En Europe, plus de 80 % des garages sont indépendants

Alors que les réseaux constructeurs réduisent progressivement leur maillage en Europe, les réparateurs indépendants continuent de gagner du terrain. Une tendance confirmée par la nouvelle étude de Roland Berger, réalisée avec la Figiefa.
Menée à partir de données portant sur 34 pays européens, ainsi que des analyses de Wolk & Nikolic After Sales Intelligence, l’enquête estime à environ 100 milliards d'euros la valeur directe du marché des pièces captée par l'IAM.
Mais Roland Berger estime que son poids économique dépasse largement ce périmètre. Le cabinet chiffre à 65 milliards d'euros les bénéfices liés à la préservation de la valeur des véhicules, grâce à un entretien plus abordable, et à 23 milliards les gains générés par la réduction de leur temps d'immobilisation.
En additionnant ces effets indirects à son activité, la contribution économique de la filière indépendante approcherait ainsi 200 milliards d'euros par an.
"Le secteur de la rechange indépendante est bien plus qu’un marché de réparations et de pièces. Il permet de maintenir une mobilité abordable, d'augmenter la valeur résiduelle des véhicules et de réduire les temps d'arrêt économiquement coûteux", analyse Maximilian Wegner, directeur chez Roland Berger
L'IAM représente désormais 64 % du marché européen
Autre enseignement de l’étude : le canal indépendant continue de prendre des parts de marché. Entre 2021 et 2025, la valeur du marché européen de la pièce est passée de 129 à 156 milliards d'euros. Sur la même période, la part de l'IAM a progressé de 61,8 à 64,1 %. La part des réseaux contrôlés par les constructeurs a, quant à elle, reculé de 38,2 à 35,9 %.
La dynamique est d'autant plus notable que le nombre de points de réparation n'a pratiquement pas augmenté. L'Europe comptait environ 403 000 ateliers en 2021, contre un peu moins de 400 000 quatre ans plus tard. Le réseau multimarque est resté stable, autour de 332 000 sites, alors que les implantations liées aux constructeurs ont diminué. Autrement dit, les indépendants représentent ainsi plus de 80 % des ateliers européens.
Roland Berger y voit la confirmation d'une place qui dépasse largement l'entretien des véhicules les plus âgés. "L'IAM renforce sa position de principal canal d'entretien du parc européen", relève l'étude.
Le vieillissement du parc roulant peut expliquer cette évolution : l'âge moyen des voitures particulières européennes est passé de 11,9 ans en 2020 à 12,9 ans en 2024.
Données automobiles : une menace pour les indépendants ?
Mais cette progression de l'IAM pourrait être contrariée dans les prochaines années. Avec la généralisation des véhicules connectés et des architectures pilotées par logiciel, les constructeurs renforcent leur contrôle sur les données et les fonctions nécessaires à la réparation (diagnostic, codage des composants, programmation des calculateurs, calibrage des Adas…).
Dans son étude, Roland Berger souligne que cette évolution ouvre de nouvelles perspectives de revenus aux constructeurs, y compris lorsque les interventions sont réalisées dans les ateliers indépendants.
Si les frais d'accès et les exigences d'autorisation deviennent une surcharge structurelle, ils risquent de compromettre à la fois la viabilité de l'IAM et le caractère abordable de l'entretien automobilemet en garde Maximilian Wegner.
Roland Berger prévient ainsi que, sans accès effectif aux données et aux logiciels, les ateliers indépendants pourraient être relégués à un simple rôle d'exécutants…
Face à cette dépendance croissante, la filière développe notamment des solutions d'assistance technique à distance, aussi appelées "remote diagnostic". Ces services permettent aux garages, via des prestataires intermédiaires, de réaliser des opérations complexes sans disposer de tous les outils propres à chaque marque.
Ces solutions ne lèvent toutefois pas tous les obstacles. Roland Berger rappelle que les réparateurs indépendants doivent pouvoir accéder aux données automobiles aussi facilement et à des coûts comparables à ceux des réseaux constructeurs pour garantir une concurrence équitable.
Un enjeu que Sylvia Gotzen, directrice générale de la Figiefa, replace dans une perspective plus large : "L'avenir de la rechange indépendante appartiendra à ceux qui sauront réunir les données, la logistique et les outils numériques dans un même écosystème au service des ateliers."
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