Laurent Roux, Garac : "Je ne veux pas former des jeunes voués à l'obsolescence programmée"

J2R : Comment se passe cette rentrée 2026 pour le Garac ?
Laurent Roux : Cette rentrée marque un nouveau record pour l'établissement, avec 1 638 jeunes et apprenants accueillis. Il y a 25 ans, nous comptions 1 151 élèves, avant de reculer progressivement jusqu'à un point bas de 813 jeunes à la rentrée 2013. Nous avons donc doublé nos effectifs depuis, avec une progression de 20 % depuis 2020. C'est remarquable ! Cette dynamique s'explique par la mutation de l'automobile vers la mobilité globale et par la technicité croissante des véhicules, qui attire de nouveaux publics.
Nous venons par ailleurs de regrouper toutes nos formations sur le site d'Argenteuil (95), où un nouveau bâtiment comprenant 8 salles de classe de 30 places vient d'être livré. L'objectif fixé par notre conseil d'administration est désormais d'approcher les 2 000 apprenants par an.
Vous avez franchi le cap des 100 femmes parmi les nouveaux élèves cette année. Comment aider le secteur à se féminiser davantage ?
Cela fait plus de dix ans que le Garac œuvre pour la féminisation des métiers au côté de l'ANFA (Association nationale pour la formation automobile, ndlr). Il y a cinq ans, nous accueillions environ 50 jeunes femmes par an. Aujourd'hui, il y a vraiment un changement : nos métiers attirent davantage les femmes. Cette présence féminine change l'état d'esprit des équipes et apporte une réelle complémentarité dans les classes comme dans les ateliers. Elle répond aussi aux attentes exprimées par les entreprises. Je crois, par ailleurs, que ce sont souvent davantage les parents qu'il faut convaincre que les filles elles-mêmes. Attirer plus de femmes nous aidera enfin à moins subir la baisse démographique à venir.
Quelles sont les principales nouveautés de cette rentrée ? Avez-vous fait évoluer vos formations ?
La carte de nos formations a considérablement évolué ces dernières années. Nous ne proposons plus de CAP et démarrons désormais nos parcours directement au niveau du bac professionnel dans l'ensemble de nos filières : automobile, moto, poids lourd, carrosserie, aménagement de véhicules, vente et commerce.
Pour les élèves encore indécis, qui souhaitent parfois découvrir plusieurs filières avant de faire leur choix, nous avons créé une classe de seconde "Famille des métiers", que j'aime appeler la seconde "Je ne sais pas". Elle permet d'explorer pendant une même année l'auto, la moto et le poids lourd, tout en proposant une initiation à la carrosserie pour affiner son orientation. Cela fonctionne plutôt bien.
La rénovation du bac professionnel Maintenance des véhicules, entamée l'an dernier, poursuit aussi son déploiement cette année en classe de première, avant la terminale l'an prochain. Les BTS des filières auto, moto et poids lourd ont également vu leurs référentiels rénovés par l'Éducation nationale et l'ANFA afin d'intégrer pleinement l'électrification et les systèmes d'aide à la conduite (Adas). Le Garac a souhaité aller plus loin avec des certifications de branche, très prisées par les entreprises car elles favorisent une insertion rapide des techniciens.
Dans le même temps, nous travaillons avec le rectorat de Versailles pour déployer des formations expérimentales post-bac professionnel. Après une première expérience consacrée à la maintenance des véhicules électriques, lancée il y a trois ans avec succès, nous démarrons cette année une formation centrée sur les aides à la conduite.
Pour la rentrée prochaine, nous préparons un autre cursus dans le domaine de la carrosserie. Il existe toute une activité autour du covering, du detailing, du débosselage sans peinture ou encore des techniques de remise en état rapide. Il y a un vrai projet sur ce sujet, car les voitures sont de plus en plus souvent louées et ces méthodes permettent des réparations rapides, avec un rendu presque neuf et une approche RSE plus vertueuse. Enfin, parallèlement aux cursus diplômants, nous développons aussi des modules d'habilitation courts, notamment pour la climatisation et les travaux sous tension, destinés aux salariés déjà en poste dans la branche.
Y a-t-il des filières où le nombre de nouveaux élèves progresse moins vite ?
La filière moto connaît une progression moins soutenue et une légère baisse d'attractivité par rapport aux décennies précédentes. Quand je suis entré au Garac en 1997, c'était la première filière à remplir ses classes ! Cette évolution est liée aux débouchés professionnels et aux réglementations appliquées aux deux-roues, notamment en région parisienne, même si la passion demeure. À l'inverse, le secteur de la carrosserie-peinture, dont certains prédisaient le déclin il y a quinze ou vingt ans, affiche désormais des classes quasiment pleines.
Quels sont les moyens d'attirer encore davantage de jeunes vers ces métiers ?
Il faut d'abord que les jeunes parlent aux jeunes, pour valoriser la réalité quotidienne des métiers et montrer les parcours possibles. Il faut également être ouvert à tous les profils, notamment aux élèves issus de filières générales qui nous rejoignent pour suivre des cursus condensés en un an, très axés sur la pratique en atelier. Ces profils sont extrêmement prisés par les entreprises en raison de leur maturité.
Pour nous, la priorité repose avant tout sur une orientation choisie et non subie. En faisant découvrir l'ensemble des ateliers dès l'entrée, nous permettons aux apprenants d'être acteurs de leur formation et de réorienter leur parcours si nécessaire, par exemple en passing de l'auto au poids lourd ou du poids lourd à la moto. Enfin, la diversité de nos filières – technologies électriques, véhicules historiques, tôlerie-formage, commerce et vente, etc. – doit permettre à chacun de trouver un domaine dans lequel il pourra s'épanouir.
Comment faites-vous pour maintenir les formations dans le rythme des évolutions du secteur ?
Je ne veux pas former des jeunes voués à l'obsolescence programmée. Je souhaite leur apporter un socle solide en formation initiale, tout en les préparant à s'adapter aux évolutions futures grâce à la formation continue. Cela implique d'être ouvert à différents partenariats, mais aussi de réinventer régulièrement nos méthodes d'enseignement. Après le Covid, nos formateurs se sont familiarisés avec les outils d'enseignement à distance.
Désormais, ils intègrent également l'intelligence artificielle dans leurs pratiques pédagogiques. Nous devons aussi anticiper les transformations technologiques à venir, comme la disparition progressive des calculateurs au profit de nouvelles architectures logicielles. Cela va fortement modifier la maintenance des véhicules.
Vous évoquez l'intelligence artificielle. Comment, selon vous, va-t-elle transformer les différents métiers du secteur ?
Je ne suis pas devin, mais je constate, en discutant avec les professionnels du secteur, que le sujet est omniprésent. L'IA va transformer nos métiers et introduire de nouveaux processus, y compris dans la maintenance. En matière de diagnostic, elle permettra par exemple d'analyser rapidement des images et des symptômes pour orienter les interventions.
Par analogie avec le secteur médical, le technicien d'atelier va passer progressivement d'un rôle de généraliste à celui de spécialiste hautement qualifié. Il faut aussi regarder ce qui se passe en dehors de l'Europe, notamment avec les véhicules autonomes. Ils arriveront chez nous un jour et nous devrons être prêts, avec des formations permettant d'en assurer la maintenance.
