Après l'incendie, DCA Rouen repart de plus belle

Pour les salariés de DCA Rouen, le 16 janvier 2023 reste associé à un profond sentiment de sidération. Dans les bureaux de la nouvelle plateforme, un morceau de tôle noircie portant les lettres "Ca" du logo Distri Cash témoigne encore de l’incendie survenu ce soir-là.
"C'est un souvenir auquel, si l'on peut dire, je tiens, confie Brice Lefebvre, responsable de la plateforme. On passe devant en allant et en ressortant de la salle de réunion. Ne pas oublier ce qui s’est passé est aussi une manière de profiter de ce que l’on vit aujourd’hui."
Début 2023, tous les signaux étaient alors au vert pour la structure normande de Distri Cash. Inauguré neuf mois plus tôt à Grand-Couronne, au sud de Rouen, le site bénéficie du rebond d’activité post-Covid et de la croissance soutenue du groupe. DCA Rouen occupe alors une cellule de 6 000 m² au sein d’un ensemble partagé avec trois autres entreprises.
Parmi elles figure Bolloré Logistics, qui y stocke quelque 12 250 batteries et composants au lithium. Quand ce 16 janvier, à 16h18, l'alarme incendie retentit, Brice Lefebvre ne mesure pas immédiatement la gravité de la situation.
"Compte tenu de ce que l’on stocke, des pneus et des pièces, mais aussi des préconisations de notre assurance, nous étions bien au-dessus des normes incendie recommandées. On faisait régulièrement des tests d’évacuation et j’ai cru, à cet instant, que c’en était un de plus." Alors que l’activité bat son plein, les équipes appliquent le protocole et évacuent le bâtiment.
Quelques heures suffisent à tout détruire

La plateforme logistique DCA de Rouen, du groupe Distri Cash, a été victime le 16 janvier 2023 d'un grave incendie qui a détruit l'entrepôt. ©DCA
Plusieurs signes inhabituels inquiètent rapidement les salariés. Une fumée blanche, accompagnée d’une odeur très particulière, se propage dans l’entrepôt. Un collaborateur de Bolloré Logistics les alerte alors du danger : des éléments contenant du lithium sont en feu et il faut s’éloigner au plus vite.
"Les pompiers n’étaient pas encore arrivés. Avec mon adjoint, Alexis Beuzelin, nous avons voulu intervenir avec les gros extincteurs présents dans notre plateforme. En approchant du brasier, on entendait comme des coups de fusil. Puis, d’un seul coup, on a vu quelque chose transpercer le bardage : c’était une cellule de batterie !"
Leur initiative s’explique également par la crainte de voir les flammes gagner les autres cellules. Pour absorber sa croissance, DCA Rouen avait engagé des discussions afin de récupérer une partie supplémentaire du bâtiment. Voir cet outil logistique menacé par l’incendie paraît alors inconcevable aux deux hommes.
Contraint de rester à distance, Brice Lefebvre comprend vers 18 heures que le feu ne pourra plus être maîtrisé rapidement. Les flammes ont traversé le plafond. Une heure plus tard, alors que les pompiers sont encore loin d’avoir circonscrit l’incendie, l’issue ne fait plus guère de doute. "Quand j'ai entendu les racks s'écrouler, j'ai compris que la plateforme serait irrécupérable."
Une reprise immédiatement organisée
Dans la tête et dans le cœur du responsable, les émotions se bousculent. "Je trouvais ça très triste, très violent, mais aussi très injuste. C'est un projet qu'on a commencé à bâtir dès 2019 et dans lequel on s'est pleinement investi. En voyant ça, j'ai eu l'impression de perdre un membre de ma famille."
À 500 km de là, à Sainte-Soulle où se trouve le siège du groupe, Jean-Philippe Moyet est tenu informé en direct de la situation. Lorsqu’il comprend que l’entrepôt est condamné, le dirigeant se projette immédiatement sur la reprise de l’activité. "Jean-Philippe a été incroyable avec nous tous. Il nous a rassurés, il a fait en sorte que personne ne soit laissé de côté, et surtout il nous a promis qu'on reviendrait plus grands et plus forts. Voir sa détermination nous a galvanisés."
À 23 heures, alors que près de 140 pompiers et 60 engins sont toujours mobilisés, Jean-Philippe Moyet transmet déjà à Brice Lefebvre des annonces d’entrepôts susceptibles d’accueillir les équipes. Le lendemain matin, le réveil n’en demeure pas moins brutal.
Au traumatisme humain s’ajoute un lourd bilan matériel : DCA Rouen a perdu 70 000 pneumatiques ainsi qu’un stock représentant 20 % de l’offre premier prix de Distri Cash.
Une installation provisoire appelée à durer
Il faut pourtant organiser la continuité de l’activité sans attendre. À proximité de Grand-Couronne, France Alliance propose d’accueillir temporairement les salariés et de mettre un bureau à leur disposition. Un centre d’appels est installé à la hâte sur des tables de camping, tandis que la prise en charge des clients et des commandes est répartie entre les différentes plateformes du groupe. Quelques semaines plus tard, DCA Rouen trouve un bâtiment à Saint-Étienne-du-Rouvray.
Mais les conditions d’exploitation n’ont plus rien de comparable avec celles du site détruit. D’une superficie de seulement 1 800 m², l’entrepôt est vétuste et nécessite plusieurs adaptations. Sa capacité permet surtout de stocker sept fois moins de pneumatiques qu’auparavant. Pour la quinzaine de collaborateurs, cette situation provisoire va se prolonger bien au-delà des premières estimations.
Malgré l’engagement de la direction, les recherches piétinent sur un marché immobilier particulièrement tendu. Selon Brice Lefebvre, certains intermédiaires profitent de l’urgence dans laquelle se trouve DCA Rouen pour faire monter les enchères. Plusieurs pistes mobilisent ainsi les équipes avant de se refermer.
"Ça a été très dur pour les salariés", reconnaît le responsable. Cette période affecte les conditions de travail, mais aussi l’organisation logistique du groupe. Avec une capacité de stockage fortement réduite, DCA Rouen doit s’appuyer davantage sur les autres plateformes de Distri Cash pour continuer à servir ses clients.
Une extension du site déjà actée

Respectivement responsable et responsable adjoint de la plateforme, Brice Lefebvre et Alexis Beuselin forment un réel binôme à la tête de la structure. ©J2R
Une solution se dessine finalement au début de l’année 2024. DCA Rouen se voit proposer un entrepôt situé à seulement 300 mètres de l’ancien site. Cette proximité ne manque pas d’ironie, mais elle présente surtout un réel intérêt opérationnel. L’entreprise peut conserver une implantation proche du port de Rouen et de l’A13, deux axes essentiels pour ses flux logistiques. Problème : il faut attendre un an pour que le site soit libéré et six mois pour la réalisation des travaux d'aménagement. Face à l'évidence, le choix est rapidement pris.
Avec une superficie de 11 000 m², le futur entrepôt offre à la plateforme des capacités nettement supérieures à celles dont elle disposait avant l’incendie. En mars 2025, l'activité redémarre de plus belle tandis qu'une inauguration en grande pompe est organisée six mois plus tard en présence de 300 clients et 40 partenaires.
Après plus de deux années passées dans des conditions précaires, cet événement marque la fin d’une longue période de transition pour les équipes. Brice Lefebvre reconnaît que cette épreuve a profondément changé le collectif. "On est tous ressortis plus forts de cette épreuve. On a appris à prendre plus de hauteur et on se sent plus solides."
Tellement solides que DCA Rouen doit désormais jouer un rôle plus important dans l’organisation logistique de Distri Cash. Alors que la plateforme revendique 180 000 pneumatiques en stock et 17 km linéaires de rayonnages consacrés aux pièces, contre cinq auparavant. Cette montée en puissance ne constitue qu’une première étape.
Des travaux d’extension doivent être engagés à l’automne afin de porter la superficie totale du site à 20 000 m² dès 2027. DCA Rouen disposera alors d’une capacité de stockage de 250 000 pneumatiques. Cet agrandissement doit permettre au site normand d’absorber la croissance de l’activité, mais aussi de soutenir les projets de Distri Cash à l’export. Revenir plus grand et plus fort : promesse tenue.
