Caroline Michalik, Global PRE : bien plus que la "fille du casseur"

Partir pour mieux revenir. La trajectoire de Caroline Michalik illustre les dilemmes auxquels peuvent être confrontés les enfants d’entrepreneurs lorsque les vies familiale et professionnelle se confondent. De son enfance passée près de Soissons (02), à proximité du centre VHU géré par ses parents (Patrick Poincelet et son épouse) et son oncle, l’Axonaise garde le souvenir d’"un environnement pesant".
"Déjà , nous vivions dans un petit village et, avec mes sœurs, nous étions les filles du casseur… Il y a quarante ans, ce métier n'avait pas du tout la même image. Je vous laisse imaginer ce qu'on disait sur nous. À cela s’ajoutait une vie entièrement organisée autour de l’entreprise. On ne parlait que de cela à la maison, les vacances n’existaient pas et nos parents étaient très peu présents…"
Dans ce contexte, à l'adolescence venue, la jeune femme va en faire un rejet total. "Il était absolument inconcevable que je fasse carrière dans cet univers." Dès lors, elle décide plutôt de suivre ses inspirations. Son goût pour la lecture et l’histoire la conduit vers des études de bibliothécaire-documentaliste, puis vers un premier poste au sein d’un syndicat de vignerons.
S’ensuit une période de chômage durant laquelle elle se marie et devient mère de deux enfants, entre incertitudes professionnelles et bonheurs personnels. Le tournant survient finalement là où elle l’attendait le moins.
Une quête de légitimité
Au début des années 2000, ses parents et son oncle reçoivent une offre de reprise de leur entreprise. Avant de prendre une décision, ils proposent à Caroline Michalik et à ses sœurs de reprendre l’affaire familiale. D’abord catégorique, son refus se transforme progressivement en un "peut-être", puis en un "oui" encore hésitant.
J'ai beaucoup hésité et mon mari a été déterminant pour me convaincre. Il est vrai qu'à 24 ans, je n'avais pas grand-chose à perdre. Le fait que ma deuxième sœur accepte de m'accompagner a aussi beaucoup compté.
La voilà donc de retour là où elle ne pensait plus jamais mettre les pieds. Lancée dans cette aventure, Caroline Michalik doit d'abord appréhender ce nouvel environnement.
"Travailler en famille n'est jamais simple, concède-t-elle. Avec ma sœur, nous sommes très complémentaires, mais avec mon oncle, il y avait en quelque sorte un conflit de génération. Ce qui nous a toujours sauvés, c'est que nous nous disons les choses et que nous nous aimons très fort."
Endosser son nouveau rôle lui demande également du temps. Devenir cheffe d’entreprise constitue un apprentissage au long cours, mais Caroline Michalik rencontre sur sa route "les bons guides". En quelques mois, elle trouve sa place et s’investit pleinement dans l’activité familiale.
Une manière de grandir, mais aussi de se libérer de certains tourments. Quand on est une "fille de", la quête de légitimité est omniprésente. "Je pense même que ce sentiment ne m'a jamais quitté", juge la fille de Patrick Poicelet.
Global PRE, le choix du collectif
Pourtant, deux décennies plus tard, elle n'a plus grand-chose à prouver. Après avoir quitté les siens pendant quelques années, n'étant plus en phase avec le choix de quitter le réseau Caréco, Caroline Michalik a retrouvé le nid.
Depuis 2022, elle occupe la direction générale de Global PRE, un groupement de centres VHU indépendants. Un poste sur mesure pour cette dirigeante qui place le collectif au cœur de son engagement.
On a besoin les uns des autres. Si l'image du métier a beaucoup changé et les entreprises se sont structurées, le lien s'est aussi distendu. Avec Global PRE, je rêve que nous continuions à avancer ensemble, même si j’ai parfois le sentiment que les gens en ont de moins en moins envie.
Cette évolution n’entame en rien son engagement. Après l’avoir longtemps rejeté, Caroline Michalik défend désormais ce métier avec une conviction intacte.
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