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De l’envie à l’ouverture : comment VT95 est né dans le Val-d’Oise

Publié le 13 avril 2026
Par Charlotte Morvan
4 min de lecture
Après plusieurs années passées chez divers équipementiers, Romain Testard et Julien Volpi ont franchi le pas de l'entrepreneuriat. Le 2 mars 2026, ils ont ouvert VT95, une société de distribution de pièces de rechange à Taverny (95). Leur ambition : proposer un service de proximité aux réparateurs en misant sur la disponibilité et l'efficacité logistique.
Romain Testard (à g.) et Julien Volpi, cofondateurs de VT95, nouveau magasin de distribution de pièces de rechange à Taverny (Val-d'Oise). ©VT95
Romain Testard (à g.) et Julien Volpi, cofondateurs de VT95, nouveau magasin de distribution de pièces de rechange à Taverny (Val-d'Oise). ©VT95

Le Journal de la Rechange et de la Réparation : Après vos parcours respectifs chez NTN-SNR et Mann+Hummel, qu'est-ce qui vous a donné envie de créer votre propre structure ?

Romain Testard : Avec Julien, on parlait déjà il y a quinze ans de monter notre propre magasin. L'entrepreneuriat nous attirait, mais à l'époque ce n'était pas le bon moment, on n'avait ni les finances ni l'expérience nécessaire pour se lancer. Chacun a donc fait son chemin dans le secteur. Maintenant, on est prêt, et 2026 nous correspond bien en termes de timing. On a les compétences, le réseau et une vision plus claire de ce qu'on veut construire.

Julien Volpi : À partir de là, tout est allé assez vite. On a trouvé un local courant 2025, puis on a lancé les négociations avec les fournisseurs, la mise en place de l'ERP et toute la préparation du stock. L'ouverture officielle de VT95 a eu lieu le 2 mars 2026, même si les derniers réglages se sont poursuivis pendant les premières semaines.

J2R : Ouvrir un point de vente dans un marché jugé moins dynamique, est-ce un pari risqué ?

R.T. : Quand on regarde le nombre de voitures qui circulent aujourd'hui et l'état du parc automobile, il y a toujours du travail pour les réparateurs. Le parc français vieillit : il dépasse désormais les 11 ans de moyenne d'âge, et cette tendance devrait se poursuivre. Un parc vieillissant signifie davantage d'entretien et donc davantage de pièces de rechange.

Nous avons aussi réalisé une étude de marché sur notre zone. Il existe évidemment des distributeurs installés depuis longtemps, parfois depuis plusieurs décennies. Mais nous avons identifié des opportunités, notamment parce que certains acteurs arrivent en fin de cycle. Nous, nous arrivons avec beaucoup d'énergie et l'envie de travailler.

J2R : Quel rôle joue Partsmen Group dans votre projet ?

R.T. : Partsmen Group joue un rôle très important. Le groupe détient 20 % de la société d'exploitation de VT95, ce qui nous apporte d'abord de la crédibilité auprès des banques. Quand on crée une entreprise dans l'automobile sans historique d'activité, obtenir des financements n'est pas évident.

Avoir un acteur reconnu du secteur à nos côtés a clairement facilité les choses. Ensuite, cette collaboration nous permet d'intégrer le réseau Precisium via Alliance Automotive Group, ce qui est un vrai avantage en termes d'offre et de logistique.

J2R : Quels types de clients ciblez-vous dans votre zone de chalandise ?

R.T. : Notre clientèle principale reste les professionnels de la réparation – les MRA et certains centres autos – ainsi que les administrations. Nous avons étudié précisément notre zone de chalandise, située entre plusieurs grands axes routiers du Val-d'Oise. Cela nous permet d'atteindre environ 300 points de réparation situés à moins de 20 minutes de notre magasin.

J.V. : Pour l'instant, nous avons limité notre prospection à un rayon d'une dizaine de minutes autour du site. Nous ne voulons pas ouvrir de comptes si nous ne sommes pas capables de tenir nos engagements en matière de livraison. Nous élargirons progressivement la zone en fonction de l'activité et de l'évolution de l'équipe.

Romain Testard à l’accueil du magasin VT95. Derrière lui, un stock de plus de 1 200 références. ©VT95

Romain Testard à l’accueil du magasin VT95. Derrière lui, un stock de plus de 1 200 références. ©VT95

J2R : Quelle sera votre valeur ajoutée face aux distributeurs déjà implantés ?

R.T. : Notre priorité, c'est le service. Si nous promettons quatre livraisons par jour à un client, il faut que ces livraisons soient réellement assurées. Pas question de nous battre uniquement sur le prix, même si cela fait partie du métier. Notre objectif est que le garagiste se dise : "Je vais chez VT95 parce que j'y trouve ce dont j'ai besoin rapidement."

Pour cela, nous avons investi dans les stocks mais aussi dans les outils de gestion. Nous utilisons l'ERP WinPro, qui nous permet d'analyser les ventes, les stocks ou encore les ventes manquées. L'outil nous aide à ajuster notre offre et à améliorer la disponibilité des produits.

J2R : Comment avez-vous structuré votre politique fournisseurs ?

J.V. : Nous travaillons avec plusieurs marques partenaires qui nous ont soutenus dès le lancement du projet, comme Mann-Filter, Delphi, Valeo ou Monroe. Mais notre approche reste clairement multimarque. L'idée est de pouvoir répondre à différents besoins et à différents budgets. Nous avons par exemple 1 200 références de filtres en stock, ce qui permet de répondre immédiatement à un grand nombre de demandes.

Nous avons aussi choisi de stocker certaines pièces moins courantes, comme des turbos, ce qui est assez rare chez les distributeurs de proximité. Notre philosophie est simple : essayer de dire "oui" le plus souvent possible aux réparateurs.

J2R : Dans un contexte de pression sur les marges, comment atteindre la rentabilité ?

R.T. : Nous faisons très attention aux coûts. Au démarrage, Julien et moi ne nous versons pas de salaire. Nous connaissons précisément notre point mort et nous adaptons les embauches en fonction du chiffre d'affaires.

Aujourd'hui, l'équipe est encore réduite : nous sommes très polyvalents et intervenons sur tous les sujets, du commerce à la logistique en passant par les achats. L'objectif est d'atteindre progressivement un niveau d'activité comparable à celui d'un distributeur classique, avec un chiffre d'affaires de l'ordre de 2 à 3 millions d'euros à moyen terme.

J2R : Pourquoi avoir choisi d'adhérer à la Feda dès vos débuts ?

R.T. : Pour nous, c'était assez naturel. La Feda représente la profession et apporte de nombreux services : veille réglementaire, informations sectorielles, accompagnement juridique… C'est un véritable point d'appui pour les distributeurs. Nous sommes fiers d'en être membres. Le logo est affiché sur notre magasin, et c'est aussi un signal que nous envoyons à nos partenaires et à nos clients : nous voulons nous inscrire dans une démarche professionnelle et durable.

J2R : Avec du recul, quelles ont été les étapes les plus difficiles ?

R.T. : La mise en place de l'ERP et toute la partie administrative ont été particulièrement chronophages. Quand on démarre un magasin à partir d'une feuille blanche, il faut tout construire : les bases tarifaires, les conditions d'achat, les remises clients, les procédures internes…

J.V. : Il y a aussi le rythme de travail. Les journées commencent très tôt et sont souvent longues. Les premiers jours, j'ai même dormi au magasin pour éviter les trajets et gagner du temps ! Mais c'est aussi ce qui rend cette aventure passionnante : tout est à construire.

J2R : Envisagez-vous un développement multisite ?

R.T. : Nous avons de l'ambition, mais la priorité reste de consolider ce premier site. Il faut qu'il fonctionne bien, que l'organisation soit solide et que chaque poste soit clairement structuré. Une fois cette étape franchie, nous pourrons réfléchir à d'autres implantations.

J2R : Quel conseil donneriez-vous à ceux qui souhaitent se lancer dans la distribution de pièces ?

J.V. : On entend souvent dire que l'entrepreneuriat dans l'automobile est compliqué. C'est vrai que le métier est exigeant, mais si on a l'envie et l'énergie, il faut essayer. Je dirais simplement : "Vas-y, tente et fais tout pour ne pas avoir de regrets." Pour nous, cette ouverture n'est qu'une première étape. La vraie aventure commence maintenant.

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