REP emballages : ce que les professionnels de l'automobile doivent préparer pour 2027

Le compte à rebours est lancé pour les professionnels. Repoussée fin juin, la REP des emballages professionnels doit finalement entrer en vigueur le 1er janvier 2027. Citeo Pro, l’éco-organisme du groupe Citeo dédié aux emballages professionnels, a réuni le 6 octobre les acteurs concernés pour détailler le fonctionnement de la future filière. L'éco-organisme accompagne aussi les entreprises pour comprendre leurs obligations et préparer leur mise en conformité, avec des outils, des webinaires et des échanges sur le terrain.
De l’équipementier au garage, chacun n'a pas le mĂªme rĂ´le. Le producteur doit financer la fin de vie des emballages dont il est responsable. Le dĂ©tenteur est celui qui se retrouve avec ces emballages une fois devenus dĂ©chets, qu'il les ait mis sur le marchĂ© ou non.
Certains fabricants de pièces peuvent ainsi Ăªtre considĂ©rĂ©s comme producteurs au sens de la REP, selon leurs flux. Caroline Chaussard, directrice RSE de Polyvia, la fĂ©dĂ©ration de la plasturgie et des composites, constate que cette responsabilitĂ© n’est pas encore Ă©vidente pour toutes les entreprises : " Ceux qui produisent des pièces auto n’ont pas l’habitude de lever la tĂªte quand on dit emballage. Et tout d’un coup, ils se disent : "Et mince ! En plus, je vais Ăªtre producteur d’emballage"".
Des milliers de références à documenter
Pour les distributeurs, l’un des premiers chantiers consistera à recueillir des données encore souvent manquantes sur les emballages. Si le poids d’une pièce est connu, celui du carton, des matériaux de calage ou du film qui la protège reste plus difficile à déterminer.
Fabrice Debant, responsable des affaires réglementaires de Brenntag, groupe spécialisé dans la distribution de produits chimiques et d'ingrédients, est revenu sur une problématique bien connue des distributeurs : son entreprise travaille avec des centaines de fournisseurs et des milliers de références, tout en étant importateur et exportateur.  "À ce jour, on n'a pas de data dans le système vis-à -vis du poids des emballages. Ce qu'on a engagé actuellement, c'est dans un premier temps une cartographie des flux."
La première déclaration, provisionnelle et attendue début 2027, laissera toutefois de la marge aux entreprises. "On accepte les estimations, on accepte les moyennes. Les déclarations au réel, vous devrez les fournir début 2028. Donc vous avez encore du temps pour mettre en place les process dans vos organisations, pour aller fiabiliser cette donnée", explique Laurène Crussaire, directrice du pôle clients de Citeo Pro.
L’éco-organisme met aussi à disposition des poids moyens par type d’emballage, un outil de cartographie des flux et des fiches sur des cas plus complexes.
Qui doit déclarer ?
Une entreprise ne sera pas forcĂ©ment responsable de tous les emballages qui passent entre ses mains. Son rĂ´le dĂ©pendra du type d’emballage, de l’origine du produit et du pays dans lequel il est vendu. Un industriel qui vend en France peut ainsi Ăªtre producteur sur un flux, alors que l’importateur pourra prendre ce rĂ´le si le produit est vendu dans un autre pays europĂ©en. "Dans l'emballage professionnel, il va vraiment falloir raisonner flux par flux, emballage par emballage", souligne Domitille Derennes, responsable dĂ©veloppement commercial de Citeo Pro.
Il faut notamment identifier l’existence éventuelle d’un donneur d’ordre, c’est-à -dire l’entreprise qui décide des spécifications de l’emballage et le fait fabriquer. En l’absence de donneur d’ordre identifié, Citeo Pro indique que le fabricant de l’emballage de transport en sera responsable.
Ă€ la REP française s’ajoute Ă©galement le PPWR, le nouveau règlement europĂ©en sur les emballages, applicable depuis le 12 aoĂ»t dernier. Celui-ci fixe notamment des obligations liĂ©es Ă la conception et Ă la conformitĂ© des emballages Ă l’échelle europĂ©enne, tandis que la responsabilitĂ© REP s’exerce pays par pays. Une mĂªme entreprise peut donc avoir des rĂ´les diffĂ©rents selon les flux. Lors de la matinĂ©e, il a Ă©galement Ă©tĂ© prĂ©cisĂ© que la cartographie des emballages et des flux pourra servir aux deux dĂ©marches.
Au bout de la chaîne, le garage garde le carton
Pour les rĂ©parateurs, la question se pose surtout une fois la pièce reçue et dĂ©ballĂ©e. Cartons, films plastiques et autres protections restent alors dans l’atelier. Le garage devient alors dĂ©tenteur de ces dĂ©chets, mĂªme s’il n’est pas celui qui a mis l’emballage sur le marchĂ©.
La collecte se complique lorsqu’il faut récupérer de faibles volumes auprès d’un grand nombre de professionnels. Les grandes plateformes peuvent regrouper des quantités importantes avant leur enlèvement.
RĂ©my Belval, prĂ©sident du Syndicat national des rĂ©gĂ©nĂ©rateurs de matières plastiques (SRP), insiste sur ce point : "La difficultĂ© de la REP emballages professionnels, va Ăªtre d'aller chercher tous les petits flux d'emballages qui vont chez les artisans, chez les petites et moyennes surfaces." Il souligne Ă©galement que la collecte de quelques kilos peut rapidement devenir difficile Ă rentabiliser.
Citeo Pro ne prévoit pas de créer son propre réseau de collecte, mais compte s’appuyer sur les opérateurs déjà présents et mettre en place des dispositifs pour mieux récupérer ces flux dispersés.
Reste la question de la facture. Les soutiens financiers versés par Citeo Pro aux opérateurs de collecte doivent se traduire par un allègement pour les détenteurs. "Faire en sorte que votre gestion de déchets vous coûte le moins cher possible. Les soutiens qu'on versera aux opérateurs vous seront reversés, donc ça sera des économies", affirme Julien Dubourg, président exécutif de Citeo Pro.
Réemploi : l’automobile connaît déjà la musique
Sur le réemploi, l’automobile ne part pas de zéro. Pascal Azuara, chef des ventes France de Loadhog, fabricant d’emballages de transport réutilisables, rappelle que ce secteur faire partie de ceux "qui utilisent de l'emballage réutilisable depuis plus de 30 ans."
Dans la distribution de pièces, certains ont déjà franchi le pas : APA Carmoine a par exemple remplacé ses cartons par des bacs en plastique à son nom, identifiables et traçables. Une organisation qui lui permet d’économiser environ 100 tonnes de cartons par an.
Le modèle n’est toutefois intĂ©ressant que si les emballages circulent suffisamment. Plus les bacs effectuent de trajets aller-retour, plus leur coĂ»t peut Ăªtre amorti, estime Pascal Azuara. Il faut aussi intĂ©grer leur retour dans la logistique et limiter les pertes. Des systèmes de suivi par RFID, QR code ou code-barres permettent notamment de savoir oĂ¹ se trouvent les contenants pour les remettre rapidement en circulation.
Dernier paramètre : la recyclabilitĂ© des emballages, qui pèsera sur l’écocontribution, la somme versĂ©e par les producteurs Ă leur Ă©co-organisme. RĂ©my Belval rĂ©sume l’enjeu : "Il n'y a pas d'intĂ©rĂªt de mettre sur le marchĂ© des produits qui ne sont pas recyclables, puisque de toute façon vous allez devoir payer la gestion de leur fin de vie."
Sur le mĂªme sujet
