Alternative Autoparts : le pari qui valait un milliard

Qui aurait parié sur Alternative Autoparts il y a dix ans ? Lorsqu'ils quittent Précisium en 2016, Patrice et Fabrice Godefroy, dirigeants d'IDLP, savent qu'ils s'engagent dans une aventure incertaine. Le marché est alors largement dominé par deux géants, Alliance Automotive Group et Autodistribution.
Pourtant, quelques mois plus tard, un nouveau groupement voit le jour. Dix ans après, celui-ci fédère près de 180 adhérents, plus de 250 points de vente et revendique la place de numéro trois dans le paysage de la rechange indépendante avec plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires consolidé. Un statut que ses fondateurs n'imaginaient pas nécessairement atteindre aussi rapidement.
"Quand on se lance dans une aventure comme celle-ci, on a évidemment de l'ambition. Mais de là à imaginer qu'Alternative Autoparts dépasserait le milliard d'euros de chiffre d'affaires consolidé en dix ans, non, nous n'osions pas le prévoir", reconnaît Fabrice Godefroy, directeur général du réseau.
Le pari d'une autre voie
Pour comprendre les origines d'Alternative Autoparts, il faut remonter à l'automne 2014. Après avoir annoncé leur départ de Précisium lors du salon Automechanika Francfort, les dirigeants d'IDLP commencent à imaginer la suite. Le projet est encore embryonnaire. Le nom n'est pas définitivement arrêté. Le logo lui-même prend forme dans les couloirs de l'aéroport au retour du salon... Mais une question demeure : comment bâtir un groupement crédible face aux deux acteurs historiques ?
La réponse va émerger à Cannes, lors d’une réunion au cours de laquelle les gérants d’IDLP et d’ATAC Pièces Auto réunissent les principaux fournisseurs du marché afin de leur présenter leur projet. Une étape décisive dans l'histoire du futur réseau de distributeurs. "Créer un groupement est une chose. Mais sans le soutien des fournisseurs, cela reste une coquille vide", rappelle Fabrice Godefroy.
Les équipementiers adhèrent immédiatement à l’initiative. "Finalement, tous les fournisseurs nous ont suivis. Sans exception. Et même avec une réelle motivation", se souvient le directeur général. À l'époque, certains observateurs considèrent pourtant le projet avec scepticisme.
"Ils pensaient alors qu’Alternative Autoparts était un outil destiné à renforcer IDLP. Dix ans plus tard, lorsqu'on observe la diversité des adhérents, des plateformes, des distributeurs, des relais techniques et des garages d’Alternative Autoparts, plus personne ne peut sérieusement soutenir cette thèse", estime Fabrice Godefroy.

Réunis début juin à Cannes pour célébrer les dix ans d'Alternative Autoparts, les actionnaires du groupement ont échangé sur les défis à venir et les évolutions d'un marché en pleine transformation. ©AA
Construire un acteur national
Obtenir la confiance des fournisseurs ne constitue toutefois qu'une première étape. Encore faut-il bâtir un véritable réseau national capable de rivaliser avec les acteurs historiques du marché.
Soutenu par la politique de croissance externe menée par IDLP, le groupement renforce progressivement son maillage logistique avec l'intégration de PAP Sud en 2017, de PAP Ouest en 2018 puis de PAP Est en 2020. Cette montée en puissance permet progressivement d'améliorer la couverture du territoire et les capacités d'approvisionnement du réseau. "Nous avons avancé marche après marche", résume Julien Lefort, directeur général adjoint.
Cette construction progressive s'accompagne d'autres développements structurants. En 2018, Alternative Autoparts rejoint Nexus Automotive International. La même année, le groupement organise sa première convention à Mykonos (Grèce), un rendez-vous qui deviendra rapidement un élément fédérateur pour les distributeurs et réparateurs.
Puis vient le cap symbolique des 100 adhérents en 2020. À mesure que le réseau grandit, son offre s'élargit également avec l’arrivée de familles de produits complémentaires et de nouvelles solutions techniques. Au total, près de 180 fournisseurs travaillent aujourd’hui avec la centrale et plus de 300 000 références sont disponibles.
Un modèle qui cultive sa différence
Si Alternative Autoparts a su attirer de nouveaux adhérents, c'est aussi grâce à un positionnement singulier : redistribuer un maximum de valeur à ses membres. Selon Julien Lefort, plus de 80 % des rémunérations générées par la centrale sont reversées aux adhérents. "Notre philosophie a toujours été de faire redescendre la valeur créée vers les adhérents. C'est ce qui constitue notre véritable force", explique-t-il. Dix ans plus tard, les principes de fonctionnement demeurent sensiblement les mêmes. "Cette cohérence explique en grande partie la fidélité des adhérents qui nous ont rejoints dès le départ."
Mais la redistribution seule ne suffit pas à faire la différence. Face à une concurrence toujours plus intense, la centrale a progressivement enrichi sa boîte à outils. L’enseigne de garages Technicar Services, les Relais Techniques, ou encore le développement de la marque de distributeur Novalt ont, tour à tour, été lancés pour accompagner la croissance des adhérents.
"Notre stratégie repose sur trois piliers : le produit, le service et le réseau", insiste Julien Lefort. La création de Novalt constitue d'ailleurs l'une des évolutions majeures de ces dernières années. Lancée en 2023, la marque de distributeur répond à une demande croissante de solutions plus accessibles. Balais d'essuie-glace, freinage, kits de distribution, équipements d'atelier ou consommables de carrosserie : les gammes se sont progressivement étoffées.

Directeur général adjoint d'Alternative Autoparts, Julien Lefort défend un modèle reposant sur trois piliers : le produit, le service et le réseau. Une stratégie qui a accompagné la montée en puissance du groupement. ©AA
Le deuxième acte
Après avoir structuré son réseau, Alternative Autoparts ouvre désormais un nouveau chapitre. Celui de la diversification. L'un des exemples les plus visibles concerne la carrosserie. Historiquement présente chez certains adhérents, cette activité a pris une nouvelle dimension grâce à l'expertise d'Ouest Injection puis au partenariat national signé en début d’année avec AkzoNobel autour de la marque Lesonal.
"La peinture est devenue une activité particulièrement importante parce qu'elle répond à un besoin durable. Que les véhicules soient thermiques, hybrides ou électriques, les besoins en réparation carrosserie demeurent", souligne Fabrice Godefroy. Le vitrage figure également parmi les pistes de développement étudiées par le groupement. L'objectif est de proposer aux adhérents un éventail toujours plus large de solutions afin de répondre aux attentes des ateliers.
L'électrification constitue également un sujet de fond. Même si sa progression demeure plus lente qu'annoncée il y a quelques années, Alternative Autoparts prépare ses adhérents à cette évolution à travers des formations, des catalogues dédiés et différentes actions de sensibilisation.
"Les distributeurs, comme leurs clients réparateurs, devront être accompagnés dans cette transition vers les nouvelles motorisations. […] Il faut aussi démystifier certaines idées reçues sur le véhicule électrique. Certes, plusieurs opérations d'entretien disparaissent, mais de nouveaux besoins apparaissent", souligne Julien Lefort.
Pour Fabrice Godefroy, l'enjeu consiste avant tout à rester à l'écoute des transformations du marché. "Notre rôle consiste à analyser ces évolutions et à comprendre les attentes des clients pour apporter des réponses adaptées." Une nouvelle étape qu’Alternative Autoparts abordera avec ses adhérents lors de sa prochaine convention à Lisbonne (Portugal) en 2027, où il sera question, une fois encore, d'anticiper les mutations de l'après-vente plutôt que de les subir.
