Guillaume Ramirez, Novaparts : "Aniel reste un nom sur le marché de la carrosserie"

Le Journal de la Rechange et de la Réparation : Qu’est-ce qui vous a convaincu de reprendre Aniel ?
Guillaume Ramirez : Comme je vous le dis souvent, je suis un vrai passionné de la pièce. J’ai connu Aniel il y a quelques années et je me souviens très bien de ma première visite : j’avais été impressionné par l’entreprise, ses locaux et son côté novateur. Ces derniers mois, nous avons suivi sa dégradation. Autopuzz fournissait aussi quelques pièces à Aniel et nous avons connu des épisodes assez inconfortables, avec des incertitudes sur le règlement de nos factures.
Lorsque j’ai appris son placement en redressement judiciaire, je n’ai pas immédiatement pensé à une reprise. Puis, au bout de trois ou quatre jours, l’idée a commencé à me trotter dans la tête. Je me suis renseigné et j’ai commencé à travailler avec mes conseils pour savoir ce qu’il était possible de faire.
Nous avons alors préparé un plan de reprise, que nous avons déposé au tribunal de commerce de Toulon (83). J’ai ensuite demandé à rencontrer les salariés et à revisiter les locaux pour échanger avec eux.
Très vite, je me suis dit qu’Aniel restait un nom et une entreprise avec une histoire. J’ai eu envie d’essayer de prolonger cette histoire et de relancer l’activité. Selon moi, il fallait conserver ce qui constitue l’expertise d’Aniel : la pièce de carrosserie et la pièce de qualité équivalente, sur lesquelles l’entreprise a construit un savoir-faire depuis des années.
Mais je me suis aussi dit qu’il serait intéressant d’étoffer l’offre. Lorsqu’un carrossier a besoin d’un triangle ou d’une autre pièce mécanique, pourquoi ne pas pouvoir la lui proposer ? C’est justement un domaine dans lequel nous avons déjà un savoir-faire. Un carrossier peut aussi avoir besoin de peinture, de matériel ou d’équipements pour son atelier.
L’idée est donc de pouvoir aller voir les MRA et leur dire : nous sommes reconnus pour notre expertise en carrosserie, mais nous pouvons désormais proposer une offre plus globale.
J2R : Concrètement, qu’avez-vous repris dans le cadre de l’opération ?
G.R. : Nous avons repris le fonds de commerce, les fichiers clients, le matériel d’atelier et de logistique ainsi que les bureaux. Nous avons également repris les actifs de propriété intellectuelle, notamment les marques et les logos. Il y a, par exemple, la marque FBS, qu’Aniel avait lancée il y a quelques années. Aujourd’hui, nous ne savons pas encore si nous redonnerons un rôle à cette marque.
Il reste un dernier point en discussion concernant une partie du stock de pièces de rechange. Cela devrait se finaliser cette semaine et ça semble plutôt bien engagé.
Quand je me suis penché sur le dossier, un élément m’a marqué : la chute du chiffre d’affaires. Entre 2023 et 2024, l’entreprise est passée d’environ 23 à 9 millions d’euros de chiffre d’affaires. En 2025, celui-ci n’était plus que de 1,5 million d’euros, alors qu’elle comptait toujours 35 salariés. La situation était donc devenue très compliquée.
À partir de ce constat, j’ai compris qu’il ne serait pas possible de reprendre l’organisation logistique telle quelle. Nous avons donc concentré notre projet sur les commerciaux qui connaissaient le terrain ainsi que sur des fonctions importantes, notamment les achats.
J’ai aussi choisi de déménager l’entreprise en Bretagne, dans un nouvel entrepôt, pour être plus proche de l’activité et nous donner toutes les chances de réussir ce redémarrage.
J2R : Il s’agit donc bien d’un nouveau site logistique ?
G.R. : Oui. Dès que son aménagement sera terminé, dans les prochaines semaines, nous organiserons d’ailleurs une inauguration.
Ce nouveau bâtiment nous permettra de repartir de l’avant et de mener à bien nos différents projets. Parmi nos ambitions, nous voulons notamment développer la pièce mécanique. Nous avons d’ailleurs des discussions avec Alternative Autoparts pour qu’Aniel puisse rejoindre le groupement, ce qui devrait normalement aboutir.
Mais Aniel conservera son identité, centrée sur la carrosserie. J’insiste sur ce point. Ce qui m’a particulièrement intéressé dans cette reprise, c’est son savoir-faire autour de la pièce de qualité équivalente, un segment qui prend de l’importance. Les experts nous demandent de plus en plus de privilégier la pièce de réemploi, mais l’offre ne suffit pas toujours à répondre à la demande. Il faut donc pouvoir proposer d’autres solutions. Dans ce contexte, la pièce de qualité équivalente constitue une alternative pertinente.
J2R : Quels sont les autres associés au sein de Novaparts ?
G.R. : Je suis très largement majoritaire. À mes côtés, il y a quatre autres personnes qui travaillent avec moi depuis plusieurs années.
J2R : Quelle feuille de route avez-vous fixée pour Aniel ? L’élargissement de l’offre en fait-il partie ?
G.R. : L’idée est vraiment d’étoffer l’offre, mais aussi de miser sur un outil informatique qui permette aux clients de disposer d’un site de commande lisible et performant. Nous sommes justement en train de le finaliser.
Je veux également conserver une approche très orientée vers le terrain. Notre priorité est aujourd’hui de reprendre contact avec le maximum d’anciens clients d’Aniel.
Nous savons que ce ne sera pas forcément simple. Quand une entreprise traverse deux années difficiles, il n’y a pas seulement la force du nom : il y a aussi un héritage plus compliqué à gérer. Il y a donc eu des mécontents et il va falloir gérer cette situation. Nous allons essayer d’être présents et de reconstruire cette relation.
Nous serons d’ailleurs présents au congrès Axial, du 18 au 20 septembre 2026. Ce sera notre premier grand rendez-vous avec la profession. Nous voulons revenir au cœur des carrossiers, nouer des partenariats et être présents sur le terrain.
