Le Journal de la Rechange et de la Réparation : L’activité poids lourd reste sous pression en 2025. Quel premier bilan pouvez-vous tirer de cet exercice, même s’il n’est pas encore terminé ?
Cyril Blazère : Le marché reste effectivement compliqué. De notre côté, nous distinguons deux volets d’activité : la partie négoce – c’est-à-dire la vente de pièces – et la partie ateliers, puisque nos filiales exploitent plusieurs sites de maintenance poids lourd.
Sur la partie négoce, nous tirons plutôt bien notre épingle du jeu. Notre activité est en progression par rapport à 2024, ce qui signifie, selon les données de la Feda, que nous sommes en position de gain de part de marché. En revanche, nous rencontrons des difficultés sur la partie atelier. Pas en termes de rentabilité, mais de ressources humaines : une quinzaine de postes de mécaniciens poids lourd restent ouverts.
Quand on sait ce que représente en chiffre d’affaires un poste de mécanicien, et la marge qui y est associée, c’est un vrai frein. La comparaison avec 2024 est donc un peu dégradée sur ce plan. Les difficultés de recrutement dans les ateliers ne datent pas d’hier, mais elles se sont encore accentuées ces derniers mois, notamment dans certaines régions où la situation devient critique.
J2R : Vous disiez que la partie négoce restait dynamique, grâce à plusieurs actions que vous avez engagées. Pouvez-vous nous en citer quelques-unes ?
C.B. : Notre ambition est d’enrichir en permanence notre catalogue, avec un assortiment toujours plus large, grâce à de nouveaux fournisseurs. Nous avons aussi fortement développé notre marque de distributeur, Napa. En 2024, son chiffre d’affaires a progressé de 25 %.
Et en 2025, la croissance se poursuit, portée par des actions ciblées et l’arrivée de nouvelles gammes : liquides de refroidissement, témoins d’usure, capteurs ABS, capteurs NOx, etc. Nous intégrons sans cesse de nouveaux produits dans notre MDD, ce qui nous permet de consolider notre position sur le segment "medium".
Par ailleurs, nous avons renforcé nos actions auprès des grands comptes. Le paysage du transport évolue : certaines sociétés sont rachetées, d’autres rejoignent des groupements tels qu’Astre, Flo ou Tred Union. Nous avons donc mis en place une politique spécifique pour ces clients, afin d’être présents et identifiés auprès de ces grands acteurs.
J2R : Et du côté de vos fournisseurs, rencontrez-vous encore des problèmes d’approvisionnement ?
C.B. : Non, pas particulièrement. Les tensions que nous avions observées en 2022 et 2023, après la pandémie de Covid, sont derrière nous. Les approvisionnements se sont normalisés et les réassorts sur nos plateformes fonctionnent de manière fluide.
J2R : La marque Napa prend visiblement de plus en plus d’importance dans votre stratégie commerciale. Comment expliquez-vous son succès ? Est-ce lié à l’évolution de la demande, au vieillissement du parc ?
C.B. : La progression de Napa s’explique par plusieurs facteurs complémentaires. Tout d’abord, le vieillissement du parc poids lourd joue un rôle déterminant. En France, l’âge moyen des véhicules ne cesse d’augmenter, et les transporteurs qui exploitent des camions de plus de 5 ans recherchent des solutions d’entretien plus économiques, tout en exigeant un niveau de qualité conforme aux standards des pièces d’origine.
Cette tendance pousse naturellement le marché vers des marques alternatives capables de proposer des produits fiables à un coût maîtrisé. Le rapport qualité/prix est ainsi devenu un critère décisif pour de nombreux gestionnaires de flotte, soucieux d’optimiser leur coût total de possession (TCO) sans sacrifier la disponibilité ni la sécurité des véhicules. Parallèlement, nous avons observé une montée en gamme significative de nos produits Napa.
Depuis plusieurs années, nous menons un travail de fond sur la sélection des fournisseurs, les processus de validation technique et le contrôle qualité. Cette exigence porte ses fruits : aujourd’hui, la marque bénéficie d’une reconnaissance solide auprès des distributeurs et des réparateurs. L’enrichissement constant du catalogue, avec l’introduction régulière de nouvelles références couvrant toujours plus de familles de produits, renforce encore son attractivité.
Grâce à cette dynamique, Napa représente désormais entre 13 et 15 % du chiffre d’affaires poids lourd d’Alliance Automotive Group France, un poids en constante progression au sein de notre portefeuille de marques.
J2R : Quel est l’état de votre réseau de distributeurs et de réparateurs ?
C.B. : Nous comptons environ 320 points de service, répartis entre 120 G-Truck, une centaine de MP-Truck et une centaine de Top Truck. Cela nous positionne comme le deuxième réseau poids lourd en France, juste derrière Renault Trucks, qui en compte environ 350. Ce maillage dense est un atout majeur, notamment pour répondre aux besoins des grands comptes évoqués tout à l’heure.
Nous cherchons encore à combler quelques zones blanches et à densifier notre présence, en particulier avec le réseau Top Truck, où nous avons encore un bon potentiel de développement pour gagner en capillarité.
J2R : Qu’en est-il du label dédié aux VU, Utilitaire Service Center ?
C.B. : Historiquement, le label Utilitaire Service Center dépendait du pôle poids lourd. Avec la réorganisation d’Alliance Automotive Group, il a été transféré au pôle VL, qui l’a rebaptisé Répar’Utilitaire.
Mais nous avons constaté que ce segment correspond davantage à une clientèle de professionnels BtoB, à 95 %, dont les besoins s’apparentent davantage à ceux du poids lourd qu’à ceux du VL.
La décision a donc été prise de rapprocher à nouveau ce label du pôle poids lourd. À partir de la fin de l’année, je reprends donc la gestion de Répar’Utilitaire.
Aujourd’hui, nous comptons environ 60 sites, avec pour objectif d’en avoir 150 à 160 d’ici 2027. C’est un axe de développement important : le parc de poids lourds français compte environ 600 000 véhicules, alors que le parc d’utilitaires dépasse six millions. C’est un marché considérable, où les attentes principales – réactivité et disponibilité – sont proches de celles du poids lourd.
J2R : L’économie circulaire est un autre axe fort du groupe, notamment avec le label Back2Car. Pour l’instant, cette activité est centrée sur le véhicule léger. Envisagez-vous une extension au poids lourd ?
C.B. : Oui, c’est une piste de travail. Aujourd’hui, Back2Car s’adresse à 99,9 % au monde du VL, mais les équipes étudient la faisabilité d’une offre dédiée au poids lourd. Nous en sommes encore au stade de la réflexion, mais il est probable qu’à court terme, nous développions une gamme Back2Car PL, afin de proposer une nouvelle catégorie de produits à nos clients.
J2R : Vous avez intégré le groupe métier VI de la Feda au cours de l’année. Quel rôle souhaitez-vous y jouer ?
C.B. : Je suis effectivement très enthousiaste de participer à ce groupe métier. Mon rôle sera avant tout de travailler avec les autres membres du groupe, sur des sujets généraux, et d’apporter mon expertise individuelle afin de servir les intérêts collectifs de la profession.