Spectros plus précis pour teintes toujours plus complexes

Le marché européen de la mesure colorimétrique reste dominé par deux fabricants historiques de spectrophotomètres : l’allemand BYK-Gardner, propriété du groupe Altana, et l’américain X-Rite, intégré à Veralto. Tous deux travaillent avec les fabricants de peinture, qui développent autour de leurs appareils des logiciels et des bases de données de formules.
Une organisation qui laisse peu de place à d’autres acteurs sur le marché européen. "Les ateliers de carrosserie utilisent presque toujours le spectrophotomètre préconisé par leur fournisseur de peinture, explique Klaus Wimmer, responsable produit réparation automobile chez BYK-Gardner. Il fait partie d’une solution complète de reproduction des couleurs, incluant un logiciel, une base de données de formules, une balance et un système de recherche de teinte."
Connectés à des bases de données colorimétriques de plus en plus fournies, les spectrophotomètres permettent de rechercher plus rapidement une formule adaptée au véhicule. Pratique alors que les constructeurs multiplient les peintures à effets, nacrées, mates ou fortement métallisées. Cette sophistication des teintes pousse l’ensemble des fabricants de peinture à faire évoluer leurs équipements.
Des micros-caméras à l'IA
Les premiers spectrophotomètres (à partir de 1994) mesuraient principalement la couleur. Pour identifier les peintures à effets, le peintre devait encore s’appuyer largement sur son expérience et sur les teintiers. Les appareils ont depuis gagné en finesse. La multiplication des angles de lecture et l’intégration de caméras permettent désormais d’analyser les pigments métallisés ou nacrés ainsi que certains effets de texture. Le développement des bases de données en ligne a ensuite facilité la recherche et l’actualisation des formules.
Parallèlement, la gĂ©nĂ©ralisation des connexions sans fil a libĂ©rĂ© les appareils de leur liaison physique avec l’ordinateur du laboratoire. Les mesures rĂ©alisĂ©es sur le vĂ©hicule peuvent ainsi Ăªtre transmises directement au logiciel de recherche depuis le parking ou la zone de prĂ©paration.
Une nouvelle étape a été franchie avec l’intégration de fonctions d’imagerie toujours plus poussées. Lancé en 2022, le PPG DigiMatch combine notamment plusieurs angles d’imagerie et de réflectance afin d’affiner la lecture des effets. Deux ans plus tard, Axalta est allé plus loin avec son Irus Scan, développé avec BYK-Gardner, qui ajoute à l’analyse colorimétrique une mesure directe de la brillance. Cette donnée peut notamment faciliter la reproduction des finitions mates.
Le savoir-faire reste indispensable
Ces progrès ne dispensent toutefois pas le peintre de maĂ®triser les fondamentaux de la colorimĂ©trie. "Un spectrophotomètre performant reste un outil d’aide Ă la dĂ©cision qui doit Ăªtre utilisĂ© avec mĂ©thode et expertise pour obtenir le meilleur rĂ©sultat possible", rappelle François Real, responsable technique de Sherwin-Williams France. La qualitĂ© de la mesure dĂ©pend notamment de l’état du support. Celui-ci doit Ăªtre propre et correctement prĂ©parĂ©, tandis que les conditions de tempĂ©rature doivent rester compatibles avec les prĂ©conisations du fabricant. Une mauvaise manipulation peut fausser le rĂ©sultat, aussi sophistiquĂ© soit l’appareil. "Le spectro n’est pas un outil magique", insiste François Real.
L’interprétation de ses données et le choix final de la formule réclament donc toujours une formation adaptée et l’expérience du peintre. Les progrès des logiciels et de l’intelligence artificielle devraient encore faire évoluer ces outils dans les prochaines années, sans pour autant effacer cette expertise.
-------------------------------------------------------------------------------------------------------
Axalta Irus Scan inverse les angles

L'Axalta Irus Scan, dernier spectrophotomètre en date présenté par un fabricant de peinture haut de gamme. ©Axalta
La brillance devient à son tour un critère mesurable. Lancé en 2024, l’Axalta Irus Scan se distingue par une technologie brevetée de mesure à angle inversé. Selon Axalta, il s’agit du premier spectrophotomètre destiné à la réparation automobile capable de mesurer directement la brillance d’une surface. Une donnée particulièrement utile pour les finitions mates, puisqu’elle aide le peintre à ajuster la quantité de matifiant et à mieux reproduire l’aspect d’origine.
L’appareil associe cette fonction à une caméra RVB haute définition et à un système optique multi-angle. Il peut analyser des teintes complexes, comme certains gris métallisés, blancs nacrés ou pigments à effets. Développé avec BYK-Gardner, l’Irus Scan s’intègre à l’écosystème numérique Axalta Irus, utilisé par les marques Cromax, Spies Hecker et Standox. Il complète ainsi la chaîne de recherche et de préparation des teintes proposée par le groupe.
-------------------------------------------------------------------------------------------------------
Refinity Scan mesure (presque) plus vite que son ombre
Conçu avec X-Rite, le Refinity ScanR rejoint l’environnement Refinity développé par l’ancienne activité BASF Coatings, devenue Surventis en 2026. Trente secondes suffisent à ce spectrophotomètre pour réaliser cinq mesures. Présenté en 2025, il mise donc d’abord sur la rapidité d’exécution, avec six angles de lecture pour affiner l’identification de la teinte et de ses variantes. Les données recueillies alimentent directement l’écosystème numérique Refinity utilisé par les marques Glasurit et R-M.
L’appareil embarque aussi plusieurs fonctions destinées à limiter les erreurs de mesure. Il peut détecter certaines rayures présentes sur la surface observée et reconnaître automatiquement le VIN ou la plaque d’immatriculation du véhicule. Cette identification facilite ensuite la recherche de la bonne formule dans la base de données. Le ScanR propose également une fonction dédiée aux couleurs de jantes.
-------------------------------------------------------------------------------------------------------
PPG Digimatch zappe les défauts avec son zoom
Avec le DigiMatch, PPG a surtout cherché à rapprocher la mesure colorimétrique de l’imagerie numérique. Dévoilé en 2022, le spectrophotomètre exploite six angles d’imagerie et six angles de réflectance afin d’analyser simultanément la couleur, les effets et la texture de la peinture. Les données recueillies sont ensuite intégrées à l’écosystème PPG Linq. Sa caméra numérique haute résolution permet notamment de visualiser les particules métallisées ou nacrées.
Associé au logiciel VisualizID, l’appareil aide le peintre à comparer à l’écran les différentes variantes proposées avant leur préparation. Son zoom facilite aussi le choix d’une zone de mesure en évitant certains défauts présents sur le support.
Compact, le DigiMatch a été conçu pour intervenir sur des zones difficiles d’accès ou des éléments aux formes complexes. Sa station d’accueil assure enfin son rangement, sa recharge et l’accès aux accessoires nécessaires à son étalonnage.
Sur le mĂªme sujet


