Euro 7 : une menace pour les acteurs de l'après-vente automobile indépendante ?

Réduire les émissions de particules issues du freinage est un objectif largement partagé par l'industrie. Mais, selon François Augnet, directeur général Europe de MAT Friction Group, les modalités retenues pour appliquer la norme Euro 7 risquent de produire des effets contraires à ceux recherchés.
Dans une tribune publiée le 1er juillet 2026, le dirigeant appelle la Commission européenne à revoir la mise en œuvre de l'exigence UN R179 avant son entrée en vigueur.
Un "couple de friction" pointé du doigt
Le principal point de crispation concerne l'homologation du "couple de friction", c'est-à-dire l'association entre les plaquettes et les disques de frein. En l'état, François Augnet estime que ce dispositif pourrait renforcer la position des constructeurs automobiles en leur laissant le contrôle des données techniques indispensables à la certification des équipements.
Selon lui, cette situation limiterait la couverture des véhicules les plus récents sur le marché de la rechange et réduirait les possibilités de choix pour les réparateurs comme pour les automobilistes.
L'enjeu est loin d'être anecdotique. Le segment indépendant (IAM) réalise aujourd'hui près de six réparations de freinage sur dix en Europe et constitue le principal canal d'entretien d'un parc automobile dont l'âge moyen dépasse désormais 12 ans.
François Augnet estime qu'un basculement d'une partie de cette activité vers les réseaux constructeurs représenterait plusieurs centaines de millions d'euros de chiffre d'affaires et fragiliserait de nombreux acteurs de la filière IAM.
Un calendrier jugé irréaliste
Au-delà de ses conséquences économiques, le dirigeant de MAT Friction met également en cause la faisabilité du calendrier. L'approbation Euro 7 est attendue à partir du 29 novembre 2026, mais les fabricants indépendants auraient reçu trop tardivement l'ensemble des spécifications techniques nécessaires au développement et à la certification de leurs produits.
À cela s'ajoute un manque de capacités d'essai en Europe. Les bancs de test capables de mesurer les émissions de particules liées au freinage restent peu nombreux, tandis que certaines procédures de conformité de production ne sont pas encore clairement définies. Dans ces conditions, le dirigeant estime que les délais actuels ne permettront pas d'homologuer l'ensemble des références nécessaires à une couverture satisfaisante du parc roulant.
François Augnet met également en garde contre une autre conséquence de la réglementation : la certification portant sur l'association disque-plaquettes. Les réparateurs pourraient être contraints de remplacer systématiquement les deux composants, y compris lorsque seul l'un d'entre eux est usé.
Ce qui renchérirait le coût des réparations, compliquerait la gestion des catalogues de pièces et réduirait la liberté des garages dans le choix des références proposées à leurs clients.
Des ajustements demandés
Sans remettre en cause les ambitions environnementales d'Euro 7, le responsable européen de MAT Friction Group plaide pour une adaptation du dispositif. "Ma préoccupation ne porte pas sur l'objectif en soi, mais sur une mise en œuvre qui va à l'encontre des principes juridiques et économiques de l'Europe elle-même, qui porte atteinte de manière structurelle au marché indépendant des pièces de rechange et aux millions d'emplois qu'il soutient […]."
Pour sortir de l'impasse, François Augnet appelle donc la Commission européenne à repousser l'application des nouvelles exigences pour le marché de la rechange. Il demande aussi un accès non discriminatoire aux données techniques détenues par les constructeurs. Deux mesures qui, selon lui, permettraient de préserver les objectifs environnementaux d'Euro 7 tout en évitant de déstabiliser l'écosystème de l'IAM.
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