Pourquoi BestDrive abandonne ses succursales pour miser sur la franchise

La vente des 130 succursales françaises de BestDrive à Xellent Service, finalisée le 1er juin 2026, ne constitue pas seulement un changement d'actionnaire. Pour Continental, cette opération marque surtout une évolution profonde de la stratégie de son enseigne dans l'Hexagone. Désormais recentrée sur son rôle de franchiseur, BestDrive France s'aligne sur un modèle déjà largement éprouvé au sein du groupe à l'échelle européenne.
Cette orientation s'inscrit dans une dynamique engagée depuis plusieurs années. En deux ans, le réseau BestDrive est passé de 1 688 à 2 119 points de vente en Europe, dont près de 85 % fonctionnent désormais sous franchise. La Suisse fait figure d'exception avec un réseau exclusivement intégré, tandis que l'Allemagne, l'Autriche, la Norvège ou encore la République tchèque combinent succursales et franchisés. Dans ce contexte, la transformation du modèle français apparaît comme la continuité d'une stratégie déjà bien installée.
Un partenaire aux dimensions inédites
La particularité tricolore réside toutefois dans le poids pris par Xellent Service. Avec l'acquisition des 130 anciens centres intégrés, ce seul opérateur contrôle désormais près des deux tiers du réseau national. Les quelque 80 autres sites restent répartis entre 34 franchisés indépendants.
Une telle concentration est quasiment sans équivalent au sein du réseau européen. Seule la Slovaquie présente une configuration comparable, avec environ la moitié des implantations détenues par un même investisseur.
Cette organisation soulève naturellement des interrogations sur la gouvernance future du réseau. Pour Jean-Philippe Radoux, directeur de la franchise EMEA, il n'est pourtant pas question de distinguer les grands et les petits partenaires : "L'idée n'est pas de créer un réseau à deux vitesses." Même volonté affichée par Véronique Giraud, directrice générale de Continental France, qui annonce la création d'un bureau réunissant des représentants des franchisés afin de favoriser un fonctionnement collaboratif.
Un réseau encore fragile
Si cette évolution répond à une logique européenne, elle trouve également son origine dans les difficultés rencontrées par BestDrive France depuis plus d'une décennie. Malgré des investissements conséquents consentis par Continental, le réseau intégré n'est jamais parvenu à atteindre un équilibre économique durable.
Le constat est partagé par Xellent Service. Son président, Stéphane Drouillard, reconnaît sans détour que "l'entreprise perd de l'argent au quotidien".
Notre enquête publiée fin 2025 révélait déjà qu'une cinquantaine des 130 succursales affichaient des résultats déficitaires, parfois très dégradés. Dès lors, le maintien de l'ensemble du maillage n'a rien d'acquis. Interrogée sur ce point, Véronique Giraud ne s'engage pas sur la conservation de tous les sites et préfère mettre en avant les perspectives offertes par le nouveau modèle, estimant que "c'est en misant sur une plus grande agilité que les points de vente généreront de la croissance".
Une nouvelle feuille de route
Avec ce repositionnement, BestDrive France conserve une équipe d'une quarantaine de collaborateurs chargés notamment des achats, du marketing, de la communication ou encore des systèmes d'information. L'enseigne compte désormais mettre à profit l'expérience acquise dans les autres pays européens tout en valorisant ses atouts historiques.
Elle entend notamment s'appuyer sur son expertise dans le pneumatique et l'entretien automobile, sur son offre de marque de distributeur couvrant les trois saisons ainsi que sur son savoir-faire auprès des professionnels. Aujourd'hui, les activités BtoB représentent environ 60 % de son chiffre d'affaires, avec une clientèle composée de loueurs, d'artisans, d'entreprises du BTP ou encore du secteur agricole.
Pour l'heure, les objectifs restent mesurés. La priorité consiste à stabiliser cette nouvelle organisation et à accompagner le développement du réseau aux côtés de Xellent Service. À plus long terme, BestDrive France espère suivre la trajectoire européenne, où le groupe vise une progression de son maillage d'environ 5 % d'ici à 2030 afin d'atteindre près de 2 500 points de vente. Reste désormais à voir si ce changement de modèle permettra enfin à l'enseigne de trouver en France la stabilité qu'elle recherchait depuis de nombreuses années.
