Eco Entretien : la filière remet la maintenance du parc au centre du débat

La scène est suffisamment rare pour être soulignée. Réunis autour d’une même table, Mobilians, la Feda, la Fiev, la FNA et Traxio ont affiché un front commun à l’occasion d’une conférence de presse organisée pour l’Association Eco Entretien (AEE). Un rapprochement assumé par Francis Bartholomé, président de Mobilians : "Nous n’avons pas toujours été alliés, mais quand on l’est, on l’est !"
Derrière cette unité, les organisations professionnelles dressent surtout un constat commun : la politique de renouvellement du parc ne suffit plus à répondre aux enjeux environnementaux et sociaux. Alors que l’âge moyen des véhicules dépasse les 12 ans en France et que les ventes de voitures neuves sont au plus bas, la maintenance du parc roulant redevient un sujet prioritaire.
"Le marché automobile est atone : les ventes de véhicules neufs sont au plus bas", rappelle Francis Bartholomé. Dans le même temps, la hausse durable du coût d’usage de l’automobile pousse de nombreux ménages à conserver leur véhicule plus longtemps. Une réalité qui fragilise les ambitions de transition rapide vers le tout électrique.
Les représentants de la filière ne cachent d’ailleurs plus leurs réserves vis-à-vis des politiques menées ces dernières années. "Les ZFE sont tombées à l’eau", glisse ainsi le président de Mobilians, pointant les difficultés rencontrées par les dispositifs censés accélérer le renouvellement du parc.
Un discours moins technique
Créée en 2016, l’AEE défendait à l’origine une approche très technique de l’entretien automobile, centrée sur la réduction des émissions polluantes des véhicules thermiques grâce à des outils de diagnostic avancés. Mais cette stratégie s’est heurtée au virage politique et réglementaire en faveur de l’électrique.
Notre positionnement technique axé sur la maintenance du parc thermique n’était pas très audible vis-à-vis des pouvoirs publics. Nous voulons assouplir notre approche qui a pu paraître rigoristereconnaît Alain Landec, président de la Feda.
Le Dieselgate, l’accélération des réglementations environnementales et le discours dominant autour de l'électrique ont marginalisé les arguments portés par l’association. Les professionnels regrettent notamment de ne jamais avoir obtenu le soutien nécessaire pour démontrer scientifiquement l’impact environnemental de l’entretien préventif sur les émissions du parc roulant.
Pour autant, les acteurs de l’après-vente estiment que le contexte actuel leur redonne une certaine légitimité. "Le parc roulant actuel reste majoritairement thermique, dix ans après la création de l’association…", insiste Alain Landec.
La nouvelle feuille de route de l’AEE se veut donc plus large. Au-delà du simple diagnostic moteur, l’association souhaite désormais intégrer des sujets comme l’écoconduite, la réduction des consommations, l’économie circulaire ou encore la prévention des pannes coûteuses.
Le discours évolue également sur la forme. Les fédérations veulent désormais parler davantage au grand public qu’aux seuls techniciens. Elles entendent notamment mettre en lumière les bénéfices concrets d’un entretien régulier : baisse de la consommation de carburant, limitation des réparations lourdes ou amélioration de la durée de vie du véhicule.
Une bataille aussi politique
Derrière cette relance de l’Eco Entretien se cache aussi un message plus politique. Les fédérations dénoncent une orientation exclusivement tournée vers le renouvellement du parc. "Les faits sont têtus et le parc reste majoritairement thermique. Nous voulons pousser l’État vers une meilleure gestion de ce parc roulant", résume Jean-Louis Pech, président de la Fiev.
Même constat du côté de la FNA. "L’électrique reste inaccessible pour une partie des Français. Nous ne pouvons pas les laisser au bord de la route…", avertit Robert Bassols, président de l’organisation.
La filière souhaite désormais construire un discours commun autour de l’entretien durable du parc automobile, sans transformer pour autant cette démarche en argument commercial. Avec l’ambition, évidemment, de sensibiliser l’ensemble des réseaux de réparation, indépendants comme constructeurs.
Pour Fabrice Godefroy, président d’IDLP et vice-président délégué de Mobilians Île-de-France, le sujet ne pourra réellement changer d’échelle qu’avec un soutien plus large des constructeurs.
Il faudrait que ce label Eco Entretien promu par les acteurs de l’après-vente soit soutenu par les constructeurs et leurs réseaux.
À un an de l’élection présidentielle, les fédérations des services de l’automobile espèrent bien replacer la gestion du parc roulant dans le débat politique.
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