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Formation

Automobile : femmes dans les ateliers, une intégration encore difficile

Publié le 14 août 2026
Par Mohamed Aredjal
3 min de lecture
Dans les services de l'automobile, les femmes sont de plus en plus nombreuses à se former, mais restent toujours aussi rares dans les ateliers. Une enquête menée par l'ANFA révèle un décalage persistant entre l'attractivité croissante de la filière et les conditions réelles d'intégration en entreprise.
Encore minoritaires dans les ateliers automobiles, les femmes doivent souvent faire davantage leurs preuves que leurs homologues masculins. ©AdobeStock
Encore minoritaires dans les ateliers automobiles, les femmes doivent souvent faire davantage leurs preuves que leurs homologues masculins. ©AdobeStock

L'atelier reste, dans la filière automobile, l’espace où les femmes se font le plus rares. Quand elles représentent 23 % des salariés de la branche, leur part tombe à 2 % chez les mécaniciens VP et à 1,4 % chez les carrossiers-peintres, selon les derniers chiffres INSEE compilés par l'Observatoire des métiers des services de l'automobile.

Les recrutements de 2024 confirment cette étanchéité : à peine 1 % des embauches en maintenance automobile et 3 % en carrosserie-peinture ont concerné des femmes, contre 84 % sur les postes administratifs.

Pour comprendre ce qui bloque, l'ANFA a mené une enquête auprès de celles qui vivent cette minorité au quotidien. 17 apprenties préparant des certifications en mécanique, carrosserie ou maintenance moto ont raconté leur parcours, aux côtés de 10 jeunes hommes, de personnels de CFA et de représentants d'entreprise. Le tableau qui en ressort est nuancé.

Une légitimité toujours à prouver

Dans les CFA comme dans les ateliers, les apprenties héritent d'un discours plutôt favorable. On les dit minutieuses, consciencieuses, capables d'apaiser les relations avec les clients ou entre collègues. Des qualités qui plaident, en théorie, pour leur présence dans des métiers en tension de recrutement.

Mais revers de la médaille : la minutie des apprenties se retourne souvent en accusation de lenteur, et leur légitimité reste suspendue à leur capacité à "faire leurs preuves" ou "avoir du caractère". Une exigence rarement formulée à l'égard de leurs homologues masculins.

La question de la force physique cristallise ce paradoxe. Perçue comme un obstacle à l'embauche par certains employeurs, elle devient, pour d'autres interlocuteurs de l'étude, un simple problème que l'évolution de l'outillage a désormais résolu.

Le sexisme, un frein à l’intégration des apprenties

Sur les 27 expériences en entreprise racontées par les 17 apprenties interrogées, un peu plus d'un quart relève du harcèlement ou de violences sexistes. Quatre cas visent directement les jeunes femmes, trois autres concernent des clientes dont elles ont été témoins.

Dans la moitié de ces situations, l'employeur, pourtant informé, n'est pas intervenu. Les collègues, eux, ont apporté leur soutien à l'apprentie sans jamais s'opposer à l'auteur des faits. L'une des interviewées évoque même la présence, dans les vestiaires de son entreprise, d'affiches et de magazines à caractère pornographique…

Face à ces situations, les apprenties développent un seuil de tolérance élevé, allant parfois jusqu'à reprendre à leur compte les blagues sexistes comme stratégie d'intégration au groupe. Un mécanisme d'adaptation qui, selon l'étude, fait obstacle à la lutte contre ces comportements. Le discours du "tout se passe bien", souvent partagé par les encadrants de CFA, traduit surtout leur méconnaissance de réalités que les apprenties choisissent le plus souvent de taire.

Cette pression explique en partie pourquoi près de la moitié de l'échantillon envisage, à terme, de changer de métier ou de quitter la branche. Un chiffre qui contraste avec la maturité de ces parcours : rares sont les apprenties entrées en formation directement après la troisième, la plupart arrivant avec un niveau scolaire plus élevé et un âge supérieur à celui de leurs homologues masculins.

Un guide pratique pour favoriser la mixité

Les conditions d'une intégration durable identifiées par l'étude tiennent à quelques conditions concrètes : ne pas être seule dans la classe, disposer d'un vestiaire distinct au CFA comme en entreprise, se voir confier des activités variées et bénéficier de la confiance de sa hiérarchie et de ses pairs.

Des standards que les 95 % de TPE qui composent le secteur peinent parfois à garantir, faute de moyens ou d'organisation adaptée. À l'inverse, l'étude de l’ANFA note que les entreprises qui franchissent le pas de recruter une première apprentie ont tendance à réitérer l'expérience par la suite.

C'est sur ces leviers que compte désormais agir le guide de l'égalité professionnelle confié par les partenaires sociaux à l'ANFA, disponible sur egalitepro-services-auto.fr. Organisé autour de 8 étapes clés du parcours salarié, de l'orientation jusqu'à l'évolution de carrière, l'outil propose aux entreprises des modèles de fiches de poste non genrées et des exemples de chartes de respect.

De quoi transformer, espère l’organisation professionnelle, un accueil aujourd'hui trop dépendant des circonstances individuelles en politique d'entreprise assumée.

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