Après-vente : ZF s'attaque aux défis de l'électrique et du numérique

L’équipementier allemand ZF se trouve au cœur des grandes mutations technologiques de l’automobile et entend en faire bénéficier l’après-vente. Peu d’acteurs disposent en effet d’un portefeuille aussi large, couvrant à la fois les systèmes de freinage, de direction et de suspension. Le groupe renforce également ses positions dans l’électrification et le logiciel, au sein d’écosystèmes automobiles toujours plus connectés et intelligents.
En parallèle, ZF investit massivement dans la transmission de son expertise aux professionnels de la réparation, avec l’ambition d’accompagner les ateliers face à la montée en complexité des véhicules.
Cette stratégie s’est notamment traduite par l’ouverture de 16 nouvelles filiales dans le monde en deux ans, les deux plus récentes ayant vu le jour au Maroc et au Kazakhstan. Autre illustration de cette offensive : depuis son lancement en 2025, la ZF Pro Academy a organisé plus de 5 000 sessions de formation, touchant quelque 410 000 mécaniciens dans les pays où le programme a été déployé.
Ces initiatives témoignent de la volonté de ZF Aftermarket de s’adapter aux profondes évolutions de l’après-vente automobile, tout en renforçant sa proximité avec les réparateurs.
Des transformations désormais concrètes
À l’occasion d’Automechanika 2026, l’équipementier a justement insisté sur le caractère désormais très concret de ces mutations. "Ces dernières années, j’ai souvent parlé des transformations à venir dans le secteur de l’après-vente en évoquant le futur, rappelle Philippe Colpron, directeur de la division après-vente et vice-président exécutif de ZF Friedrichshafen AG. Je pense que cette année, nous pouvons dire qu’il ne s’agit plus du futur. Nous les rencontrons sur le terrain, à la fois en termes de tendances, mais aussi de solutions."
Le dirigeant souligne notamment que 58 millions de véhicules électrifiés circulent désormais dans le monde. Une grande partie d’entre eux repose sur de nouvelles architectures, souvent portées par des constructeurs chinois, alors que la Chine a doublé ses exportations de véhicules l’an dernier.
Dans le même temps, les modèles les plus récents, qu’ils soient électriques ou thermiques, deviennent progressivement des véhicules définis par logiciel (software-defined vehicles). Une évolution qui généralise le recours au diagnostic avancé, y compris pour des interventions mécaniques jusque-là considérées comme traditionnelles.
À l’autre extrémité du marché, le parc thermique continue de vieillir. Les réparateurs doivent donc composer simultanément avec des véhicules anciens nécessitant davantage d’entretien et des modèles récents toujours plus complexes à diagnostiquer et à réparer.
Cinq marques et 920 000 références
"Ces évolutions sont devenues réalité pour les mécaniciens du monde entier, observe Philippe Colpron. Cela complexifie énormément la vie de nos clients de l'après-vente. Les distributeurs doivent stocker davantage de pièces. Les correspondances de références sont plus compliquées. Il faut aussi dispenser plus de formations aux mécaniciens pour gérer cette diversité. Sans oublier la nécessité d'intégrer des formules de paiement à l'usage plus flexibles dans nos solutions de diagnostic". Sans oublier aussi les enjeux majeurs de cybersécurité, ainsi que dans le domaine environnemental.
Pour répondre à ces défis incontournables, le responsable présente les trois piliers de son groupe. Le premier repose sur son portefeuille de produits d'une ampleur considérable. Côté pièces, le catalogue en ligne, qui regroupe les différentes marques du groupe – Lemförder, Sachs, TRW, Wabco et ZF –, totalise plus de 920 000 références (dont 20 000 nouvelles en 2026). Celles-ci approvisionnent à 95 % le marché indépendant. Dans le domaine des VE, son offre couvrirait 90 à 92 % du parc européen.
Le groupe fournit des systèmes innovants à de nombreuses marques (de VL, VI et engins hors route) du monde entier – y compris à des nouveaux constructeurs chinois. Il participe aux progrès technologiques automobiles en leur proposant des solutions de freinage, de châssis, de chaîne cinématique, d'embrayage jusqu'à la transmission pour véhicules thermiques, hybrides et entièrement électriques.
Le deuxième pilier mis en avant est son vaste écosystème numérique. "Notre savoir-faire logiciel nous aide à maintenir un niveau de qualité de première monte lors de l'introduction de solutions de diagnostic sur le marché", précise Philippe Colpron. ZF cherche notamment à mieux connecter constructeurs, distributeurs, ateliers et gestionnaires de flottes. Pour y parvenir, le groupe privilégie une logique d’interopérabilité avec les outils déjà utilisés par ses clients, plutôt que le recours à des écosystèmes logiciels propriétaires et fermés.
Ces deux piliers ne doivent pas faire oublier le troisième, fondamental, qui consiste à entretenir la proximité avec les clients. Pour cela, ZF poursuit leur accompagnement, pour gagner leur confiance. "Un élément central de notre stratégie dans lequel nous continuerons d'investir est l'agilité régionale, insiste Philippe Colpron. Nous devons être proches de nos clients car notre objectif principal est de créer des opportunités de croissance rentable pour eux".
L'équipementier développe donc son maillage mondial et intensifie la formation autour de ses technologies. Car, "plus les réparateurs sont expérimentés dans l'utilisation des dernières technologies et produits, plus ils peuvent développer leur activité", précise le dirigeant. Parallèlement, les 23 centres de compétences internationaux ZF répondent aussi aux questions techniques des ateliers et techniciens des distributeurs. Le dirigeant précise que leurs plateformes traitent maintenant plus de 600 000 appels par an – avec un taux de satisfaction de 95 %.
IA, remanufacturing et flottes
Sur le plan technologique, ZF multiplie les innovations susceptibles de transformer le quotidien des réparateurs. L’équipementier développe notamment des systèmes de freinage électronique (brake-by-wire), actuellement proposés aux constructeurs. Sa marque Wabco conçoit de son côté des plateformes de freinage modulaires et intelligentes destinées aux véhicules industriels et aux remorques.
Le groupe fait également évoluer ses composants plus traditionnels pour répondre aux nouvelles contraintes réglementaires. Les plaquettes TRW D-Tech promettent ainsi de réduire jusqu’à 80 % les émissions de particules de freinage. Un enjeu appelé à prendre de l’ampleur avec l’entrée en vigueur d’Euro 7, une réglementation qui continuera, selon Philippe Colpron, à peser fortement sur l’évolution des portefeuilles de produits.
L’intelligence artificielle doit jouer un rôle croissant dans cette stratégie. ZF l’utilise notamment pour rapprocher les opérations de diagnostic réalisées en atelier des informations disponibles dans les catalogues en ligne, afin de faciliter l’identification des pièces et des solutions de réparation. Pour Philippe Colpron, les applications potentielles de l’IA dans l’après-vente dépassent toutefois largement ce seul usage.
Autre chantier majeur : le remanufacturing. Avec son outil Core Expedia, ZF entend simplifier la gestion logistique et la traçabilité des pièces consignées destinées au réusinage. Depuis la présentation de cette activité à Automechanika 2024, 600 000 pièces ont ainsi été reconditionnées pour 5 000 clients. Une organisation qui doit permettre au groupe de fluidifier les retours de composants usagés et d’industrialiser davantage son activité de remanufacturing.
Enfin, ZF cible également les besoins des flottes avec sa plateforme ZF Scalar, et notamment sa solution Scalar Asset Insight. Celle-ci convertit les codes défauts des véhicules en historiques permettant de suivre leur état de santé. Les gestionnaires et les ateliers peuvent ainsi anticiper certaines interventions grâce à la maintenance prédictive, avec un objectif clair : réduire les immobilisations et maintenir les véhicules professionnels sur la route.
Au regard de toutes ces évolutions technologiques : "Doit-on s'inquiéter ?, interroge Philippe Colpron. Oui et non. D'un côté, il est toujours bon de comprendre que le changement arrive car il faut s'adapter et apporter des solutions". D'après lui, tant que la société aura besoin de mobilité, elle bénéficiera d'une après-vente indépendante et forte. Aux acteurs comme ZF de lui fournir les outils nécessaires pour se maintenir à sa place.
