De TikTok au job dating, les nouveaux codes du recrutement

En 2024, le secteur de l’après-vente automobile a réalisé près de 70 000 recrutements, alternants compris. Un record pour la branche, selon l’ANFA. Et pourtant, la filière reste en tension : environ un quart des besoins de recrutement n’a pas abouti cette année-là , soit quelque 7 000 postes non pourvus.
"Le marché de l’emploi dans la réparation automobile est structurellement sous tension depuis plusieurs années, mais depuis deux à trois ans, cela s’est nettement aggravé", indique Loubna Vanisse, directrice des ressources humaines de First Stop Ayme.
Comment en est-on arrivé là ? Marie-Sophie Girardin, responsable projet à l’Observatoire des métiers des services automobiles de l’ANFA, met en exergue la croissance rapide du secteur lui-même. "On a eu plus de 4 % de progression de l’emploi entre 2023 et 2024, et surtout plus de 28 % entre 2016 et 2024."
Un boom qui a mécaniquement creusé les besoins, alors même que les candidatures peinent à suivre. Les métiers techniques séduisent moins les jeunes qu’avant, et les profils juniors sont plus instables, "davantage attirés par les conditions que par leur expertise première", observe-t-on chez First Stop.
TikTok, cooptation et job dating : le recrutement 2.0
Près d’un recrutement sur deux dans les réseaux s’est encore réalisé grâce au relationnel en 2024, selon l’ANFA. Le bouche-à -oreille reste roi, mais il ne suffit plus à pourvoir les ateliers. Alors les réseaux innovent. Speedy a lancé son compte TikTok il y a un an pour montrer le vrai quotidien des ateliers. "L’idée est de parler vrai. Notre page est alimentée par de vrais salariés de notre réseau qui se mettent en scène. Cette incarnation nous permet d’être authentiques, et cela résonne auprès des jeunes", assure l’enseigne.
Les réseaux cherchent ainsi à casser l’image du métier auprès des jeunes générations et attirer des candidats qui ne seraient jamais passés par une annonce classique. Speedy a aussi mis en place un programme de cooptation : via un QR code diffusé en interne, chaque salarié peut parrainer une connaissance. Si le recrutement aboutit, une prime lui est versée.
Chez First Stop Ayme, les canaux de recrutement sont également variés : Indeed, Hellowork, LinkedIn ou encore appel au réseau de connaissances des collaborateurs. Le groupe Bridgestone – maison mère de l’enseigne de pneumaticiens – a instauré une plateforme interne de mobilité et de cooptation baptisée Bridge Talent, accessible à l’ensemble du réseau.
LinkedIn reste aujourd’hui le réseau social le plus utilisé par First Stop Ayme pour ses recrutements. La direction n’exclut pas d’explorer d’autres canaux à l’avenir, mais constate surtout que les candidatures spontanées et le bouche-à -oreille demeurent les méthodes les plus efficaces.
Les ateliers voient également arriver des profils venus d’ailleurs. "Nous observons de plus en plus de salariés en reconversion qui, après une expérience dans un autre secteur, décident de rejoindre un «métier passion» en se formant à la mécanique. Nous ne pouvons qu’encourager de tels parcours", souligne Speedy. Les réseaux reçoivent ainsi davantage de candidatures de personnes sans expérience préalable dans la réparation, mais attirées par des perspectives de formation et d’évolution.
Cela étant, même avec tous ces efforts, les ateliers manquent parfois de bras de dernière minute. Des acteurs comme MSA Staff (Mon Spécialiste Auto) proposent de mettre en relation des réseaux avec des techniciens disponibles pour des missions ponctuelles. Une sorte d’intérim spécialisé pour les ateliers. "Nous avons déjà testé des solutions de ce type. Cela doit rester ponctuel et ne peut répondre durablement à nos besoins sur le long terme", tranche Speedy.
First Stop Ayme n’y a pas encore eu recours, mais la direction reconnaît que le sujet fait partie de ses réflexions à court terme. Pour beaucoup de réseaux, ces plateformes sont surtout une solution de dépannage. La priorité reste d’attirer et fidéliser de nouveaux profils dans les ateliers.
Former en interne pour pérenniser les recrutements
Face à la pénurie de profils expérimentés, les enseignes ont décidé d'assurer elles-mêmes la formation. Speedy accueille chaque année environ 3 000 stagiaires au sein de son Speedy Training Center. "Il joue un rôle central dans notre stratégie de recrutement, de formation et de fidélisation des talents", souligne le réseau.
À chaque rentrée de septembre, une nouvelle promotion intègre un CQP (Certificat de qualification professionnelle) maintenance des véhicules : les candidats alternent cours théoriques au centre de formation et immersion pratique en centre Speedy, avant une possible embauche en CDI.
De son côté, First Stop Ayme a ouvert en 2024 un nouveau centre de formation certifié Qualiopi à Carpentras (84). Le réseau y totalise plus de 20 000 heures de formation par an et accueille plus de 3 000 stagiaires. Un accent spécifique est mis sur le poids lourd, un segment historiquement confronté à des difficultés de recrutement. "Détenir notre propre centre de formation est une richesse permettant d’attirer différents profils sur nos postes en leur garantissant un parcours de formation structuré", met en avant Loubna Vanisse.
Pour l’année 2025-2026, la filière Maintenance véhicules particuliers compte 44 500 jeunes en formation, dont 24 500 en alternance. Les taux d’insertion sont bons et s’améliorent avec le niveau de diplôme : 72 % pour les apprentis en Bac pro, 78 % en BTS, 84 % pour le Titre à finalité professionnelle (TFP). "L’alternance, c’est une façon de recruter, de former et de garder en société", résume Marie-Sophie Girardin.
Fidéliser : la rémunération ne fait plus tout
Attirer de nouveaux techniciens ne suffit pas si les départs se multiplient quelques mois après l’embauche. La rémunération reste bien sûr un levier majeur de fidélisation. Speedy a d’ailleurs mis en place en 2025 un nouveau système de rémunération variable individualisé pour ses mécaniciens.
"Les premiers résultats sont encourageants : nous avons constaté une baisse sensible du turnover", affirme le réseau. First Stop Ayme joue aussi la carte d’une rémunération variable mensuelle, couplée à des avantages sociaux : mutuelle couvrant l’ensemble du foyer, tickets restaurant, reconnaissance de l’ancienneté.
Mais les attentes des techniciens ont évolué. "Les candidats sont de plus en plus attentifs à la possibilité d’être formés, aux perspectives d’évolution et aux conditions de travail", pointe Loubna Vanisse.
L’ANFA confirme : "L’ambiance de travail et les conditions de travail sont très importantes. Certaines entreprises essaient la semaine de 4 jours, par exemple, pour voir si cela peut permettre de fidéliser les salariés. Toutes les actions qui favorisent un environnement de travail agréable se sont beaucoup développées ces dernières années, et ça continue", rapporte Marie-Sophie Girardin.
Chez Speedy, 90 % des responsables de centres sont issus de la promotion interne. Un chiffre mis en avant dans toutes les communications de recrutement : il montre aux techniciens qu’ils peuvent évoluer vers des postes d’encadrement, de formateur ou même ouvrir leur propre franchise. Les ateliers recrutent… Reste à convaincre les jeunes de pousser la porte.
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