Recycler Mon Véhicule appelle à un renforcement de la lutte contre les casses illégales

Le Sap-André (61), Pont-sur-Seine (10), Lons-le-Saunier (39), Saint-Pardoux-Soutiers (79)… Les opérations coup-de-poing et les décisions judiciaires contre les casses illégales se multiplient depuis le début de l'année 2026. Mais pour Recycler Mon Véhicule, ces interventions ne suffisent pas. L'éco-organisme réclame un renforcement des outils juridiques existants afin de tarir, en amont, les filières illégales de véhicules hors d'usage (VHU). En parallèle, il lance une campagne de communication et de sensibilisation auprès des automobilistes. L'objectif : soutenir la structuration des recycleurs respectueux de la réglementation, réduire l'empreinte environnementale de la filière automobile et accroître les volumes de pièces de réemploi disponibles pour la réparation.
Renforcer les moyens d'action des pouvoirs publics
L'éco-organisme agréé par l'État dénonce notamment les limites du cadre juridique actuel, qui entravent la capacité des autorités à intervenir rapidement contre les casses illégales et leurs pratiques préjudiciables à l'environnement. Il rappelle que ces filières clandestines prendraient en charge chaque année 20 % des véhicules retirés de la circulation, soit plus de 300 000 unités.
"Nous ne pouvons pas laisser des situations de stockage sauvage perdurer pendant des années avant d'agir. L'État et ses services ont un besoin vital de pouvoir prendre des mesures coercitives rapides", affirme Vanessa Montagne, directrice générale de Recycler Mon Véhicule. Pour illustrer la nécessité d'accélérer les procédures, l'éco-organisme cite notamment la condamnation, le 6 octobre 2026, d'un épaviste illégal installé au Sap-André.
Dans cette affaire, un recycleur exerçait dans l'illégalité depuis 2017. À la suite d'un contrôle, l'administration lui avait accordé un délai d'un an pour mettre son activité en conformité avec la réglementation. Mais l'exploitant avait refusé d'engager les investissements nécessaires, estimant leur coût trop élevé. Une situation qui créait également une concurrence déloyale au détriment des professionnels respectueux de leurs obligations réglementaires.
La nécessité de faire évoluer la loi
Malgré de nombreux rappels administratifs, l'exploitant a poursuivi son activité en infraction. En janvier 2024, un nouveau contrôle mené par la gendarmerie et la Dreal a révélé l'absence de dispositifs de dépollution suffisants sur ses deux sites. S'y accumulaient des carcasses de véhicules légers et industriels, des pneumatiques ainsi que divers déchets métalliques.
La procédure engagée à la suite de ce contrôle a finalement abouti à sa condamnation à 15 000 euros d'amende, à la confiscation de 124 000 euros saisis et à l'obligation de remettre les terrains en état dans un délai de huit mois. Le coût de cette remise en état est estimé à 55 000 euros.
Pendant près de neuf ans, de 2017 à 2026, ces installations ont donc continué de présenter des risques pour l'environnement, voire de générer des pollutions. C'est pourquoi Recycler Mon Véhicule soutient plusieurs projets d'amendement législatif destinés à renforcer les moyens d'intervention des autorités. L'éco-organisme souhaite leur permettre d'agir "dès le premier maillon visible de la chaîne" et d'"identifier et sanctionner les acteurs de ces filières parallèles par des contraventions véritablement dissuasives". À terme, l'ambition est de mettre un terme aux pratiques qui prospèrent en dehors des circuits agréés.
En complément de cette démarche, Recycler Mon Véhicule déploie une vaste campagne de prévention auprès des automobilistes. Son dispositif de communication associe plusieurs canaux : des vidéos diffusées sur les sites de la presse quotidienne régionale (d'octobre à début novembre 2026), de l'affichage digital en grandes surfaces (du 14 au 21 octobre) et du reciblage publicitaire sur mobile (du 15 octobre au 7 novembre).
Ce dernier levier permet de toucher les personnes passées à proximité des lieux d'affichage, selon une logique d'hyperproximité. Elles peuvent ainsi retrouver sur leur téléphone le message de la campagne : "Après toutes ces années, ne la laissez pas finir n'importe où. Confiez-la à un centre agréé".
Sensibiliser les automobilistes aux risques
Cette campagne cible principalement les propriétaires de voitures de plus de dix ans. Ces automobilistes sont en effet davantage susceptibles d'être confrontés à une fin de vie imprévue de leur véhicule. Ils pourraient alors être tentés de faire appel à de "faux épavistes", qui recrutent notamment leurs clients au moyen d'affichettes placardées près des feux tricolores ou de petites annonces en ligne.
Recycler Mon Véhicule entend donc leur rappeler les risques encourus lorsqu'ils confient leur voiture à une filière illégale. Faute de destruction administrative officielle, ils peuvent rester responsables de leur véhicule et s'exposer à de lourdes amendes. Ils risquent également d'être victimes d'une usurpation de plaques d'immatriculation ou de devoir continuer à payer leur assurance. À ces conséquences administratives et financières s'ajoutent les risques environnementaux liés à une dépollution insuffisante des fluides et composants du véhicule.
Selon l'éco-organisme, 7,8 millions de personnes seraient concernées par cette campagne, soit 14 % de la population âgée de 15 ans et plus, futurs automobilistes compris. Le cœur de cible présente un âge moyen de 56 ans et réside principalement en zone rurale ou périurbaine. L'enjeu est d'ancrer auprès de ce public le réflexe de recourir à la filière agréée, avant même que la question de la mise au rebut du véhicule ne se pose.
En multipliant ces actions de sensibilisation, l'éco-organisme, qui rassemble 93 marques automobiles et de deux-roues, entend contribuer à une meilleure orientation des VHU vers les circuits légaux de collecte, de réemploi, de recyclage et de valorisation.
Mais cette mobilisation ne saurait suffire sans un renforcement de l'action publique. Vanessa Montagne insiste ainsi sur le fait que "la filière légale a besoin de l’appui de l’État, pour arriver à orienter la totalité des véhicules vers les professionnels habilités, qui sont les seuls capables d'assurer une dépollution et un recyclage protecteurs de l'environnement".
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