Glass Express, c'est (pas) fini !

Glass Express perd son siège historique mais pas l'ensemble de son réseau. Après plusieurs mois de procédure judiciaire et l'échec d'un projet de reprise, l'enseigne de réparation de bris de glace a cessé ses activités à Évreux et Gravigny (27), lundi 2 novembre 2026 au soir. Ses quatre autres plateformes régionales restent toutefois opérationnelles.
Cette issue intervient après une longue période d'incertitude. Placée en redressement judiciaire le 30 avril dernier, Glass Express France avait vu sa procédure convertie en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce d'Évreux le 10 septembre 2026. La juridiction avait néanmoins autorisé la poursuite de son activité jusqu'au 2 novembre, afin de permettre la recherche d'un repreneur.
Samuel Brigantino, fondateur et dirigeant du réseau, espérait encore sauver l'entreprise. Il avait proposé de reprendre l'essentiel de ses actifs et l'ensemble des salariés. Son offre a finalement été rejetée le 29 octobre 2026, scellant le sort des deux établissements normands. Le tribunal a jugé les perspectives d'activité de la spécialité du vitrage trop instables.
15 millions d'euros d'impayés
"Après 13 ans de développement de cette marque, cette décision est un choc, déplore le dirigeant. Il y a deux ans, je n'aurais jamais imaginé que nous nous retrouverions dans cette situation". En effet, la disparition de ces deux établissements marque un coup d'arrêt pour une entreprise qui avait connu une croissance soutenue ces dernières années.
En 2024, la seule entité Glass Express France réalisait encore 12,6 millions d'euros de chiffre d'affaires. Tandis que l'ensemble du réseau poursuivait son expansion au-delà de son berceau normand. En 2025, le groupe revendiquait un chiffre d'affaires consolidé de 27 millions d'euros et employait 250 salariés.
Malgré cette progression, sa situation financière s'est progressivement dégradée. Samuel Brigantino met notamment en cause les pratiques de paiement de certains assureurs, avec lesquels son enseigne, non agréée, entretient des relations conflictuelles depuis plusieurs années.
Selon le dirigeant, quelque 40 000 dossiers litigieux représentaient initialement près de 15 millions d'euros de créances impayées – dont une partie a d'ores et déjà été récupérée. Il dénonce notamment des factures dont les montants auraient été réduits unilatéralement par les assureurs, ainsi que des règlements intervenant parfois avec plus de 150 jours de retard – bien au-delà du délai légal de 30 jours.
Les assureurs resserrent leur emprise sur l'après-vente automobile
Parmi les sept compagnies mises en cause par Glass Express figurent notamment la Macif, la Matmut et Pacifica. Pour Samuel Brigantino, l'accumulation de ces différends aurait fragilisé la trésorerie de son entreprise, jusqu'à compromettre la poursuite de son activité. Les conséquences sociales sont importantes. La fermeture du siège doit entraîner le licenciement de ses 40 salariés, auxquels s'ajoutent les 40 employés de la plateforme historique de Gravigny.
De son côté, Holding Brigantino Investissement (HBI), qui assure des fonctions support pour le réseau, a été sauvé au prix d'un plan de sauvegarde de l'emploi. Celui-ci prévoit de réduire ses effectifs de 40 à 15 personnes. C'est donc une grande partie de l'organisation mise en place pour accompagner le développement national de Glass Express qui disparaît.
Quatre entités régionales poursuivent leur activité
Cette liquidation ne signe toutefois pas la fin de l'enseigne. Les quatre autres entités régionales poursuivent leurs activités. Les plateformes de distribution de vitrages d'Arras (62), de Rennes (35), de Tours (37) et de Troyes (10) restent opérationnelles, tout comme les centres de réparation qui leur sont rattachés. Au cours des derniers mois, leur autonomie a été renforcée pour leur permettre de fonctionner indépendamment de la structure nationale.
Glass Express a ainsi renoué avec son organisation initiale, en redonnant aux entités régionales la gestion de leurs fonctions support et de leur relation client. "Maintenant, nous allons stabiliser le réseau dans ces régions. Nous allons les remettre en état et avancer sur les procédures judiciaires en cours", explique Samuel Brigantino. Il précise aussi qu'il continuera à travailler avec le liquidateur judiciaire pour renflouer la dette.
Car le dirigeant n'entend pas renoncer à son combat contre les pratiques qu'il reproche à certains assureurs. Pour sécuriser les dossiers de réparation et limiter les contentieux, Glass Express a notamment travaillé avec la FFC Mobilité à l'élaboration d'un nouveau mode opératoire, dont le déploiement est prévu d'ici à la fin de l'année 2026.
Ce dispositif associe une expertise indépendante sur pièces à un contrat de cession de créance limité dans le temps. Il vise notamment à mieux encadrer les relations entre les réparateurs, les automobilistes et leurs assureurs.
"Le client y est également entièrement informé et associé à la procédure", précise Samuel Brigantino. Cette démarche vise à répondre aux critiques de certains assureurs, qui contestenthttps://j2rauto.com/reseaux/avec-mondial-pare-brise-la-macif-lorgne-le-marche-du-bris-de-glace/ les pratiques tarifaires des réparateurs non agréés. Celle-ci tire aussi les leçons de l'expérience du redressement judiciaire du groupe.
Effectivement, l'administrateur judiciaire avait mandaté un cabinet de recouvrement, pour réclamer les impayés directement auprès des assurés… Une pratique qui avait suscité l'incompréhension et terni l'image de marque de Glass Express. Mais cette stratégie avait aussi accéléré certains remboursements de facture par des assureurs sous la pression de leurs clients.
Rapport de force entre assureurs et réparateurs non-agréés
En parallèle, Glass Express poursuit ses démarches auprès de la DGCCRF et des élus pour défendre le libre choix du réparateur. "Les assurances recommencent à s'ingérer dans les affaires des réparateurs comme avant l'adoption de la loi Hamon [sur le libre choix du réparateur – ndlr], affirme Samuel Brigantino. Mais la situation d'aujourd'hui est encore pire, car ils empruntent des voies détournées et nous font en plus passer pour des voleurs".
Finalement, le dirigeant déplore qu'il ait fallu voir la liquidation du réseau Glass Elite en 2025, puis aujourd'hui celle de Glass Express pour prendre conscience des effets de la "financiarisation du marché du bris de glace". Au travers de cette formule, il dénonce le rapport de force initié par les assureurs contre les réparateurs non-agréés, depuis le rachat de Mondial Pare-Brise par la Macif en 2023.
D'après lui, l'éventuelle disparition des enseignes indépendantes pourrait déboucher sur des prix excessivement trop tirés vers le bas par les assureurs. Ceux-ci entraîneraient à la fois une paupérisation des artisans et une baisse de qualité de leurs réparations, au détriment des assurés… Un argument suffisamment pertinent pour avoir déclenché une enquête de la DGCCRF sur les mécanismes de ce marché.
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