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Carrosserie

Les réseaux, moteurs de montée en compétences des carrossiers

Publié le 9 juin 2026
Par Nicolas Girault
6 min de lecture
Face à la complexification rapide des véhicules et à l'évolution du parc roulant, les réseaux de réparation renforcent leur rôle auprès des carrossiers. Au-delà de l'apport d'affaires, ils s'imposent comme des relais indispensables pour suivre les évolutions techniques et répondre aux exigences des donneurs d'ordres.
Réseau peintre de carrosserie
Faute de formation suffisante, certains carrossiers risquent, à terme, d'être exclus de l'entretien de flottes toujours plus exigeantes. Les réseaux cherchent à anticiper cette fracture en accompagnant la montée en compétences de leurs adhérents. ©DR

Depuis la fin 2025, les demandes d'adhé­sion aux réseaux se multiplient. Comme lors de la crise sanitaire, le contexte économique et géo­politique incite les carrossiers à se rapprocher des enseignes. La baisse de la sinistralité, liée à un moindre usage des véhicules, accentue encore cette tendance. Dans ce contexte, les répara­teurs cherchent à sécuriser leur activité en s'appuyant sur des apporteurs d'affaires.

Répondre aux défis techniques et environnementaux

Mais le rôle des réseaux ne se réduit pas à cette seule dimen­sion. "Un réseau de carrossiers ne fournit pas uniquement des apports d'affaires. Il accompagne avant tout ses membres dans de nombreux domaines, et notamment pour les faire monter en compétences", rappelle Catherine Duyck, responsable nationale d'AD Carrosserie, qui fédère 825 adhérents. Un enjeu devenu central alors que les apporteurs d'affaires exigent des réparations conformes aux standards les plus récents.

Car sur le terrain, les défis s'accumulent. L'électrification du parc, la généralisation des systèmes d'aide à la conduite (Adas), l'usage croissant de matériaux complexes comme l'aluminium ou les aciers à haute résistance, ainsi que les exigences environnementales rendent les interventions plus techniques.

Dans le même temps, les carrossiers, absorbés par leur activité quotidienne, manquent souvent de recul pour anticiper les investissements nécessaires en équipements et en forma­tion. D'où un besoin croissant d'accompagnement.

Identifier les lacunes pour mieux structurer l'accompagnement

Au sein des enseignes, la ré­ponse passe d'abord par le renforcement des équipes. La plupart des réseaux étoffent leurs structures, parfois bien au-delà de quelques dizaines de salariés pour les plus im­portants. Appui terrain, par­tenariats avec des organismes spécialisés, déploiement d'ou­tils digitaux : les dispositifs se structurent et gagnent en den­sité. L'objectif est clair : élever le niveau des adhérents, aussi bien sur les enjeux techniques que sur les sujets liés à la RSE (voir encadré ci-dessous).

Reste un préalable incontournable : iden­tifier précisément les besoins. Or, dans les faits, les réseaux peinent encore à disposer d'une vision fine du niveau d'équi­pement et de compétences de chaque atelier. "Sur notre plateforme My Acoat Business, nous comptons centraliser l'information autour de nos adhérents", expose Anne Dudoit, respon­sable d'Acoat Selected (198 ad­hérents), enseigne d'AkzoNobel.

"L'objectif est d'établir une véritable carte d'identité de chaque carrosserie, incluant ses horaires d'ouverture et son niveau de formation, notamment pour les apporteurs d'affaires."

Démarche similaire chez Autoneo (285 adhérents), réseau animé par le groupement Centaure. "En début d'année, nous avons lancé une évaluation du niveau technologique et des besoins du réseau", indique Pascale Rambeault, responsable de l'enseigne. En parallèle, un plan d'action est en cours de construc­tion avec les distributeurs pour faire progresser les adhérents.

Formation encore insuffisante

Chez Axial (365  adhérents), adossé au groupe Edra, cette évaluation intervient dès l'inté­gration de nouveaux membres. "La priorité est la montée en compétences des carrosseries, pour toutes les techniques permettant de prendre en charge les véhicules les plus récents. C'est absolument indispensable", insiste Adeline Bourdon, présidente d'Axial, qui compte 365 carrosseries. Aujourd'hui, entre 80 et 95 % des carrosseries du réseau disposent d'au moins un tech­nicien habilité à intervenir sur des véhicules électriques.

Digital Car calibrage des Adas.

Précurseur sur le sujet, Autoneo a noué un partenariat avec Digital Car pour externaliser le calibrage des Adas. Une initiative depuis largement reprise par d'autres réseaux. ©Digital Car

Un niveau encore jugé insuf­fisant, plusieurs techniciens devant être formés dans chaque structure. Dans les faits, les priorités sont largement partagées : habilitation aux vé­hicules électriques, recalibrage des Adas – parfois externalisé via des prestataires spéciali­sés – et montée en puissance des démarches liées à la responsa­bilité sociétale des entreprises (RSE).

Du côté de Five Star (530 adhé­rents), affilié au groupe Axalta, les besoins sont identifiés au plus près du terrain. Les car­rossiers sont généralement bien structurés, correctement for­més et équipés. L'enseigne a été l'une des premières à organiser des tournées techniques pour faire habiliter ses réparateurs à la réparation des VE.

"Tous sont formés pour les accueillir, et la moitié est habilitée pour les consigner. Notre objectif est donc maintenant d'atteindre les 80 % fin 2026", annonce Hervé Charbit, directeur de Five Star.

Habilitation électrique et calibrage des Adas obligatoires

Certains réseaux disposent toutefois d'une connaissance encore plus fine de leurs adhérents. AD Carrosserie, par exemple, suit précisément leur niveau d'équipement et de compé­tences. Entre 70 et 80 % de ses membres sont habilités à in­tervenir sur les véhicules élec­triques, tandis qu'environ la moitié est équipée pour recali­brer les Adas. Le réseau encou­rage d'ailleurs ses adhérents à internaliser cette opération plu­tôt qu'à la sous-traiter.

Fort de cette visibilité, AD Carrosserie a lancé en 2025 un cursus de formation structuré, sur trois à quatre ans. "Nos membres commencent obligatoirement par l'habilitation B2VL et le recalibrage des Adas", précise Catherine Duyck. Ce pro­gramme s'étend ensuite à des interventions spécifiques, comme le Pass-Thru, la répa­ration des plastiques et des assemblages rivetés-collés.

Former malgré les contraintes opérationnelles

Pour accompagner cette montée en expertise, les réseaux mobi­lisent à la fois leurs ressources internes et des partenaires ex­térieurs. Les formations les plus basiques, souvent liées à l'achat d'équipements, sont assurées par les technico-commerciaux des distributeurs.

"Tout le monde se forme plus ou moins lorsqu'il achète une mallette de réparation. Les formations sont alors assurées par le technico-commercial du distributeur", indique Adeline Bourdon. Mais elles ne suffisent pas.

Les enseignes font appel à des organismes spécialisés comme les Opco, Mobipolis (ex-GNFA) et le Cesvi. Les réseaux adossés à des groupements de distri­bution s'appuient aussi sur des structures dédiées, à l'instar de l'Institut AD qui forme ses car­rossiers. Même stratégie du côté des fabricants de peinture.

Entraide sur les réseaux sociaux

Reste un frein majeur : la dis­ponibilité des équipes. "Il est difficile de pousser les carrossiers à les former. Nous insistons en leur rappelant qu'un jour d'absence peut rapidement être compensé par les gains générés ensuite", met en avant Adeline Bourdon. À cela s'ajoute la crainte persistante de voir partir un salarié après sa formation, même si le risque inverse – perdre des collabora­teurs faute de perspectives – est tout aussi réel.

Congrès Axial échange bonnes pratiques

Les congrès de réseaux, comme ici celui d'Axial à Deauville, servent aussi de vitrine : les adhérents les plus performants y sont mis en avant, dans le but de diffuser les bonnes pratiques et d'entraîner l'ensemble du réseau. ©J2R/NG

À côté de ces dispositifs, les carrossiers trouvent aussi une aide confraternelle dans les ré­seaux. Les réunions régionales sont des lieux d'échanges de bonnes pratiques, où les problé­matiques concrètes sont parta­gées. Sans oublier le temps fort des congrès d'enseigne, évènements permettant d'échanger entre adhérents, au niveau national.

Chez Axial et AD, certains réparateurs communiquent aussi via le réseau WhatsApp. Ils y partagent des informations lorsque l'un d'eux rencontre un problème technique sur un chantier. Dans certains cas, des commissions internes vont jusqu'à consulter les données constructeurs pour accompa­gner un adhérent confronté à une difficulté spécifique.

Des compétences qui dépassent la technique

La montée en compétences ne se limite pas aux aspects techniques. Elle concerne aussi la gestion des ateliers. "Les carrossiers sous-estiment souvent l'importance d'améliorer leurs méthodes de gestion, note Pascale Rambeault. Pourtant, certains pratiquent des taux horaires trop bas pour assurer la rentabilité de leur activité."

Dans ce domaine, les outils numériques propo­sés par les réseaux jouent un rôle structurant. Les DMS per­mettent de piloter l'activité, de centraliser la facturation et d'optimiser l'organisation des ateliers.

Chez Axial, une équipe informatique dédiée et une hotline accompagnent les utilisateurs au quotidien. La solution est incontournable pour travailler avec les grands comptes centralisant leur fac­turation. Elle permet aussi de planifier l'activité de l'atelier et de commander les pièces.

Ne pas oublier les supports administratifs

De son côté, Five Star rend incontournable son DMS de gestion en temps réel Global Repair. "Cet outil permet d'obtenir des paiements plus rapides et d'améliorer nettement les performances", met en avant Hervé Charbit. Déjà utilisé par 50 % des adhérents du réseau, son interfaçage avec leur facturation centralisée de­vrait accélérer son adoption.

AD Carrosserie va plus loin en intégrant ces solutions dans un écosystème numérique plus large, incluant notamment une plateforme de diagnostic à dis­tance. Le réseau s'intéresse également à la formation des fonctions administratives.

Près de 250 salariés ont déjà été for­més pour maîtriser les proto­coles des apporteurs d'affaires. Des rendez-vous "flash" mensuels sont aussi organisés pour traiter des sujets opérationnels. Le dernier chantier en date a été consacré à la dématériali­sation des factures, obligatoire à partir de cette année.

Vers une autonomie encadrée

Finalement, les réseaux pour­suivent un objectif commun : rendre leurs adhérents plus autonomes, tout en leur four­nissant les outils nécessaires pour rester compétitifs. Cette autonomie passe par un niveau élevé d'équipement, de forma­tion et de structuration. Si tous n'offrent pas le même niveau d'accompagnement, la logique reste comparable.

Dans un environnement de plus en plus exigeant, les carrossiers les mieux formés et les mieux organisés bénéficient d'un avantage décisif. Ils attirent da­vantage de flux, répondent plus facilement aux exigences des donneurs d'ordres et disposent de marges de négociation accrues.

À l'inverse, ceux qui peinent à suivre ces évolutions s'exposent à un déclassement progressif. Dans ce contexte, les réseaux ne sont plus seulement des apporteurs d'affaires : ils deviennent un levier de struc­turation, voire une condition de maintien sur le marché.

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Five Star lance son label RSE

Le réseau adossé à Axalta engage son réseau dans une démarche de labellisation RSE (responsabilité sociétale des entreprises). Five Star entend ainsi répondre aux attentes croissantes des apporteurs d’affaires, eux-mêmes soumis aux exigences de la réglementation CSRD, qui impose de mesurer l’impact environnemental et sociétal de leurs activités et de celles de leurs partenaires. Présenté lors du congrès 2025, ce label est en cours de déploiement.

Il repose sur un référentiel structuré autour de 145 engagements, répartis en quatre piliers : gouvernance, environnement, social et qualité de service. En fonction de leurs résultats, les carrossiers sont classés selon trois niveaux — bronze, argent ou or — attribués pour une durée de deux ans. Le dispositif prévoit également un bonus "pratiques exemplaires" pour les entreprises les plus avancées.

L’évaluation repose sur un audit réalisé sur site par SGS ICS. Cet organisme certificateur tiers, accrédité ISO/IEC 17065, garantit l’impartialité de la démarche. En complément, Five Star met à disposition de ses adhérents une application d’auto-évaluation ainsi qu’une boîte à outils destinée à les accompagner dans l’amélioration continue de leurs performances environnementales.

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