Avec Vitesco, Schaeffler muscle son jeu dans la pièce technique

Chez Schaeffler, l'après-vente prend un nouveau virage. Pour renforcer ses positions sur le marché de la rechange, l’équipementier allemand mise sur une stratégie claire : accompagner les véhicules sur toute leur durée de vie, qu'ils soient thermiques, hybrides ou électriques.
C'est tout le sens de la nouvelle organisation Vehicle Lifetime Solutions (VLS), qui a remplacé l'ancienne division Automotive Aftermarket.
En France, cette évolution s'est accompagnée d'une nouvelle structure juridique, créée en 2023, puis rebaptisée fin 2024. "La décision a été prise, au niveau de VLS, de créer des entités juridiques distinctes dans plusieurs pays stratégiques. Pourquoi ? Tout simplement pour gagner en flexibilité, notamment lorsqu'il s'agit de mettre en place des partenariats", explique Harry Vuylsteke, président de Schaeffler VLS France.
Un portefeuille élargi avec Vitesco

Hérités de Vitesco et désormais intégrés au catalogue Schaeffler, les capteurs NOx constituent l'une des principales nouveautés de l'équipementier. ©Schaeffler
Cette nouvelle organisation sert surtout la nouvelle offensive produits du groupe. Schaeffler revendique désormais près de 20 000 références aftermarket, structurées autour de ses marques historiques LuK, INA et FAG. En 2025, l'équipementier indique avoir créé 1 000 nouvelles références.
L'apport de Vitesco Technologies, passé sous son giron depuis 2023, modifie sensiblement son catalogue. Capteurs NOx, boîtiers papillon, débitmètres, capteurs de pression et de température, injecteurs, calculateurs moteur ou de transmission : Schaeffler entre plus nettement dans l'univers des composants électroniques et mécatroniques.
"Cette offre ne concerne pas uniquement les véhicules électriques. Elle comprend également de nombreux composants électroniques destinés aux moteurs thermiques", rappelle Hervé Moreau, directeur commercial et marketing de Schaeffler VLS France.
Pour l'équipementier, l'enjeu est aussi commercial. Une partie de ces pièces reste encore largement captée par les réseaux constructeurs, faute d'alternative suffisamment structurée dans l'IAM. "Si les distributeurs ne disposent pas de cette offre, une partie importante du marché continuera à partir vers les réseaux constructeurs", estime Hervé Moreau.
Selon ce dernier, les capteurs NOx figurent parmi les familles les plus prometteuses, en raison de leur parc couvert et de leur valeur unitaire. L'injection, héritée de Siemens VDO puis de Vitesco, constitue l'autre axe fort, avec des injecteurs essence et diesel ainsi que des pompes haute pression.
Réparer l'essieu électrique
Autre priorité pour Schaffler : les véhicules électrifiés. Avec ses E-Axle RepSystem-G et E-Axle RepSystem-M, le fournisseur veut permettre aux ateliers de réparer les transmissions et moteurs électriques au lieu de remplacer des ensembles complets.
Cette approche concerne déjà plusieurs modèles courants, dont la Hyundai Ioniq, la Volkswagen e-Golf, la Volkswagen e-Up, la BMW i3, la Nissan Leaf, mais aussi des véhicules Stellantis équipés de l'essieu EMR3, comme l'Opel Mokka ou la Peugeot e-208.

Les solutions E-Axle RepSystem de Schaeffler permettent de réparer les principaux sous-ensembles d'un essieu électrique, offrant une alternative plus économique et plus durable au remplacement complet de l'ensemble.
L'intérêt est économique autant que technique. Selon Schaeffler, certaines réparations peuvent représenter seulement 14 à 16 % du coût d'une solution d'origine complète. Le groupe a aussi développé un outillage spécifique permettant de déposer et reposer rotor et stator sans contact. Objectif : sécuriser des opérations jusque-là réservées à des spécialistes.
Pour construire cette offre, Schaeffler s'appuie notamment sur les retours du terrain. Le partenariat noué avec Revolte illustre cette logique. "Eux voient concrètement quelles sont les pièces qui tombent en panne sur les essieux électriques. Grâce à ces retours d'expérience, nous pouvons adapter nos kits de réparation aux besoins réels du terrain", indique Harry Vuylsteke.
Cette montée en compétence pourrait ouvrir de nouveaux débouchés aux ateliers spécialisés, mais aussi à certains dieselistes en quête de relais d'activité.
Le thermique reste stratégique pour Schaeffler
Schaeffler ne présente toutefois pas cette mutation comme un basculement exclusif vers l'électrique. Le groupe continue de défendre ses gammes historiques, en particulier LuK pour la transmission, INA pour le moteur et FAG pour le châssis.
"Là où d'autres ont décidé d'abandonner progressivement certaines lignes de produits thermiques pour se concentrer exclusivement sur l'électrique, Schaeffler a choisi de maintenir et de développer ces technologies", insiste Hervé Moreau.
Cette position tient aussi à la réalité du parc roulant. Le ralentissement relatif de l'électrification prolonge les besoins en embrayages, distribution, injection, refroidissement ou composants moteur. "Le véhicule électrique ne progresse pas aussi rapidement que ce qui avait été anticipé il y a quelques années. Pendant ce temps, les véhicules thermiques continuent d'alimenter le parc roulant", ajoute le directeur commercial et marketing.
La formation en appui
Reste à rendre ces nouvelles familles accessibles aux réparateurs. Schaeffler mise pour cela sur RepXpert, sa plateforme de services dédiée aux ateliers, qui réunit des formations, des tutoriels, des informations techniques, des notices de montage, une assistance et un programme de fidélité. En France, elle revendique 13 500 utilisateurs, 500 nouveaux membres en 2025 et plus de 30 000 QR codes scannés sur l'année.
Pour Schaeffler VLS France, l'accompagnement sera déterminant pour faire accepter ces pièces à plus forte technicité. Car la bataille ne se jouera pas seulement dans les catalogues des distributeurs. Elle passera aussi par la capacité des ateliers indépendants à intervenir sur ces composants avec le même niveau d'expertise que les réseaux constructeurs.
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