Guerre du pare-brise : les assurances auront-elles la peau de Glass Express ?

Placée en redressement judiciaire le 30 avril 2026, l’enseigne Glass Express joue désormais sa survie. Le deuxième réseau non agréé de réparation de vitrage automobile, fort d’une trentaine de centres et de 250 salariés, affirme avoir été fragilisé par près de 15 millions d’euros d’impayés. Malgré cette situation critique, son fondateur, Samuel Brigantino, assure vouloir poursuivre le combat engagé contre plusieurs compagnies d’assurance.
D'autant plus, que l'enseigne devrait être en parfaite santé, avec un chiffre d'affaires de 27 millions d'euros, en croissance de 22% en 2025. Mais, pour le dirigeant, les difficultés rencontrées par son entreprise s’inscrivent dans un affrontement plus large entre les assureurs et les réparateurs indépendants du vitrage automobile.
"En tout, nous cumulons 40 000 dossiers de litiges, avec sept compagnies d'assurance suivant les directives de France Assureurs, expose Samuel Brigantino. Les plus anciennes datent de 2024. Dans la plupart des cas, ils ne paient que 60 à 70 % de la facture… Qu'ils règlent avec un délai de deux à trois mois". Loin de l'obligation légale de 30 jours donc.
Des pratiques jugées illégales
Samuel Brigantino affirme qu’un changement de méthode s’est opéré à partir de 2023. Selon lui, les assureurs concernés feraient désormais expertiser près de 80 % des dossiers de sinistre, contre moins de 5 % auparavant. Une évolution qui aurait pour conséquence de ralentir fortement les règlements.

Samuel Brigantino, fondateur et dirigeant de Glass Express, a initialement démarré sa carrière au sein d'une franchise agréée par les assurances. ©Glass Express
Le dirigeant dénonce aussi des cabinets d'expertises remplaçant leur rapport légal par des "avis sur pièces" rédigés sans aucune neutralité. Certains cabinets imposeraient, en outre, un taux horaire unique au niveau national. Une pratique formellement illégale. Il accuse enfin plusieurs compagnies de contourner la loi sur le libre choix du réparateur en orientant les assurés vers leurs réseaux agréés au détriment des enseignes indépendantes.
Autant de dérives que Samuel Brigantino observe et dénonce inlassablement – sur les réseaux sociaux et dans les colonnes du J2R – depuis le rachat de Mondial Pare-Brise par la Macif. Il a également fait partie des réparateurs, accompagnés par la FFC, ayant porté plainte une première fois contre la Matmut, auprès de la DGCCRF. Une procédure qui s’est soldée, le 6 mars 2026, par une amende administrative de 169 000 euros à l’encontre de l’assureur.
Enquête en cours et alerte au grand public
"Les assureurs veulent intégrer toute la filière après-vente automobile, accuse le dirigeant. S'ils y parviennent, ils abaisseront tous les coûts, au détriment de la qualité. À la fin, ce sera le consommateur qui va se faire avoir, ainsi que les travailleurs précarisés qu'ils produiront. Voilà la réalité derrière leur discours sur le développement durable !"
Pour l’heure, le dirigeant reconnaît que son entreprise fonctionne dans une situation financière extrêmement tendue. "Heureusement que l’administration fait tampon avec les banques. Mais nos relations avec les fournisseurs deviennent également plus compliquées, car ils se montrent de plus en plus prudents avant de nous livrer."
Malgré cela, Samuel Brigantino assure ne pas vouloir abandonner. Avec le soutien de la FFC, Glass Express a saisi l’Autorité de la concurrence en janvier 2026. Une procédure, jugée recevable, porte sur un possible détournement de marché. L’entreprise affirme avoir transmis des milliers d’éléments de preuve aux enquêteurs. Cette saisine a également conduit le ministre de l’Économie à demander l’ouverture d’une enquête nationale par la DGCCRF.
Parallèlement, le dirigeant poursuit sa médiatisation du dossier afin, dit-il, d’alerter l’opinion publique sur les conséquences économiques et sociales de ce conflit entre assureurs et réparateurs indépendants. Selon lui, seule une intervention plus ferme des pouvoirs publics permettra de faire respecter les règles encadrant le secteur.
En effet, derrière le cas Glass Express, c’est plus largement l’équilibre économique des réparateurs indépendants qui semble aujourd’hui se jouer dans le vitrage automobile. Le secteur représente, pour rappel, 140 000 entreprises et 500 000 emplois de proximité. Ses 3 millions d’interventions annuelles génèrent un chiffre d'affaires de 1,5 milliard d’euros.
Le conflit a déjà provoqué la disparition d’Elite Pare-Brise, placée en liquidation en 2024 alors que l’enseigne comptait une trentaine de sites et près de 200 salariés. Glass Express tente désormais d’éviter le même scénario.
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