de sécurité dont le bon fonctionnement dépend directement de la qualité optique et géométrique du verre. Aujourd’hui, un pare-brise intègre environ 28 fonctionnalités différentes, dont des dispositifs de sécurité essentiels tels que le freinage d'urgence ou l'alerte de franchissement de voie".
Ces aides à la conduite exploitent notamment les informations de la caméra installée derrière le pare-brise. Le vitrage doit donc présenter les caractéristiques optiques et géométriques adaptées, puis la caméra être recalibrée après son remplacement.
Les difficultés d'un réemploi à grande échelle
La logistique intervient aussi après la dépose. Lorsqu'un livreur approvisionne le sas d'un centre, il récupère les pare-brise usagés qui y ont été regroupés. Carglass France collecte ainsi chaque année plus de 9 000 tonnes de pare-brise, acheminées vers des centres de recyclage. Le verre peut notamment servir à fabriquer de la laine de verre ou des bouteilles.
"L'économie circulaire du vitrage s'oriente aujourd'hui davantage vers le recyclage de la matière que vers le réemploi du produit lui-même", note Dominique Cadiou. Le développement du réemploi suppose en effet de garantir l'intégrité du vitrage et sa compatibilité avec le véhicule. Selon lui, "les enjeux de traçabilité, de contrôle de l'état réel du vitrage et de conformité aux exigences techniques rendent aujourd'hui difficile le développement d'une filière de réemploi à grande échelle".
Une autre voie consiste à réintroduire les matériaux récupérés dans la fabrication de vitrages automobiles. Le responsable indique ainsi étudier avec un partenaire spécialisé dans la fabrication du verre comment permettre la réutilisation des matériaux issus des vitrages remplacés, notamment le verre et le PVB, dans la production de nouveaux vitrages automobiles. Le polybutyral de vinyle, ou PVB, est le film intercalaire qui maintient ensemble les couches du verre feuilleté.
À l'échelle du groupe, cette démarche a déjà donné lieu à une expérimentation avec AGC Automotive Europe. Lancé en 2023, le projet a permis de produire 250 pare-brise incorporant du verre recyclé, dont la pose a commencé en Belgique en 2024. La première phase utilisait du verre issu de vitres latérales. En 2025, Belron a fourni plus de 100 tonnes de déchets de vitrage pour élargir l'expérimentation à une gamme plus étendue de pare-brise. Le groupe consacre l'étape suivante à l'évaluation de la viabilité économique et des conditions de déploiement du procédé.
Pour Carglass, l'objectif est désormais de faire de la collecte existante un maillon de cet approvisionnement en matière recyclée. Les camions qui rapportent les vitrages usagés pourraient ainsi contribuer à alimenter la fabrication des pièces qu'ils livreront demain.
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